Le modèle agricole français comme un caillou dans la chaussure de l’UE

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Le modèle agricole français comme un caillou dans la chaussure de l’UE

Les éleveurs laitiers français souffrent d'une double peine : la productivité par vache laitière est moindre et le prix du lait est plus volatil.

Une étude du CGAAER (Conseil général de l'alimentation, de l'agriculture et des espaces ruraux) pointe du doigt les atouts et les faiblesses de l'agriculture française face à ses voisins européens. Si leurs charges sont plus élevées, les agriculteurs français peuvent s'appuyer sur leur administration et OPA.

Le rapport du  CGAAER (Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux) analyse la compétitivité de l’agriculture française face à ses voisins européens comme l’Allemagne, la Pologne, la Roumanie et l’Espagne. L’étude se concentre sur les filières des grandes cultures, du bovin lait et de la volaille de chair en utilisant des données technico-économiques précises.

La compétitivité de l’agriculture française face à ses voisins

Parmi ces trois filières, celle des céréales et oléoprotéagineux semble être la plus performante. En effet, à surface équivalente, elle semble identique. Et ce, grâce à la technicité des exploitants. Toutefois, le rapport précise qu’il y a encore des leviers à actionner pour permettre davantage de performance. À l’image des charges de mécanisation qui pèsent sur les frais généraux.

Pour les cas où les surfaces cultivées sont moindres, l’intensification est de mise. Elle permet une forte productivité mais rend la culture beaucoup plus sensible aux aléas ou à tout élément pouvant impacter les moyens de production. À l’image des prix de vente bas, des engrais chers ou des molécules phytosanitaires retirées.

Les élevages laitiers souffrent de leur historique

En élevage laitier, le modèle français reste bridé. La France n’a pas pris le tournant productiviste de ses voisins à la fin des quotas. Les éleveurs français souffrent d’une double peine : la productivité par vache laitière est moindre et le prix du lait est plus volatil. Historiquement, moins riche, le lait français n’était pas indexé sur le marché du beurre. Conséquence qui continue de peser avec des prix qui traînent à augmenter, créant un manque à gagner énorme. La taille des élevages ne semble pas en être la cause. Même pour un élevage qui s’accroît, les performances économiques progressent beaucoup moins rapidement que dans d’autres pays européens.

Enfin, la segmentation du marché de la volaille de chair en France semble être prometteuse et synonyme de productivité. La performance de ces élevages semble intéressante par rapport aux investissements. Toutefois, l’étude le souligne, la taille des élevages est à prendre avec précaution, l’acceptation sociétale et environnementale est un enjeu en France. En polyculture élevage, le rapport met en avant la nécessité de réduire les frais fixes des cultures au regard de leur intérêt économique.

Charges de méca trop élevées

De manière plus générale, l’agriculture française pâtit en premier lieu de ses charges de mécanisation. Les mécanismes de défiscalisation propres à la France accentuent ce phénomène. De plus, les exploitations françaises de taille familiale et diversifiées sont destinées à produire un maximum. Leurs charges fixes deviennent disproportionnées et les fermes suréquipées. De manière générale, le modèle familial des exploitations oblige les agriculteurs à intensifier leurs productions afin d’être le plus productif possible.

Par ailleurs, le rapport souligne le poids réglementaire et sociétal lourd qui repose sur les exploitations françaises. En grandes cultures, la réglementation y est plus stricte, notamment sur l’usage des produits phytosanitaires. Il y a moins de mélanges autorisés que dans l’Union européenne globalement. Les ZNT (zones de non-traitement) et les règles de sécurité à proximité des points d’eau entraînent davantage d’interventions. Rendant les opérations plus coûteuses. En élevage, c’est le régime des ICPE (installations classées pour la protection de l’environnement) qui est souligné. Celui-ci est plus long, plus coûteux en France et fait face à de fortes oppositions sociétales.

Un soutien solide

En contrepartie, les agriculteurs français peuvent s’appuyer sur le monde para agricole. À l’image des politiques publiques, les institutions, les organisations professionnelles agricoles ou encore leurs consommateurs. Ce soutien, structuré en filières, aide à la promotion des produits français. Qu’ils soient exportés ou consommés à l’intérieur. en comparaison avec d’autres pays, le ministre de l’Agriculture pèse lourd dans le gouvernement français mais aussi lors des accords commerciaux et négociations avec d’autres pays.

Si bien que la gestion des crises est assurée et les risques maîtrisés. La France a la capacité d’intervenir, régulièrement lors de crises. Des outils permettent aux politiques d’anticiper les risques avec par exemple les assurances récolte, le régime de calamités agricoles ou encore le FMSE (Fonds de mutualisation  des risques sanitaires et environnementaux). À mettre en lumière également, la France bénéficie des aides surfaciques directes les plus élevées de l’UE.

Un foncier accessible

Le foncier, quant à lui, est estimé bon marché, sécurisé et régulé. Le travail des Safer y est souligné mais aussi le statut du fermage. Unique en Europe, il assure une sécurité au bailleur, rend les terres peu attractives et régule ainsi les prix. Enfin, les agriculteurs français ont un accès facilité aux crédits et aux innovations. En partie grâce aux infrastructures modernes dont ils disposent. En revanche, le revers de la médaille est le taux d’endettement élevé des exploitations françaises. Les agriculteurs contractent de nombreux emprunts, notamment lors des reprises d’exploitation. Ceux-ci sont engendrés par le principe de partage égalitaire lors des successions, peu présent dans d’autres pays.

Dernière faiblesse, le déficit managérial des chefs d’exploitations qui se voient davantage comme chefs de cultures plutôt que chefs d’exploitations. Encore une fois, le modèle familial des fermes françaises nécessite un besoin continuel de se former et d’acquérir de nombreuses compétences dans des domaines très divers. D’où l’intérêt de s’approprier certains outils de pilotage. Une chose est sûre, la compétitivité de l’agriculture française face à ses voisins reste très fébrile.

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