Le projet de toaster se poursuit en Dordogne

La fédération des cuma de Dordogne et ses partenaires formalisent un projet d’investissement dans un toaster mobile d’oléoprotéagineux. Un projet à destination des éleveurs, impulsé par… des céréaliers.

En Vendée et dans le Gers, où les premiers essais ont été menés il y a 4 ans*, des éleveurs ont sollicité les organismes de développement agricoles, Grapea-Civam et fdcuma du Gers.

Comment est né ce projet de toaster d’oléoprotéagineux  porté la la fédération des cuma de Dordogne, avec la coopérative Scar et la Chambre d’agriculture,? « Fin 2017, nous avons initié au sein de la Scar* une réflexion sur l’avenir de notre coopérative, en interrogeant une vingtaine de nos adhérents”, explique J. Ester, responsable de l’activité Élevage au sein de la Scar.

“Les pratiques changent, les céréaliers opèrent un retour à l’agronomie, travaillent à la conservation. En conséquence, les rotations s’allongent et intègrent de plus en plus de légumineuses notamment. Il y avait, bien sûr, à l’origine du projet, la volonté de valoriser ces graines pour les céréaliers, mais aussi de diminuer l’empreinte carbone de l’alimentation animale -avec les tourteaux de soja importé- de fournir une protéine locale aux éleveurs, qui font aussi partie de nos adhérents depuis la réorientation stratégique du début des années 2000”, ajoute-t-il.

Les oléoprotéagineux, s’ils sont très intéressants en termes de nutrition animale, contiennent des facteurs anti-nutritifs et des tanins qui diminuent ou empêchent la digestibilité de leurs protéines chez les animaux.

Deux solutions existent :

  • l’extrusion des graines, la technique la plus répandue, qui a l’avantage de fournir des tourteaux déshuilés mais au prix d’une faible efficacité énergétique (300 cv pour un débit de 300 kg/h pour les petites unités) et une mobilité quasi-impossible.
  • le toastage est plus efficace (débit moyen : 1,5 t/h pour une consommation de 40 l/h), peut se transporter (la machine est fixée à une remorque) mais ne déshuile pas.

L’extrusion a été rapidement écartée faute d’unité dans le département (la seule existante a fermé). D’un autre côté, les cuma de Dordogne regardent avec intérêt se développer les toasters mobiles, expérimentés depuis quelques années dans certaines zones en France, notamment celles où pèsent les filières tracées : Gers et Landes, Vendée, Bourgogne… Dans ces zones, la crise du soja et la volonté de pousser le curseur vers davantage d’autonomie protéique dans les exploitations ont impulsé les projets souvent portés par des cuma départementales.

Lire également sur ce sujet: « Un toaster de soja pour les filières tracées »

Grille-pain

La machine porte bien son nom : il s’agit d’un grille-pain géant. Les graines sont amenées via une vis sans fin sur un tapis convoyeur perforé, qui transite dans un compartiment au sein duquel l’air est chauffé à 280° C par un brûleur à gaz ou fuel.

Les démonstrations ont mis en évidence un intérêt marqué, avec de fortes participations d’agriculteurs des filières bovin lait, viande, palmipèdes, volailles, porcine, ovine et caprine. Ici démonstrations sur le territoire Béarn Landes Pays Basque.

Elles ressortent quelques minutes plus tard, à 120° C et se conservent de 3 à 6 mois en fonction de l’espèce et de la teneur en matière grasse. Avant d’être stockées en cellules, elles sont ventilées pendant 3 à 4 heures. Une tonne de graines crues donne environ 930 kg de toastées.

Le Vendéen Hervé propose un toaster Mecmar (Italie), monté sur une remorque 3 essieux. L’inconvénient : les graines produites, contrairement à celles traitées par extrusion, ne sont pas déshuilées. “ La graine de soja toastée ne peut donc pas être utilisée toute seule, il faut adapter la ration”, précisent Philipe Olivier et Richard Poeres, de la Secopalm.

“ Et l’associer à d’autres matières, puisqu’elle ne fera qu’entre 38 et 40 % de protéines contre  45-46 % pour un tourteau extrudé. Cette graine fait aussi des rations appétentes et très riches en matière grasse, ce qui peut être limitant sur certaines productions.” Malgré ces réserves, les essais qui ont débuté sur vaches laitières, canards et poulets label- sont prometteurs.

Logistique

Les coûts de revient estimés sont attractifs pour ces filières : entre 30 et 50 €/t, à moduler en fonction des équipements (système de refroidissement en plus sur la machine vendéenne) et des valeurs alimentaires produites.

En termes d’organisation, les cuma landaises ont par exemple opté pour un circuit constitué d’une quinzaine de sites pour une grosse soixantaine de producteurs et 813 h facturées sur la campagne 2019/2020.

La machine voyage par secteur, à intervalle trimestriel, avec des responsables en charge de garantir, notamment, le planning, le bon réglage de la machine, et la propreté des graines (soja essentiellement dans le secteur). La machine, achetée en 2017 pour un montant de 88 500 € (remorque comprise) a bénéficié d’une subvention à hauteur de 40 % de la part de la Région et du programme européen Feader.

Légende photo : En Vendée et dans le Gers, où les premiers essais ont été menés il y a 4 ans*, des éleveurs ont sollicité les organismes de développement agricoles, Grapea-Civam et fdcuma du Gers. Les démonstrations ont mis en évidence un intérêt marqué, avec de fortes participations d’agriculteurs des filières bovin lait, viande, palmipèdes, volailles, porcine, ovine et caprine.

 Alimentation : des essais prometteurs

(Sources: Grapea, Secopalm, essais préliminaires)

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