En montagne, les éleveurs s’adaptent au changement climatique

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En montagne, les éleveurs s’adaptent au changement climatique

Troupeau en estive touché par la sécheresse dans les Hautes-Pyrenées. (©Entraid)

Changement climatique oblige, l'été a été éprouvant aussi pour les éleveurs qui font pâturer leurs troupeaux dans les montagnes, qu'il s'agisse des estives pyrénéennes ou des alpages.

« L’inquiétude était très forte fin juillet », relève Hélène Devin, directrice du Centre de ressources sur le pastoralisme et la gestion de l’espace, dans les Hautes-Pyrénées. On fait le point sur le pastoralisme et le changement climatique.

Pousse de l’herbe 10 jours plus tôt

« Les éleveurs craignaient à la fois de n’avoir pas assez d’herbe, ni assez d’eau dans certains secteurs. Puis, il y a eu quelques orages en août. Les situations restent très hétérogènes d’une montagne à l’autre, en fonction de l’exposition, des sols, de l’altitude et des pratiques pastorales », décrit-elle.

Ce que confirme Emilie Crouzat, coordinatrice scientifique du dispositif Alpages Sentinelles : « cet été, les éleveurs ont dans certains secteurs dû faire avec de l’herbe grillée, des sources taries, et les redescentes d’estives sont parfois intervenues de manière plus précoce. »

« On sait que le climat en montagne se réchauffe plus vite qu’ailleurs. La pousse de l’herbe démarre plus tôt, cela a été quantifié par exemple dans les Alpes, » note Hélène Devin.

Constat effectivement étayé par la coordonnatrice d’Alpages Sentinelles : « On constate dans les massifs alpins un gain de précocité de 10 jours de l’herbe disponible, par rapport aux années 1970. On mesure malgré tout une stabilité des flores des pelouses d’alpages, sauf sur celles des altitudes les plus élevées sur lesquelles nous avons des alertes, elles commencent à évoluer. »

Descente plus précoce des estives et des alpages

Pastoralisme estives

Cette année, les troupeaux sont descendus plus tôt des estives à cause de la sécheresse. (©Entraid)

La directrice du Centre pyrénéen du Pastoralisme insiste sur le fait que « la sécheresse de cette année a été à la fois inédite en termes de précocité, d’intensité de chaleur en montagne, de répétition des épisodes… Globalement, les troupeaux sont descendus plus tôt des estives. Mais la canicule n’a pas épargné non plus les zones hors altitude. Certains ont déjà commencé à attaquer leur stock de fourrages. »

Même analyse du côté des éleveurs basques de Buru Beltza (Manex Tête Noire), transmet leur animatrice Léa Pitzini, qui note en outre « un accroissement des parasites« , « une baisse sensible de fertilité et des pertes plus importantes. »

« Cela a aussi impliqué plus de travail sur la conduite pour trouver à manger. » « À noter que cette situation n’est pas un ‘évènement remarquable’, mais quelque chose qui évolue sensiblement depuis 2022 », indique-t-elle. « Cela suscite des réactions d’anxiété et aggrave une situation déjà fragile pour les petits exploitants, qui se retrouvent dans le creux des politiques agricoles. »

Pastoralisme et changement climatique : encore plus de variabilité

Les éleveurs s’adaptent, chaque année, aux conditions climatiques pour déplacer leur troupeau. (©Entraid)

Émilie Crouzat, côté alpin, explique que « les systèmes pastoraux intègrent par leur nature même de la variabilité. Les éleveurs dans ces exploitations se sont toujours adaptés aux ressources, au climat… Mais le changement climatique fait effectivement évoluer la gamme des conditions climatiques. »

Elle cite quelques exemples d’adaptation observés par le réseau de recherche Alpages Sentinelles : « Cela peut passer par des changements dans la gestion des troupeaux, avec des conduites plus ou moins serrées sur les zones de pâturages, des gestions différentes des points d’abreuvement, faciliter le passage des troupeaux dans les sous-bois par exemple. Les sous-bois peuvent aussi servir à aller chercher des ressources fourragères supplémentaires (les arbres fourragers par exemple, NDLR). »

« Et la solution à laquelle on pense le plus immédiatement, » ajoute-t-elle,  « c’est d’adapter le cheptel et la production, par exemple les stades physiologique. C’est-à-dire emmène-t-on en alpage les petits et les mères ? On peut aussi faire évoluer la compétence alimentaire. »

« Bien sûr, ces adaptations se combinent, » ajoute-t-elle. « Les éleveurs en mettent en place immédiatement, spontanément, et certaines demandent de l’organisation, des développements sur plusieurs années. »

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