Un essai sur la prairie est en cours depuis deux ans en Indre-et-Loire. En manque de prot’ ? Le point sur un essai de prairie temporaire.
Essai prairie temporaire : la diversité des mélanges au service de la protéine lactogène

Prairie de l’essai fauchée andainée. (©A. Brisset)
Le groupe ensilage de la cuma du Pont de Saulay (37) par son GIEE Coop Alim Eco va plus loin que la mutualisation de la machine. Il fédère un groupe pour partager les meilleurs résultats sur la façon de mener ses prairies. Objectif : protéines lactogènes. Il met ainsi en place un essai sur trois ans.
L’objectif est de comparer des mélanges de graminées et de légumineuses – poacées ou fabacées pour les jeunes – en quantité et qualité. Il est aussi de regarder leurs effets sur le sol, en termes d’amélioration de sa structure et de composition physico-chimique. Résultat après déjà deux campagnes, plus on a de la diversité dans la prairie, plus on est résilient. Retour sur ces deux premières années de tests.
Deux mélanges essayés au cours de l’essai sur la prairie

La prairie temporaire d’une dizaine d’hectares recevant les essais se trouve chez Emmanuel Perin, président de la cuma et éleveur de vaches laitières à Orbigny, en Indre-et-Loire. Les analyses de sol la caractérisent en limons-sableux battants et hydromorphes avec des indicateurs au vert pour la production (voir encadré « Un sol prairiesque » en fin d’article).
Après la moisson du blé et un léger chaulage, en octobre 2023, deux mélanges aux proportions inverses sont semés. Il s’agit d’une part d’un MTT (mélange tous terrains) du fournisseur Ceriance, composé à 63 % de graminées (40 % fétuque élevée ; 18 % dactyle ; 6 % ray-grass anglais), et de 37 % de légumineuses (14 % trèfle violet ; 6 % lotier corniculé ; 17 % trèfle blanc).
Et, d’autre part, d’un MTT + TV (trèfle violet), composé à 27 % de graminées (17 % fétuque élevée ; 8 % dactyle ; 3 % ray-grass anglais), et à 73 % de légumineuses (9 % trèfle violet ; 3 % lotier corniculé ; 61 % trèfle blanc).
Récoltes d’ensilage 2024 en manque de matière azotée totale (MAT)
Agriculteurs et animateurs notent très peu de différences de qualité en fonction des mélanges en première coupe (tableau). Les graminées ont bénéficié de l’azote du fumier, épandu à 10 t/ha sur toute la parcelle (à 3,5 % en teneur d’azote), tandis qu’il a été préjudiciable pour les légumineuses.
Le trèfle blanc qui représente la majorité du mélange MTT + TV n’aime ni l’humidité, forte en 2024, ni l’acidité.
Le trèfle violet, en proportion, plus important dans le mélange MTT, lui, supporte mieux l’humidité. En revanche, on s’attend à le voir disparaître dans deux ou trois ans.
Qui prendra la place ?

La prairie temporaire d’une dizaine d’hectares recevant les essais se trouve chez Emmanuel Perin, président de la cuma et éleveur de vaches laitières à Orbigny, en Indre-et-Loire. (©A. Brisset)
En outre, on note très peu de différences de qualité en fonction des mélanges en deuxième coupe, mis à part les 2 points de matière sèche. On constate une baisse de MAT dans le mélange MTT + TV alors qu’elle reste constante dans le MTT.
Sans aération du sol, étouffé par l’eau, la matière azotée totale (MAT) n’est pas extraordinaire, surtout en 2e coupe. Cela s’explique par le fait que les légumineuses se sont moins exprimées. Le lessivage du fumier est aussi une raison.
Les deux apports de fertilisation chimique et le fumier n’ont pas été assimilés en phosphore et potassium par la prairie.
Fort impact du climat
C’est logique qu’il y ait des manques de MAT. Les NDF (neutral deterge fiber), pour teneur totale en parois végétales, et UFL (unités fourragères) sont liés à l’inverse, c’est normal. La lignine a pris la place de la cellulose en deuxième coupe et est plus difficile à digérer. On pourrait ajouter une légère fumure entre les deux coupes. La campagne ira jusqu’à 4 coupes, la cinquième sera broyée.
Finalement, le climat impacte fortement l’expression des espèces dans les mélanges. Malgré une année très humide, un trèfle prend le dessus. Les autres pourront s’exprimer une autre année. Plus on a de la diversité dans la prairie, plus on est résilient.
Récoltes d’ensilage 2025 encore impactées par la météo révèle l’essai sur la prairie
Début 2025, deux modalités sont rajoutées à l’essai. Une partie reçoit 10 tonnes par hectare de fumier de bovins (2,35 % de teneur en azote dans la matière sèche), l’autre partie 15 tonnes.
Des écarts relevés en deuxième qoupe

