D’ici 2050, +0,3°C par décennie

Pour Isabelle Diomard, spécialiste des questions agroenvironnementales à la chambre régionale d’agriculture de Normandie, le réchauffement climatique est inéluctable et déjà prévisible jusqu’à 2050. La coordinatrice constate déjà les effets et émet des projections possibles à venir.

Les cultures normandes, dont les prairies, vont être exposées à un climat de plus en plus variable d’une année sur l’autre (@Ronan Lombard).

Quelles évolutions climatiques constatez-vous depuis les années 2000?

Au niveau des températures, la moyenne annuelle en Normandie n’échappe pas à la tendance nationale. C’est à dire une augmentation de +0,3°C par décennie avec une accélération de ce phénomène depuis les années 1990.

La pluviométrie est, elle, stable avec cependant une variation forte d’une année sur l’autre. Ainsi, nous assistons à des périodes atypiques, entraînant de la sécheresse ou au contraire trop de pluie.

Nous constatons également une diminution très nette du nombre de jours de gel par an. Cette tendance, nous la mesurons surtout dans l’intérieur des terres, comme dans les départements de l’Orne et de l’Eure.

Intervention en AG sur le changement climatique

Isabelle Diomard (Coordinatrice agro-environnement à la chambre régionale d’agriculture de Normandie) intervenait lors de l’assemblée générale de la fédération des cuma Normandie Ouest (@Ronan Lombard).

 

Quelles sont les conséquences actuelles de ces évolutions sur l’agriculture normande?

L’effet le plus impactant est l’accélération de l’évapotranspiration (phénomène d’évaporation au niveau des cultures et du sol) à cause de l’augmentation des températures. Conséquence: les plantes disposent de moins d’eau pour s’alimenter. Son impact est surtout visible à l’intérieur des terres et sur les sols superficiels où les creux de récoltes estivales d’herbe sont plus marqués qu’avant.

La production fourragère va être à terme globalement plus compliquée dans ces zones. Dans l’Orne, cela se manifeste maintenant depuis plus de dix ans.

L’effet « insectes et pathologies » est aussi à prendre en compte. On voit en effet apparaître une multiplication de ravageurs sur certaines cultures. Le puceron sur les colzas d’automne est un exemple. La pyrale est également de plus en plus présente sur le maïs, tout comme le carpocapse dans les pommiers.

Soulignons que cette évolution de l’environnement des cultures s’oppose en plus à la volonté de réduire l’utilisation des produits phytosanitaires.

Quelle est la projection de l’évolution des phénomènes climatiques?

Nous disposons d’un modèle qui établit des prévisions jusqu’à l’an 2100. Néanmoins, nous nous attachons à nous concentrer sur les évolutions qui vont arriver d’ici 2050 car nous pouvons les prédire avec certitude.

Globalement, l’inertie du climat est de 30 ans. Ce qui veut dire que d’ici 2050, la météorologie est notamment indépendante des évolutions des émissions de gaz à effet de serre liées à l’activité humaine.

Ainsi, l’augmentation décennale des températures va se poursuivre accentuant le phénomène d’évapotranspiration. La pluviométrie restera, elle, stable. Par contre, les effets de variabilité des conditions climatiques seront plus importants d’une année à l’autre avec des phénomènes météorologiques de plus en plus extrêmes. Par exemple, des risques de gel seront possibles fin avril, ce qui entraînera un risque pour les cultures à la germination déjà avancée.

Dernier point spécifique à la production agricole en zone côtière, l’élévation prévue du niveau de la mer (+30 cm d’ici à 2050 et + 1 m d’ici à 2100) aura un impact sur le rendement des prairies et des cultures, à cause des risques de salinité, surtout lors des tempêtes.

Récolte d'herbe en ensilage

Les groupes impliqués dans la gestion des récoltes devront adapter leur organisation (@Ronan Lombard).

 

Quel impact auront ces changements sur l’agriculture normande?

Pour l’herbe, des espèces moins sensibles au stress hydrique et à la chaleur comme la fétuque, la luzerne ou les mélanges seront à privilégier au ray-grass anglais.

Ensuite, les stocks de fourrage seront à gérer différemment avec des récoltes en début de printemps et en automne dépendantes de la pluviométrie. Mais aussi une date de mise à l’herbe des animaux plus tôt en sortie d’hiver.

Le maïs va être récolté plus précocement. D’ailleurs, c’est déjà le cas depuis les années 2000 avec un ensilage maintenant en septembre alors qu’auparavant, il commençait à partir de mi-octobre. L’irrigation va peut-être devoir être développée.

De nouvelles cultures jusqu’alors exotiques peuvent voir le jour comme le soja ou encore la vigne. Certains se posent déjà la question. Tout ceci va probablement obliger les cuma ou les entrepreneurs à revoir la gestion de leur planning habituel car différents travaux se juxtaposeront.

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