Des élevages vertueux qui méritent mieux

Selon une étude d’août 2018, les élevage économes et autonomes conjuguent résilience économique et performances sociales et écologiques élevées. Ce qui légitimerait des politiques publiques incitatives. Extraits.

Les systèmes d’élevage fondés sur le pâturage résistent mieux en général aux aléas de prix. Compte-tenu des enjeux environnementaux et sociaux actuels, les politiques publiques ont un rôle à jouer pour conforter ces exploitations.

AgroParisTech, l’Institut de l’Elevage, le Réseau agriculture durable avec le ministère de l’Agriculture, viennent de publier une étude intitulée «Les exploitations d’élevage économes et autonomes en intrants, créatrices de valeur ajoutée» (voir l’étude complète).

Les auteurs ont décortiqué dans le détail les logiques mises en œuvre dans les élevages tournés principalement vers l’herbe. Pour les éleveurs concernés, la recherche à «tout prix» de performance de rendement n’est plus de mise. Ni l’accroissement sans limite de la productivité du travail via l’augmentation continuelle du nombre de vaches par actif… Pour autant, l’efficacité économique de ces exploitations est préservée.

Ainsi, les producteurs laitiers «herbagers» affichent des moyennes de production par vache laitière d’un peu plus de 5.000 l seulement. Alors que les élevages les moins économes atteignent presque les 8.000 litres (chiffres 2012), mais avec un résultat courant par UTA inférieur! De plus, l’autonomie de fonctionnement associée généralement à un faible endettement, permet à ces exploitations branchées «pâturage», d’amortir plus facilement les variations du prix des produits agricoles et des moyens de production (aliments concentrés, engrais, phyto, carburant…).

Gain économique, social et environnemental

Généralement, l’efficacité d’une exploitation est mesurée au regard des chiffres rapportés à l’animal, à l’atelier ou à l’unité produite «mais plus rarement de façon systémique», observent les auteurs de cette étude. Ceux-ci suggèrent de repenser les indicateurs d’évaluation en prenant mieux en compte les exploitations qui répondent davantage aux demandes sociétales. Comment? En mesurant d’abord l’efficacité des exploitations hors subvention (valeur ajoutée nette). Puis en intégrant un indicateur social (maintien de l’emploi, conditions de travail…), et un indicateur environnemental (préservation des paysages, efficacité énergétique, impact climatique…).

Cibler les soutiens publics

Pour favoriser ces systèmes économes et autonomes, les auteurs considèrent que «les soutiens publics devraient privilégier des systèmes de production et non des pratiques, sécuriser les transitions (étant donné que le changement implique une prise de risque), renforcer l’information aux consommateurs sur la qualité des produits et reconnaître les externalités positives des systèmes».

Taxer le fuel, les engrais, les phytos…?

Dans le même esprit, il est suggéré d’adopter une fiscalité écologique favorisant la sobriété. Exemple: mettre fin à la détaxation du fuel agricole, taxer à l’échelle européenne les engrais minéraux et les phytos, avantager fiscalement le stockage du carbone dans les sols, arrêter les dispositions fiscales qui incitent au surinvestissement…

De telles mesures seraient susceptibles de modifier la hiérarchie des prix de revient au profit des systèmes herbagers. «La sobriété et les performances économiques et environnementales de ces exploitations sont des atouts majeurs au regard de l’instabilité des prix et des enjeux environnementaux. En créant plus d’emplois à l’hectare et au litre de lait, elles ont aussi un rôle à jouer dans le développement des territoires ruraux», conclut cette étude.

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