[Space] Des réponses aux climats d’incertitudes

La 33e édition du Space s’ouvre le 10 septembre. Le changement climatique est un sujet mis à l’honneur de son programme. Illustration avec l’élevage du Champs Fleury.

Arnaud Gilbert, Jean-Christophe Gilbert et Franck Perrodin (de g. à d.) sont les trois associés de la SCEA du Champ Fleury. Ils travaillent avec deux salariés pour produire du lait et du gaz.

L’édition 2019 du Space s’ouvre dans un contexte économique général des filières d’élevage locales en amélioration par rapport à l’an passé. Néanmoins, leurs acteurs restent dans un climat d’incertitude: «Les agriculteurs se sentent parfois perdus», rappelle André Sergent. Le président de la Chambre régionale d’agriculture cite la défiance du public, voire des élus locaux, vis-à-vis de l’élevage et de l’agriculture. Pour lui, les agriculteurs se demandent aussi «ce qu’un sujet comme le changement climatique va impliquer pour eux.» Ce constat avait poussé les organisateurs du Space à placer ce sujet du climat au cœur de l’édition 2019. Depuis, l’actualité récente générée par la parution du rapport du Giec sur le changement climatique conforte le choix de consacrer l’Espace pour demain à cette question. «L’agriculture est souvent citée comme source d’émission de GES (gaz à effet de serre), et on voit que nos systèmes d’élevages productifs dans l’Ouest sont aussi sources de solutions. L’exploitation sur laquelle nous nous trouvons illustre, non pas LA solution universelle, mais des idées pouvant être adaptées à différents territoires.»

Autant de solutions que de contextes

A quinze jours de l’ouverture du 33e Space, le salon organisait sa conférence de presse de lancement à la SCEA du Champ Fleury. Ici, à 20km du cœur de Rennes, «nous produisons 1,15Ml de lait, et du biogaz, injecté dans le réseau depuis 2015», présentent les trois associés. Au départ, il y avait un grand troupeau en système herbager. Mais avec le développement urbain et la croissance de l’effectif, «au fil des ans, il devenait impossible de continuer à sortir les vaches», explique Jean-Christophe Gilbert. En 2013, l’atelier passe en 0 pâturage. Dès lors, «nous n’étions plus aux normes pour le stockage d’effluent.» De là est né le projet de méthanisation qui génère aujourd’hui un tiers du chiffre d’affaires de l’entreprise, pour presque un ETP mobilisé. «On valorise vraiment les effluents de l’élevage avec la méthanisation. On réduit de 30% notre consommation en engrais de synthèse, et on produit l’équivalent de la consommation en gaz de 700 foyers», insiste l’éleveur, soutenu par le président de la chambre d’agriculture: «Avec le nombre de fosses à lisier qui aujourd’hui émettent des GES, alors qu’il serait possible de les capter, rien qu’en Bretagne, on voit qu’il y a vraiment un potentiel!»

changement climatique : visite de l'élevage du champ fleury avec Marcel Denieul et André Sergent

Les éleveurs de Liffré accueillaient les organisateurs du Space et son président, Marcel Denieul (à d.), pour une visite illustrant que les systèmes productifs de l’Ouest ne sont pas sans solution pour s’adapter au climat et agir en sa faveur.

La contrainte a été transformée en force

A côté des 80Nm3/h de méthane injectés dans le réseau, le ferme travaille à la suppression du soja dans son système. «Nous introduisons de la féverole, du colza. Nous cultivons désormais des méteils. Nous sommes passés de 0 à 15ha de luzerne en quelques années, et nous en implantons encore tous les ans un peu», explique Jean-Christophe Gilbert. De l’autre côté de la route, le vigoureux vert d’une luzernière contraste avec les tons des prairies environnantes qu’ont fait pâlir les conditions séchantes des dernières semaines. «On commence à faire aussi du sorgho depuis deux ans», complète son frère et associé Arnaud.

changement climatique : le Vector de Lely apporte une solution pour la gestion des rations et du temps de travail

Les éleveurs soulignent que le temps passé à la confection et la distribution des huit rations différentes revient à une demi-heure par jour.

«Quand on parle énergie et changement climatique», on peut aussi regarder du côté du robot d’alimentation qui circule dans l’élevage. A écouter Franck Perrodin, associé du gaec, on comprend que la première motivation portait plutôt sur la maitrise technique des rations et du temps de travail. Mais «le Vector nous fait aussi économiser 10€/j de fioul par rapport à la distribution avec la mélangeuse.» Cette année, c’est avec un but précis que l’éleveur arpentera les allées du Space: «Nous allons installer des systèmes de ventilation dans le bâtiment. Le Space va nous permettre de faire le tour des entreprises pour faire avancer ce projet.» Car le coup de chaud de l’été a encore eu un impact sur l’activité de ses robots de traite, les indicateurs de reproduction du troupeau, quand d’autres ont même constaté de la mortalité. «Avant c’était toutes les décennies, maintenant, c’est plutôt tous les ans que nous avons un tel épisode de canicule.» Les élus consulaires confirment: «en vingt ans, nous avons gagné seize jours sur le cycle moyen d’une culture de maïs dans la région. Le climat évolue.» Ce n’est pas forcément avec un impact négatif partout et pour tout, mais il convient au moins de s’y adapter.

Le Space gagne en accessibilité

Du côté pratique, l’innovation annoncée pour cette 33e édition résonne en cohérence avec la question climatique: «Pour offrir une solution d’accès supplémentaire, nous mettons en place un service de navettes avec quatre lignes au départ de Caen, Brest, Quimper et Cholet», révèle en effet la directrice du Space, Anne-Marie Quéméner (article complémentaire à venir).

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