Explications sur la taxe MACF sur les engrais en 2026.
Qu’est ce qui a changé depuis trois semaines concernant la taxe MACF sur les engrais ?
Pas grand chose finalement. La taxe MACF (mécanisme d’ajustement carbone aux frontières) prévue sur les engrais non produits en Europe reste toujours appliquée avec un décalage temporaire. « D’ici septembre, les opérateurs devront reporter leurs achats depuis janvier auprès des autorités, explique Quentin Matthieu, économiste chez AgrIdées. Sur ces volumes, une taxe sera appliquée rétroactivement. » Mais aussi sur les engrais vendus par la suite.
Ce qui a changé, ce sont les valeurs de ces taxes. « Elles dépendent du type d’engrais, poursuit l’économiste. La taxe porte sur l’impact des émissions de carbone de leur fabrication. » Mais aussi du pays de provenance. Ainsi un engrais moins énergivore lors de sa fabrication devrait être moins taxé.
Quels impacts pour les agriculteurs ?
Pour les agriculteurs, c’est le prix des engrais qui devrait progresser. « Avec un engrais plus cher de 45 à 60 €/t, les coûts de productions risquent d’augmenter de 42 à 62 €/ha, calcule rapidement Quentin Matthieu. Soit, une hausse de 6 à 8 €/T de blé en moyenne. » Outre ce surcoût de production, le plus frustrant pour les agriculteurs est qu’il ne bénéficieront pas de cette taxe. En effet, celle-ci est destinée au verdissement des fabricants d’engrais européens. De plus, les agriculteurs, principaux utilisateurs de ces produits sont exclus des négociations.
L’autre levier qui semble être préconisé par l’Europe serait de réduire les apports d’engrais. « Un gros risque, selon l’économiste. Les doses apportées sont bien souvent nécessaire à la quantité et la qualité de la production agricole. » D’autant qu’aux vues des prix pratiqués, les agriculteurs optimisent déjà leurs apports.
Quels engrais acheter alors ?
Cette taxe concerne tous les engrais mais l’urée semble être davantage taxé que l’ammonitrate par exemple. Cette semaine, la commission européenne a annoncé un allègement de ces taux. « Grosso modo, sur l’urée, il faut compter un surcoût de 45 à 60 €/t, annonce l’économiste. Bien sûr son origine fera aussi varier le montant. » Avec les importations d’engrais directs et indirects, le surcoût est estimé à 200 millions d’euros pour les importateurs français.
Un engrais provenant de Russie, des Etats-Unis ou encore du golfe persique sera davantage taxé qu’un engrais venant d’Afrique du Nord. Une conséquence de la décarbonation, vraiment ? Car c’est bien là le but, de favoriser les engrais moins émetteurs de carbone lors de leur fabrication. Toutefois, les méthodes d’évaluation de l’emprunte carbone de cette industrie restent complexes et discutables.
Comment réagit le marché des engrais ?
Pour le moment, l’agriculteur ne voit pas vraiment de différences. « Les opérateurs ont déjà intégré ces taxes », précise l’économiste. Il y a eu certes un rebond des cours en fin d’automne 2025 mais depuis les prix restent sur un plateau élevé et il n’y a pas de raison que cela change pour les prochaines semaines. Car, pour anticiper les taxes, les opérateurs ont saturé leurs outils de stockage.
D’autant que cette taxe risque de créer un gros déséquilibre sur le marché des engrais avec de l’ammonitrate plus demandé qu’auparavant créant un oligopole sur ce produit. « Sauf exception de charité de la part des opérateurs, les prix risquent de poursuivre leur augmentation », estime Quentin Matthieu.
Peut-on acheter uniquement l’ammonitrate comme semble l’encourager l’Europe ?
Là encore, c’est un peut complexe d’imaginer que les fabricants d’engrais abandonnent complètement l’urée très taxée, pour l’ammonitrate qui l’est moins. « Cela demanderait de gros investissements aux usines pour revoir leurs installations, révèle Quentin Matthieu. Sans compter le temps qui leur serait nécessaire pour produire ce type d’engrais. »
Qu’en est-il des droits de douanes qui sont négociés en ce moment ?
Les annonces de la commission européenne portent pour le moment sur un aménagement des taxes douanières (entre 5,5 % et 6,5%) sur les engrais importés en Europe. Et ce, sur les produits originaires de certains pays exportateurs qui ne sont pour le moment pas appliquées pour la majeure partie des exportateurs. À l’image de l’Egypte, le Maroc et l’Algérie, mais aussi sur les pays du golf Persique, la Chine, les USA ou la Russie.
Toutefois, il faut savoir « que même la suppression de ces droits de douanes ne compenserait que très partiellement le surcoût induit par la taxe MACF des engrais », relativise l’économiste.
Qu’en est-il de sa suspension annoncée ces derniers jours ?
En réalité, ce n’est pas la taxe elle-même qui est suspendue mais sa révision. À l’origine, toute les décennies, le montant de cette taxe devait progresser de 10%. Or cette révision serait ramenée à 1%. » Il faut rester prudent, car ce ne sont que des annonces, rien n’a réellement été fixé », tempère Quentin Matthieu.
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