À l’occasion de l’émission Question du soir sur France Culture, le journaliste Quentin Lafay a lancé un débat sur la question suivante : Les politiques sont-ils plus cléments avec les agriculteurs qu’avec le reste des Français ? Alors que les blocages se sont multipliés en décembre 2025, notament à cause de l’abattage des vaches atteinte de la DNC et de l’opposition au Mercosur, Sylvain Brunier et Edouard Lynch ont tenté de répondre à la question sur le poids politique des agriculteurs.
Le poids politique des agriculteurs : une indulgence historique de l’État ?
Pour les participants à l’émission, l’État ne traite pas tous les agriculteurs de la même manière. Selon Sylvain Brunier, sociologue et historien, chargé de recherche au CNRS et au Centre de sociologie des organisations (CSO), à Sciences Po, il existe une clémence globale parce qu’il y a « un coût politique qui est extrêmement fort à s’opposer à un mouvement agricole ». Toutefois, il nuance ses propos en dénonçant un « traitement différencié des manifestations agricoles, selon les organisations qui les portent ». Il oppose donc la tolérance envers les agriculteurs et leurs tracteurs de la FNSEA à Paris aux militants de la Confédération paysanne qui « ont tous fini en garde à vue » pour l’occupation du ministère.
Ce traitement particulier aurait commencé dans les années 1960. Edouard Lynch, professeur d’histoire contemporaine à l’Université Lumière Lyon 2, membre du Laboratoire d’études rurales, spécialiste de l’histoire de la paysannerie française au XXe siècle, rappelle dans l’émission que la FNSEA a « co-construit des politiques agricoles » avec l’État, obtenant une forme d’ « acceptation de manifestations, y compris de manifestations illégales, qui n’étaient pas réprimées ».
Pourquoi l’influence agricole dépasse-t-elle le simple nombre d’exploitations ?
Sylvain Brunier et Edouard Lynch précisent que malgré les 380 000 exploitations en France, le poids politique des agriculteurs ne vient pas de leur nombre mais de leur poids économique. Sylvain Brunier préconise de penser en termes de « filières, de production, de distribution, de systèmes agroalimentaires français ». En faisant cela, Quentin Lafay et ses invités indiquent que l’on peut mieux comprendre les « enjeux stratégiques énormes » et un secteur qui sait parler d’une seule voix.
Edourad Lynch ajoute que si les manifestations des agriculteurs sont visibles c’est « parce que l’État accepte de laisser ces tracteurs bloquer les routes, bloquer les autoroutes. »
Une réponse politique qui évite le fond
Lors d’une crise agricole, le gouvernement répond toujours très rapidement. Sylvain Brunier souligne que cela se traduit par « une inertie assez considérable en matière de politique structurelle ». Et pointe du doigt la pertinence des prises de parole politiques dans ces moments-là.
Selon lui, le politique évite les sujets de fond. « Il n’y a quasiment pas ou très peu de réflexion sur la question des modèles productifs, la manière dont on organise le travail, dont on partage la terre ». Tant que ces paramètres ne seront pas abordés, il prévient que les « motifs d’insatisfaction, de colère, de mobilisation, demeurent ».
Pour entendre tous les arguments développés sur cette question, découvrez l’émission dans son intégralité ici.
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