Viande bovine : le Brésil à la conquête du monde

Elevages
Viande bovine au Brésil troupeau

Le Brésil est le deuxième producteur mondial de bœuf (derrière les États-Unis), avec près de 8,75 millions de tonnes équivalent carcasse en 2017.

28/11/2018 - 10:00

Si les perspectives pour la consommation intérieure ne sont pas très favorables, la filière bovine brésilienne a de fortes ambitions à l’export, malgré les scandales. Suite et fin de ce tour d’horizon de l’agrobusiness brésilien.

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C’est une stratégie de longue date du gouvernement et de la filière. Ainsi, l’ancien ministre de l’agriculture est Blairo Maggi, un gaucho (du sud brésilien) émigré au Mato Grosso et devenu le « roi du soja » avec sa firme Amaggi. C’est lui qui est monté au créneau pour défendre les multinationales de la viande mises en cause en 2017 avec le scandale « Carne Fraca » (« la chair est faible »). Il s’agissait d’une affaire de corruption des inspecteurs vétérinaires en abattoirs appartenant à JBS et Brazil Food (BRF) qui avaient permis de commercialiser de la viande avariée. Mais ce scandale, qui a entraîné la mise en examen des deux frères Batista, dirigeants de JBS, s’est révélé à multiples facettes. Avec la corruption de 2 000 hommes politiques, une enquête sur des versements présumés indus de 2,3 milliards d’euros par la banque publique BNDES entre 2007 et 2010 à la firme… JBS a été condamnée à verser des amendes de près d’1 milliard d’euros (sur plusieurs années…), contrainte de vendre toutes ses filiales en Argentine, Paraguay, Uruguay… Néanmoins, elle est toujours debout.

De son côté, Marfrig a racheté le 4e opérateur du secteur aux États-Unis (National Beef Packing). En avril dernier, la firme brésilienne s’ouvrait ainsi de juteux marchés (Corée du Sud, Japon…) auxquels elle n’avait pas accès, faute d’agrément sanitaire pour le Brésil. Le groupe devenait ainsi le n°2 mondial de la viande bovine.

La Chine est quasi-conquise

Au printemps 2018, un audit vétérinaire européen de l’OAV révélait que les conditions d’agrément pour l’UE n’étaient pas respectées. À la suite de quoi, une mission d’enquête de parlementaires européens, dont Michel Dantin et Eric Andrieu, a conclu que les conditions de production de la viande bovine brésilienne ne correspondaient pas aux critères des éleveurs européens et notamment, à la traçabilité pourtant obligatoire pour l’envoi en Europe (système SISBOV).

Viande bovine au Brésil exportations

Source : GEB - Institut de l’Elevage d’après TradeMap

Le Brésil reste aujourd’hui le premier fournisseur de viande bovine en UE, avec 117 000 téc en 2017, à la fois en viandes de transformation mais aussi en viandes à griller, réfrigérées sous vide, à des prix très compétitifs pour la restauration. L’essentiel arrive aujourd’hui au sein de contingents tarifaires avec des droits très réduits. L’Europe est importante pour les Brésiliens car le prix de la viande y est élevé, surtout pour les découpes nobles. Au milieu des années 2000, grâce à un prix de la viande très compétitif grâce à un taux de change du real très favorable, près de 500 000 téc de bœuf brésilien étaient importées en UE en payant les droits pleins (près de 4 €/kg de muscle) !

La filière brésilienne est aujourd’hui bien davantage polarisée vers l’Asie, la Chine en particulier, où elle a exporté près de 600 000 téc en 2017. Le Moyen-Orient et l’Egypte sont les autres marchés très importants, alors que la Russie s’est fermée suite à la découverte de résidus de ractopamine(1). Le Brésil exporte vers une centaine de pays différents et entend continuer à diversifier ses débouchés. C’est une nécessité vitale pour bien valoriser l’ensemble des muscles et des abats et faire face à des embargos. C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre la stratégie de négociation commerciale de la filière et du gouvernement.

Une filière à découvrir sur place

Malgré la corruption, une infrastructure de transport insuffisante et d’énormes disparités de pratiques et de garanties sanitaires dans le pays, la filière viande bovine dispose d’avantages certains : un potentiel de production encore considérable, en cheptel, en pâturage mais aussi en aliments du bétail (maïs, soja…) ; une compétitivité coût presque imbattable ; des ressources humaines bien formées ; une recherche de pointe ; des outils d’abattage-découpe flambant neufs grâce à des investissements massifs ; une vraie complicité entre des firmes globalisées et le gouvernement…

Ce sont tous ces aspects très contrastés qui sont au programme d’un voyage d’étude en mars 2019. En passant par 5 états différents, de Sao Paulo au Para via le Mato Grosso du sud, l’occasion de découvrir et de se faire son propre diagnostic est ainsi proposée par les organisateurs.

(1) La ractopamine est une molécule accélérant la croissance des animaux d’élevage. Elle permet d’obtenir une viande plus protéinée et plus maigre. Elle est interdite dans l’Union européenne  depuis 1996, car altérant les qualités organoleptiques de la viande.

 


Les négociations UE-Mercosur en voie d’aboutir ?

Alors que les discussions entre l’Union européenne et le Mercosur (Argentine – Brésil – Paraguay – Uruguay) ont été relancées début 2016, les négociateurs continuent de souffler le chaud et le froid. Les négociateurs des deux côtés de l’Atlantique veulent toujours se convaincre de la possibilité de conclure rapidement des négociations entamées il y a près de 20 ans (1999), mais des points d’achoppement demeurent.

Les situations économiques et sociales restent très tendues chez les deux géants du Mercosur. En Argentine, l’inflation a été de 27 % en 2017 et aucune sortie de crise n’est en vue, alors que l’accord conclu en août avec le FMI n’est pas parvenu à enrayer la chute du peso. Au Brésil, la situation est encore plus opaque : le président actuel (Temer) n’a plus aucune légitimité, le pays a été touché au printemps par une grève massive des routiers, puis des pétroliers, et les prochaines élections présidentielles et législatives de la fin octobre paraissent très ouvertes.

Néanmoins, les menaces qui pèsent sur la filière viande bovine européenne restent bien réelles. Si l’offre, officiellement posée sur la table des négociations par la commission, est actuellement de 70 000 téc, ce sont officieusement plutôt 99 000 téc de contingent supplémentaire à droit nul que l’Union européenne pourrait absorber en cas d’accord entre les deux parties, voire davantage ! Et on ne parle pas là de « carcasses » mais de pièces désossées et en particulier, de muscles nobles à griller, pour l’essentiel d’aloyau.

D’autres secteurs européens font partie des « secteurs défensifs », moins compétitifs que leurs homologues mercosuriens, comme les autres viandes (porc et poulet), l’éthanol, le sucre, voire les céréales. Mais tous ces secteurs risquent bien de servir de monnaie d’échange face aux « intérêts offensifs », quelques denrées agricoles comme les fromages, mais surtout des produits industriels comme les pièces automobiles, les machines-outils, les armes ou des services, notamment bancaires, assurantiels ou de délégation de service public (adduction et traitement de l’eau, électricité, transports collectifs…).


Retrouvez ici la première partie de notre tour d’horizon de la filière brésilienne : Viande bovine, l’agrobusiness brésilien

Pour aller plus loin, à lire en ligne :

Formation par Idele et Agrilys sur la filière du zébu brésilien

Numéro complet ‘Sommet de l’Elevage’

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Par Philippe Chotteau, chef du département économie IDELE (GEB), et Baptiste Buczinski, chargé de la veille sur les négociations commerciales internationales au GEB-IDELE
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