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Productions spécialisées: réussir sa diversification avec la cuma

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Productions spécialisées: réussir sa diversification avec la cuma

Mécanisation de la culture d’iris destinée à la parfumerie rendue possible par 30 ans d’innovation en Cuma.

Le développement de nouvelles productions est un moyen d’élargir ses champs d’action et de compétences en saisissant de nouvelles opportunités de marché, de développer la marge des exploitations, de s’adapter au changement climatique, de lutter contre les ravageurs et les maladies.

La région Provence-Alpes-Côte-d’Azur est riche de productions spécialisées. Les cuma, moteur de développement, permettent d’innover et de mettre en place de nouveaux ateliers de production ou d’en moderniser d’anciens pour rester compétitif. Découverte d’initiatives au travers des différents départements.

Grâce aux investissements innovants réalisés en commun, les adhérents de la cuma de la Farigoule dans les Bouches-du-Rhône ont réussi leur diversification. Aujourd’hui, la culture de rhizomes d’Iris Pallida pour la fabrication de parfum est devenue majoritaire. Le modèle cuma devrait encore permettre aux agriculteurs de rester premiers dans ce domaine via la fabrication de matériels sur mesure.

La cuma en première ligne pour l’innovation

Quand André Doudon se lance dans la culture de rhizomes d’Iris Pallida à Trets dans les années 1990, peu d’agriculteurs y croient. Pourtant, près de trente ans plus tard, la grande majorité des adhérents de la cuma en vit. «On a fait des essais avec plusieurs cultures et celle-là était vraiment prometteuse. Nous y sommes allés à tâtons. Nous avons pu fabriquer, grâce à la cuma, des prototypes pour tenter de mécaniser cette culture. Et nous y sommes arrivés. La mécanisation dans la culture de bulbe d’Iris, c’est un peu la clé. C’est ce qui a manqué aux Italiens, qui ne pouvaient pas le faire sur leurs terres escarpées», explique André Doudon, précurseur en la matière.

Et son fils Laurent Doudon, vice-président de la cuma d’ajouter: «Avec 30.000€ d’investissements cette année nous espérons pouvoir doubler les surfaces exploitées. Passer de 5ha cultivés à 10ha.» L’an dernier, la cuma de la Farigoule a déjà investi 50.000€ dans l’achat d’un tracteur.

Plus d’emplois avec les productions spécialisées

Il ajoute: «La production est plutôt bonne. Nous arrivons à produire près de 30t/hectares en frais. La culture de l’Iris nous a permis de créer un groupement d’employeurs et de pérenniser des emplois. Nous sommes passés de sept à huit contrats en CDD à 6 CDI aujourd’hui. Nous avons aussi créé un groupement d’intérêt économique qui nous permet de vendre notre production, sous contrat avec IFF pour la fabrication de parfum. »

Bref, un véritable succès rendu possible par la capacité d’innovation permise en cuma. Mais dans ce secteur très concurrentiel, qui attire les convoitises, les adhérents ont conscience qu’ils doivent toujours garder une longueur d’avance: «Nous inventons en ce moment même une nouvelle machine pour améliorer la récolte. Nous allons donc gagner du temps en éliminant une étape. Et cela est possible grâce au modèle cuma.»

Baisse du prix de vente de l’huile essentielle de lavande, attaques répétées des cicadelles mettant en péril la culture, certains agriculteurs du plateau de Valensole dans les Alpes-de-Haute-Provence misent aujourd’hui sur la culture du fenouil. Plutôt habitués à voir de vastes étendues bleues sur le plateau de Valensole dans les Alpes-de-Haute-Provence, les touristes vont devoir s’habituer à y voir quelques touches de couleurs jaunes. La culture du fenouil, impulsée par le producteur de pastis Ricard, fleurit sur le plateau de Valensole.

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Récolte du fenouil : une nouvelle activité pour l’ensileuse de la Cuma de Montpezat.

Investissements à venir pour les productions spécialisées

«Il y a 5 ans, nous avons été contactés par la marque Ricard, ils nous ont proposé de cultiver leurs graines de fenouil. Trois agriculteurs de la cuma, dont moi, ont choisi d’y aller. En pratique, ils nous fournissent les graines et les fûts et, nous, nous cultivons la plante, la récoltons et ensuite nous la distillons. Aujourd’hui, nous fournissons 2,5t d’huile essentielle de fenouil. Avec la baisse du prix de vente de l’huile essentielle de lavande, c’est plutôt une bonne idée. L’autre avantage est que le fenouil se récolte dès la première année et le rendement est bon», explique Gilles Figuière adhérent à la cuma de Montpezat.

Pour pouvoir accéder à cette nouvelle culture, les agriculteurs n’ont pas eu besoin de changer de matériel même s’ils prévoient de nouveaux investissements: «Nous allons acheter une tête de récolte spécifique pour l’ensileuse de la cuma que nous utilisons pour la récolte du lavandin. Le fenouil, qui est plus haut, ne réagit pas de la même façon dans l’ensileuse, il arrive que ça coince. Nous devrions aussi acheter un caisson inox de 20 m3 pour la distillation afin de remplacer un ancien en acier qui s’est déformé au fil du temps.»

