N’y a-t-il donc rien à faire pour faire baisser ces sacro-saintes charges de mécanisation ? Telle est la question redondante dans plusieurs débats, présentations et tables-rondes du Salon international de l’agriculture 2026 (SIA). Et ce 25 février, au Sia Pro – mini salon professionnel dans le SIA – plusieurs voix essaient d’expliquer les difficultés à trouver des réponses sur ces fameux 30 % de charge. Mais peut-être faut-il comprendre comment ces charges ont été créées. Car elles n’ont pas toujours existé. Comment elles ont évolué, jusqu’à aujourd’hui. Temps actuels où crédit-bail, leasing et autres « solutions » de financement feraient accélérer les renouvellements d’automoteurs de 15 à 30 % plus vite dans les fermes clientes ! Une fuite en avant ?
Et le soutien public créa les charges de mécanisation
Back to 1947. Exit la traction animale en France. Welcome le plan Marshall et ses tracteurs US – toujours d’actualité. Puis « l’Etat a mis en place l’une des règles qui tient depuis le plus longtemps, raconte Samuel Pinaud, économiste sociologue de l’agriculture à Paris Dauphine. C’est en 1956 la défiscalisation du carburant. Cette aide a permis le décollage de l’utilisation des tracteurs. Il y a alors eu une sorte de désinhibition. Puis par exemple, de 1986 à 2012 il y a eu la déduction pour investissement (DPI). Cela a beaucoup compté dans le cadrage des investissements par les agriculteurs. Ça se poursuit d’une autre manière », avec le suramortissement ou la déduction pour épargne de précaution d’une autre façon. Ce qui fait qu’en fin de compte, pour le chercheur « il y a tout un ensemble d’incitations et de contraintes » historiques, politiques et sociologiques « qui font que moi agriculteur aujourd’hui, je fais ce que je fais, naturellement pour continuer de m’équiper ».
Faire de la profession agricole une profession de mécanique
En plus du poids de l’héritage, du prescripteur, des règles proposées par l’Etat, « comme encore les exonérations de plus-values à la revente », compte une dimension culturelle, identitaire, elle aussi créée. « À un moment donné, il y a eu un travail quasi de propagande ministérielle pour faire de la profession agricole une profession de mécanique », développe Samuel Pinaud. « Le mantra, c’était que l’agriculteur devienne un mécanicien tractoriste. Une culture du matériel s’est alors mise en place. Avec tout un univers qui a accompagné, des miniatures aux posters, etc. Est apparu un attrait pour la marque. Avec des discours devenus quelque peu irrationnels. Alors que ça peut être rationnel de rester dans une marque.»
De la science de l’attachement au marketing
Au fil du temps, cette dimension symbolique a donc été travaillée par les constructeurs. « C’est la science de l’attachement, précise Samuel Pinaud. La marque se demande Comment faire pour que le client n’aille pas vers une autre marque ? Cette dimension symbolique est alors instrumentée ». Ou du marketing et de la communication des entreprises de l’agroéquipement, dit-il plus simplement.
Le travail agricole est de plus en plus mécanisé
Problème, cette petite histoire récente des charges de mécanisation ne montre pas d’évolution favorable à la situation de la ferme France. « Les actifs immobilisés sont stables sur les 30 dernières années. Mais ramenés à l’agriculteur, ils ont augmenté. » Samuel Pinaud a voulu comprendre ce phénomène et a mené des recherches. « On se rend compte au travers de la statistique comptable de la transformation du travail agricole et de son lien à la mécanisation. De fait, le travail agricole reste de plus en plus mécanisé. Cette croissance continue aujourd’hui. Toute la SAU française est concernée par ce phénomène en croissance. »
Le renouvellement au cœur des enjeux des charges de mécanisation
Si l’on observe un suréquipement ou une « sous-utilisation » du matériel qui sont régulièrement questionnés, le chercheur préfère reformuler la question. « À ma place de chercheur, je préfère demander : qu’est-ce qui incite un agriculteur à renouveler son matériel ? Car 80 % des achats, c’est du renouvellement. C’est à mettre en parallèle des actions mises en œuvre par les industriels. Que font-ils ? Outre le marketing, la communication dont on a déjà parlé. Ils actionnent le service. Celui du financement notamment, qui incite au renouvellement. »
Les produits financiers accélèrent la rotation des machines dans les fermes
Analyste des évolutions sociales et économiques dans les stratégies d’équipement, Samuel Pinaud fait le parallèle avec une autre évolution récente dans la distribution. « Dans les années 60, 70, il y avait peu d’imbrications économiques entre concessionnaires et constructeurs, rappelle-t-il. Mais cela a bien changé. Outre le financement, à l’achat de machines, on vend maintenant du crédit-bail, du leasing, etc. Et cela a un effet direct sur les renouvellements constatés des machines. En fonction du type de ces nouvelles modalités financières, on note une augmentation des rotations des automoteurs dans les fermes clientes. Cela va de + 15 à + 30 % d’augmentation des rotations des machines. Le service financier est de fait un dispositif d’accélération de la rotation. » Une donnée supplémentaire pour comprendre la problématique complexe des charges de mécanisation. Et faire ses choix. À suivre.
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