Accueil, rigueur, solidarité : les fondations de la cuma de Chabrières dans les Hautes-Alpes

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Accueil, rigueur, solidarité : les fondations de la cuma de Chabrières dans les Hautes-Alpes

Dans les Hautes-Alpes, solidarité et accueil ne sont pas de vains mots à la cuma de Chabrières… (© Entraid)

Dans les Hautes-Alpes, l'accueil n'est pas un vain mot. La cuma de Chabrières cultive une politique de la "porte ouverte" avec un groupe dynamique et une organisation rigoureuse pour la bonne marche de la cuma. Mais aussi une solidarité qui permet de relever des défis.

L’accueil comme fil rouge. Bientôt 40 ans pour la cuma de Chabrières, perchée au-dessus du lac de Serre-Ponçon. 40 ans et des projets plein la tête. Une benne TP, une herse étrille, une mini-pelle (d’occasion) et peut-être aussi un broyeur forestier. Une cuma avec une quinzaine d’éleveurs qui vont de l’avant dans un collectif qui, de l’extérieur, ressemble à n’importe quelle autre cuma. « Le premier matériel, c’était un pulvérisateur », se rappelle Daniel Céard, ancien président. « Ensuite est arrivée l’ensileuse traînée avec un bec deux rangs et un tracteur avec quatre roues motrices, une première sur le secteur. » Une activité ensilage qui ne suffisait pas pour rentabiliser le tracteur. Alors, le groupe s’est dirigé vers l’achat d’outils de travail du sol. Aujourd’hui, ce sont une trentaine de matériels qui sont utilisés par les adhérents. On découvre le fonctionnement d’une cuma dans les Hautes-Alpes.

Fonctionnement d’une cuma dans les Hautes-Alpes : une porte qui reste ouverte

Au fil des ans, la cuma a accueilli de nouveaux adhérents. « C’est toujours pareil : un jeune qui démarre et qui n’a pas de matériel vient frapper à la porte de la cuma. Il a des besoins et nous pouvons y répondre. Évidemment, nous ouvrons nos portes. »

La cuma a même dû modifier sa circonscription territoriale pour accueillir des adhérents installés sur des communes limitrophes. « Pour nous, c’était simple et naturel. Le plus compliqué et le plus long ont été les démarches administratives pour pouvoir accueillir les adhérents provenant d’autres communes. »

Dernièrement, deux nouveaux installés sont venus frapper à la porte de la cuma. Deux jeunes du village qui ont repris une ferme hors cadre familial. « Bien sûr qu’ils sont rentrés dans la cuma ! » s’exclament les adhérents. « La cuma répondait à leurs besoins. Il y a du matériel et il faut le faire tourner. De toute façon, faire rentrer des jeunes, c’est aussi l’avenir de la cuma. Les nouveaux adhérents représentent la pérennité du groupe. En revanche, nous refusons les demandes que nous qualifions de fantaisistes. Il y en a quand même certains qui souhaitaient adhérer juste pour labourer le jardin. »

De la rigueur…

Mais pour qu’une cuma fonctionne, il faut des règles. « Les engagements signés et le règlement intérieur sont les deux éléments qui participent au bon fonctionnement de la cuma. » Pour les adhérents, « s’il n’y avait pas de règles, la cuma aurait disparu depuis longtemps. Les engagements sont signés avant de commander un matériel. De cette manière, personne ne peut changer d’avis une fois le matériel reçu. »

Un adhérent ne peut pas utiliser un matériel sur lequel il n’a pas d’engagement. C’est une règle stricte. Dans le règlement, il est aussi stipulé qu’un matériel ne peut pas rester plus de deux jours chez le même adhérent. De la rigueur aussi pour les factures.

Pour lutter contre les impayés, la cuma a mis en place un système dissuasif. À chaque mois de retard, une pénalité de 1 % du total de la facture. Des règles qui fonctionnent et que personne ne remet en question.

… et une solidarité inscrite dans les gènes

Pour les adhérents jeunes ou moins jeunes, « la solidarité, c’est dans les gènes de la cuma. » Une solidarité avec de l’entraide, des coups de main ponctuels, mais aussi de la solidarité sur du long terme. Un épisode particulier est arrivé à la cuma il y a presque 30 ans. Un épisode difficile à raconter pour le groupe, simplement pour une question d’humilité ou de pudeur. Il y a 30 ans donc, un adhérent de 28 ans décède brutalement, laissant une épouse et quatre jeunes enfants seuls sur la ferme.

L’exploitation aurait pu être vendue, les adhérents aurait pu se désolidariser, en prétextant un travail déjà prenant pour chacun. Mais c’est mal connaître ce groupe qui, en plus de la tradition d’accueil, cultive aussi la solidarité. « On n’a pas trop réfléchi, il n’y a pas eu vraiment d’hésitation, on n’en a pas trop discuté entre nous. Mais la cuma et les adhérents ont continué à faire vivre l’exploitation. Le travail du sol, les semis ou encore la récolte du foin étaient réalisés par les adhérents. Des adhérents qui achetaient aussi cette récolte de foin. On ne savait pas trop où on allait, on ne savait pas combien de temps cela allait durer » racontent-ils.

Une entraide de 15 ans qui valide le modèle de fonctionnement d’une cuma dans les Hautes-Alpes

Parce que l’aventure n’a pas duré qu’un an ou deux. Le but était de soutenir l’exploitation jusqu’à ce qu’un des enfants soit en âge de s’installer. Et l’aîné avait 8 ans à l’époque. C’est donc une opération qui a duré… 15 ans. « Une tranche de vie de la cuma où les adhérents se sont relayés. Bien sûr, on se posait des questions. Est-ce qu’un des enfants sera effectivement intéressé par l’agriculture ? Par la reprise de l’exploitation ? Personne n’avait la réponse à l’époque. »

Aujourd’hui, un des enfants s’est effectivement installé sur l’exploitation après avoir obtenu son BTS. Il a reconstitué un troupeau de moutons et, bien évidemment, il est adhérent de la cuma.

C’est une histoire qui finit bien. Ce qui est beau aussi, c’est de voir la fierté un peu cachée dans les yeux de ceux qui la racontent. La solidarité, ça s’exprime souvent sans bruit.

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