Agriculteurs et animateurs notent très peu de différences de qualité en fonction des mélanges en première coupe comme en deuxième coupe. (©A. Brisset)
La répartition observée des légumineuses en deuxième coupe montre des écarts alors qu’elles étaient homogènes en première coupe. Le trèfle blanc ou le trèfle violet ressortent plus en deuxième coupe. C’est marqué dans le MTT + TV mais pas tellement dans le MTT où il était déjà peu présent dans le mélange semé. Les légumineuses sont présentes, ce qui donne des fourrages diversifiés.
En revanche, on ne les retrouve pas forcément dans les valeurs. Entre les mélanges, le manque d’effet des trèfles blancs s’explique par les conséquences de 2024. Ils sont là mais ne s’expriment pas bien. À voir pour 2026.
Favoriser l’implantation des légumineuses
Les UFL ne marquent pas de changement entre les légumineuses et les tonnages de fumier apportés. On note qu’il y a eu moins de lessivage de fertilisation en 2025. Pour l’expression des légumineuses, tout se joue sur la deuxième coupe. Dans les étés secs qui nous attendent, chauler ou marner les prairies va devenir essentiel pour que les légumineuses s’implantent bien et durablement. Dans un mélange de graminées, si on met 5 t/ha de fumier en plus cela équivaut à rajouter des trèfles. Donc autant mettre du trèfle dès le début.
C’est pratique les années où il n’y a pas beaucoup de fumier ou que l’engrais est trop cher, c’est l’intérêt qui ressort de cette association ! On s’attendait à ce que la meilleure modalité soit le MTT + TV + 10 t, c’est plutôt le MTT à 15 t, ce n’est pas très logique comme résultats. Mais ça s’explique par la météo humide. On s’attendait à ce que la moins bonne modalité soit le MTT + 10 t et ça se vérifie. Comme en 2024, on retrouve le besoin d’une légère fertilisation entre deux coupes. Avec ces mélanges, c’est une prairie qui est supposée rester verte en été sec, pour aussi limiter la battance. Mais ça n’a pas encore pu être vérifié.

Le GIEE Coop Alim Eco a pour objectif de comparer sur trois ans des mélanges de graminées et de légumineuses – poacées ou fabacées pour les jeunes – en quantité et qualité. (©A. Brisset)
Perspectives sur l’année 3
La prairie va continuer d’être suivie pendant la campagne 2026 dans le cadre du GIEE. Ce sera l’occasion de tirer les dernières conclusions quant aux qualités et quantités de fourrages. Sans oublier de regarder l’état du sol et son état physique et chimique en le comparant à son état initial de 2023. Ou du meilleur compromis entre le potentiel du sol et celui des prairies, au service de la protéine.
Un sol prairiesque
Avant le semis, la terre est légèrement acide, avec 6,2 de pH. Elle est chaulée pour remonter ce dernier. Phosphore et potassium sont notés à des taux respectifs de 0,028 g/kg et 0,136 g/kg.
Le C/N est favorable à 9,2. La CEC est à 8,6, un peu faible, mais saturée à 98 %. Le taux de matière organique connu est de 2,49 % quand le carbone organique s’affiche lui à 1,45 %.
Pour plus d’information, retrouvez aussi ces articles sur www.entraid.com :





