L’ensilage de maïs en brins longs, le Shredlage

Tests et avis
L’ensilage du maïs fourrage en brins longs

La taille des brins est significativement accrue, de 21 à 26 mm, voire 30 mm.

10/10/2018 - 14:00

L’ensilage du maïs fourrage en brins longs, ou Shredlage, est né aux États-Unis en 2008. Il a débarqué en France en 2016. Par extension, on désigne le fourrage récolté par une ensileuse munie d’un éclateur rainuré en croix (éclateurs Shredlage, Scherer Twin Cut, DuraShredder…).

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Qu’est-ce que l’ensilage du maïs fourrage en brins longs ou Shredlage. En anglais, to shred signifie déchirer, déchiqueter. Comme son nom ne l’indique pas, on recherche pourtant une coupe franche des brins de fourrage. Le stade de récolte reste inchangé au regard de la technique ‘conventionnelle’, soit 32 à 35% de matière sèche plante entière. Mais la taille des brins est significativement accrue. Les préconisations s’échelonnent de 21 à 26, voire 30 mm de longueur de coupe théorique.

L’ensilage du maïs fourrage en brins longs - éclateur

L’ensilage de maïs fourrage en brins longs nécessite une machine équipée d’un éclateur rainuré en croix.

Cette technique mise également sur la pulvérisation des grains. Ainsi, l’éclateur de grains présente une structure à doubles rouleaux avec un profil rainuré dans deux directions. Un différentiel de vitesse entre les deux rouleaux de 40 à 50% s’appliqué, contre 20 à 30% en ‘conventionnel’. Couplé à un écartement réduit allant de 1,25 à 1,75 mm selon la teneur en MS du fourrage, les éclateurs écrasent et cisaillent la matière (tiges, feuilles, spathes, rafles et grains). L’objectif est également de déchirer les morceaux de tiges dans le sens de la longueur.

Quelle amélioration de la ration ?

À ce jour, les résultats des essais disponibles ne permettent pas d’affirmer qu’une coupe plus longue des brins d’ensilage de maïs améliore sensiblement la valorisation de la ration et le confort digestif. C’est ce qui ressort d’essais de comparaisons avec le maïs ensilage ‘conventionnel’, conduits notamment aux États-Unis et en Allemagne. Ainsi, les rations testées comportaient entre 39 et 50% de maïs fourrage (base MS) et une part significative d’herbe comprise entre 10 et 20%, sous forme ensilée ou enrubannée. En revanche, les rations différaient fortement par leur part de concentrés ainsi que par leur équilibre chimique (pourcentage d’amidon et de fibres NDF).

Quelles performances animales en attendre ?

Les performances animales sont proches entre les lots témoins et les lots alimentés avec du maïs en brins longs. Seul un des essais montre une baisse d’ingestion significative avec le maïs en brins longs. Côté production laitière, trois essais laissent entrevoir des tendances à l’augmentation quand les trois autres illustrent la tendance inverse. Les écarts de taux protéique et butyreux sont également très faibles.

Les constatations faites lors de suivis de fermes ou au cours des essais ne sont pas unanimes sur le risque de tri et donc de refus par les animaux. La recherche d’une coupe longue pour favoriser la rumination peut s’avérer contre-productive dès lors qu’elle permet à l’animal de trier les particules de la ration selon leur taille. Il faut rechercher une homogénéité des tailles de particules de la ration pour éviter ce phénomène.

Quels impacts sur la conservation du fourrage ?

Durant la fermentation (sous la bâche), rien n’indique que la technique de l’ensilage en brins longs modifie les processus. Les analyses de conservation réalisées lors des essais montrent des profils fermentaires similaires. En revanche, l’allongement de la longueur des brins rend plus difficile le tassage du fourrage au silo, bien qu’il ne soit pas le seul facteur responsable.

Plusieurs essais rapportent une compressibilité et une densité inférieures pour le maïs en brins longs. La tendance ne semble pas systématique. Rappelons qu’un silo insuffisamment tassé est plus «poreux» et facilite la circulation d’air dans la masse de fourrage au front d’attaque. C’est le principal phénomène responsable de l’échauffement du fourrage au front d’attaque.


Grains non éclatés, source de gaspillage

À la récolte au stade optimal de 32-33% MS plante entière, le grain de maïs contient déjà une part d’amidon vitreux de l’ordre de 30 à 50%. Ce qui lui donne son caractère dur. Quelle que soit la technique d’ensilage utilisée (brins longs ou classique), les grains doivent être fractionnés pour être digestibles. C’est le rôle des rouleaux éclateurs de l’ensileuse. Ils opèrent bien souvent avec un écartement compris entre 1 et 3 mm.

Pour renforcer leur action d’écrasement, un différentiel de vitesse s’applique aux deux rouleaux (l’un tourne plus vite que l’autre), souvent compris entre 20 et 30%. Il peut atteindre 40%, voire 50%. Ce différentiel exerce une action de cisaillement sur les particules de fourrage afin d’en réduire la taille. Des éclateurs efficaces ne doivent laisser passer aucun grain intact. Tous les grains doivent être éclatés (= coupés en 4) pour éviter de les retrouver, non digérés, dans les bouses.

Comment juger l’éclatement du grain ?

Aux États-Unis, la mesure du Corn Silage Processing Score (CSPS) permet de juger la qualité de l’éclatement des grains. Une masse sèche connue de maïs fourrage est tamisée avec un tamis à maille carrée de 4,75 mm de côté. On dose la teneur en amidon des différentes fractions. Le niveau d’éclatement des grains est jugé satisfaisant lorsqu’au moins 70% de l’amidon total de l’échantillon est contenu dans la fraction des particules dont le calibre est inférieur à 4,75 mm.

Pour rester à moins de 3% d’amidon dans les bouses, le CSPS doit être proche ou supérieur à 70%. Malheureusement, il s’agit aujourd’hui d’une méthode de laboratoire ne permettant pas de piloter les réglages à la récolte. Pour un diagnostic plus rapide en élevage, on peut procéder au « test de la bassine ».

L’ensilage du maïs fourrage en brins longs - grains éclatés

La technique de shredlage mise également sur la pulvérisation des grains. Des éclateurs efficaces ne doivent laisser aucun grain intact.


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