Quelle est l’importance de la hauteur de coupe ?

Quatre questions à Anthony Uijttewaal, responsable du pôle Fourrages chez Arvalis, sur la hauteur de coupe des graminées et des légumineuses fourragères. Un aspect plus ou moins maîtrisé, et pourtant capital pour la chaîne alimentaire des animaux.

Sept à 8 centimètres de chaumes permettent de maintenir les andains "perchés" et de mieux sécher.

Quelle est la bonne hauteur de coupe pour les prairies ?

Il s’agit d’un compromis, mais la hauteur de coupe préconisée oscille entre 7 et 8 cm, soit la hauteur de quatre doigts.

En quoi s’agit-il d’un compromis ?

Si la hauteur de coupe est plus basse, on récolte davantage de matière. Ces premiers centimètres sont d’autant plus denses qu’ils sont riches en graminées ‘tallantes’. Au premier cycle, avec des ray-grass anglais par exemple, on peut gagner jusqu’à 300 kg/ha de matière sèche par centimètre, contre plutôt 200 kg/ha avec des graminées à port érigé comme des ray-grass italiens ou des fétuques élevées. Ce gain, pour des légumineuses comme la luzerne, est bien moindre, de l’ordre de 80 kg de MS/ha par centimètre.

Mais ces centimètres ‘gagnés’ sont surtout constitués de tiges, plus ligneuses que les parties situées plus haut sur la plante. Ces volumes gagnés diluent en fait la valeur alimentaire du fourrage. Ces parties plus rigides sont aussi plus agressives vis-à-vis des films plastiques pour les enrubanner.

Et plus on fauche bas, plus le risque est élevé de contaminer les fourrages avec des matières minérales. En clair, de la terre, contenant des spores butyriques. Ce n’est pas la seule source de contamination mais cela en fait partie. C’est préjudiciable à la conservation. Ces bactéries, en se développant, génèrent des pertes ‘invisibles’, du CO2, de la matière organique ‘gaspillée’ par les butyriques.

Double peine pour les laitiers

À ces pertes quantitatives s’ajoutent des pertes qualitatives puisque ces processus déprécient la qualité de la protéine, ils aboutissent à une ‘prédigestion’, altérant ses qualités nutritives pour les ruminants.

Et c’est la double peine pour les éleveurs laitiers : quand l’alimentation est contaminée, les bouses le sont. Même avec une hygiène irréprochable, ils peuvent se retrouver avec des spores butyriques sur les mamelles et dans le lait. Ils seront alors directement pénalisés financièrement par les organismes de collecte.

Ensuite, sur le plan des matériels, les matières minérales comme la terre usent davantage les couteaux des faucheuses.

Enfin, maintenir environ 7 cm de chaume permet de former un ‘matelas’ sur lesquels reposera le fourrage à sécher, permettant une meilleure circulation de l’air. Cela permet de ressuyer le fourrage, de casser la capillarité avec le sol.

Avec un fourrage ‘perché’ sur ces chaumes, il sera ensuite plus aisé, avec les faneuses, rassembleurs d’andains ou andaineurs, d’ajuster la hauteur des bras pour travailler l’ensemble du fourrage sans avoir à ‘gratter’ et ramener de la terre.

Y a-t-il des conditions ?

Pour les prairies temporaires, la préparation de sol lors du semis doit viser à obtenir des surfaces les plus planes possibles pour diminuer le risque de souiller le fourrage. Lorsque l’on utilise des herses ou des combinés de semis, on peut créer des bourrelets sur les côtés.

Outre les réglages de la herse, il est très utile de réappuyer avant et après le semis de prairies au rouleau packer. Avant, car cela permet de créer un lit de semences ferme et régulier pour ces graines semées à très faible profondeur. Et après bien sûr pour favoriser le contact entre la terre et la graine.

Et des exceptions ?

Oui, quand le fourrage a versé, avec des RGI exploités tardivement par exemple. Dans ce cas, les 7 cm sont difficilement tenables. Le lamier doit être plus incliné.

Régler la hauteur de coupe

Sur les faucheuses portées à disques, la hauteur de coupe se règle à l’aide de la longueur du troisième point et des patins du lamier. Sur les modèles traînés, ce sont le plus souvent les patins, on repère en général deux positions qui permettent de modifier la hauteur du lamier. Certains constructeurs proposent des patins coupe haute.

Mais pour les modèles suspendus, la suspension doit être correctement réglée pour éviter les phénomènes de flottements. Ces derniers vont occasionner une hauteur de coupe irrégulière, notamment avec des vitesses de travail élevées, qui vont accentuer cet effet.

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