Quand il fait le bilan de la diversification avec le fenouil, Gilles Figuière estime ne pas être pas encore gagnant, même s’il n’est, pas perdant: «On vend l’huile essentielle 15,50€ le kilo, ce n’est pas énorme mais si les quantités commandées augmentent dans le cadre de notre contrat avec Ricard, cette diversification sera positive.»

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Gilles Figuière, adhérent de la Cuma de Montpezat: «Le fenouil, une diversification qui trouve sa place dans le calendrier des travaux.»

Investir ensemble pour pérenniser l’activité

Pendant plus de trente ans, l’alambic de la société coopérative agricole Lavande des Alpes, installée à Rosans dans les Hautes-Alpes, a distillé les fleurs bleues des lavandiculteurs des baronnies provençales. Mais, depuis quelques années, les 12 adhérents de la cuma des Fleurs bleues et la coopérative ont choisi de changer leur mode de chauffe. Ils ont délaissé le vieil alambic pour installer un condenseur évaporateur chauffé au gaz. Ensemble, ils ont réussi à économiser sur la main-d’œuvre pour faire face à la baisse du prix de vente de l’huile essentielle de lavande.

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Pour la Cuma des Fleurs bleues, la modernisation de l’outil de travail permet de faire face à la baisse du prix de vente de l’huile essentielle de lavande.

Gain d’efficacité et de qualité

René Chaffois, distillateur historique de la cuma se satisfait de ce changement qui permet de simplifier l’usage mais aussi d’alléger la note: «Avant il fallait faire les trois-huit pendant deux mois pour entretenir le feu de paille de lavande sous les vases qui chauffait l’alambic. Aujourd’hui, l’agriculteur, quasiment seul, est capable de distiller sa récolte. Un gain de temps et d’argent pour la coopérative comme pour la cuma.»

Il ajoute: «le condenseur et le chapeau, qui appartiennent à la coopérative, et les caissons, qui appartiennent à la cuma, permettent de tout mécaniser. On coupe la lavande, on la charge dans les caissons avec le tracteur, on ferme le chapeau et on distille. Nous ne regrettons pas ce changement de méthode d’autant que de l’avis de tous, la qualité de l’huile est bien meilleure et le rendement aussi. Nous produisons en moyenne entre 20 à 30kg d’essence de lavande fine par caisson et 60 à 80kg de lavandin. En moyenne, nous distillons l’équivalent de 100 caissons par saison. Aujourd’hui, nous vendons l’huile essentielle de lavande entre 20 et 25€/kg. Nous devions trouver un moyen d’alléger les frais, que ce soit pour la cuma comme pour la coopérative.»

Avec 4 caissons dans son escarcelle, la cuma des Fleurs bleues envisage d’en racheter quatre autres de 18m3 d’ici l’an prochain. Une fusion entre la coopérative et la cuma a également été évoquée sans réalisation concrète pour l’heure.

En parlant de lavande: Lavandin: des bennes aussi mauves que leur cargaison dans le Lot.

Diversifier l’activité tracteur

La cuma Pomme d’amour à Sérignan-du-Comtat dans le Vaucluse a été créée il y a 40 ans autour d’une chaîne de récolte pour la tomate de conserve. «Ici, on s’adapte. Dans les années 70, il y avait des exploitations de maraîchage. Les petites structures ont disparu pour laisser la place à des exploitations de types céréalières avec aussi de la tomate de conserve», détaille Julien Bourchet, président de la cuma.

Après la défection au début des années 2000 de la conserverie qui achetait les tomates, «il y a eu le développement de la viticulture. La cuma s’est adaptée. Le matériel a changé. Nous sommes passés de la machine pour la récolte de tomates à un tracteur de 140ch. Il est destiné, avec les outils attelés achetés en cuma, à la préparation du sol et au semis des grandes cultures ainsi qu’à la préparation des parcelles avant les plantations de vigne.»

Un second souffle pour la cuma Depuis quelques années, la plantation de vigne diminue et les sécheresses font disparaître les cultures céréalières. «Notre tracteur qui faisait 500h/an n’en fait plus que 350. Difficile dans ces conditions de pouvoir le renouveler.»

Des projets à concrétiser

L’idée d’investir en cuma dans une machine permettant de récolter les amandes est venue d’adhérents qui avaient déjà des vergers en production. D’autres s’étaient lancés dans la plantation d’amandiers pour se diversifier. «Cela permet de donner un second souffle à la cuma avec une nouvelle activité et l’arrivée de nouveaux adhérents.» Acheté pour 41.000 €, le matériel ne fonctionnera pas cette année, «avec le gel du printemps, il n’y a aucune amande à récolter».

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La Cuma Pomme d’Amour lance une nouvelle activité de récolte mécanique des amandes. Une diversification qui va aussi permettre de pérenniser l’activité tracteur.

En 2022, il y aura 22ha d’amandiers en production, «la surface permettra de réaliser les 150h qu’il nous manquait pour renouveler sereinement le tracteur.» Même si cette nouvelle activité n’est pas encore véritablement en route, les adhérents réfléchissent déjà à l’implantation de nouvelles cultures. Une façon de ne pas mettre tous ces œufs dans le même panier avec une cuma en appui pour concrétiser des projets.