Taxes sur le fromage, Ceta, sécheresse… Veut-on encore des paysans?

Dans les allées du Sommet de l'Elevage, qui a réuni des milliers d'agriculteurs près de Clermont-Ferrand, beaucoup se demandent: "est-ce qu'on veut encore des paysans en France?"

Les éleveurs ont exprimé leur mal-être à l'occasion du Sommet de l'Elevage.

Jeudi 3 octobre 2019, même si elles ne les touchent qu’à la marge, les taxes sur le vin et le fromage français annoncées par les Etats-Unis ont été ressenties comme un coup de grâce par des éleveurs français aux abois. Affaiblis par la sécheresse implacable de l’été et bousculés par les attaques sur leur utilisation de pesticides, même les plus libéraux d’entre eux se sentent piégés dans la mondialisation, qu’ils nomment désormais « distorsion de concurrence ».

Un Ceta redouté

Avec l’accord commercial CETA, ils redoutent de voir arriver en France des milliers de tonnes de viande canadienne, issue de bétails et de cultures ayant bénéficié de produits interdits dans l’UE comme le redoutable atrazine ou les insecticides neonicotinoides, indique Patrick Benezit du syndicat majoritaire FNSEA. Parallèlement, les taxes de Trump vont freiner ou empêcher le développement des ventes aux Etats-Unis de produits agricoles du terroir comme les vins et les fromages français, pourtant en plein essor outre-Atlantique.

« Notre métier mérite le respect »

Vêtus de tee-shirts jaunes portant l’inscription « notre métier mérite le respect », une cinquantaine de membres du syndicat Coordination rurale ont manifesté jeudi leur mal-être dans les allées du salon. Sur leurs pancartes noires, les maux dont souffrent les éleveurs se détachent en lettres blanches: « suicides », « endettement », « sécheresse », « loup », « CETA », « Mercosur », « retraites », « ZNT », « prix », « végans ». « Entre Trump et la chute des cours du lait, notre métier d’éleveur laitier n’attire plus, car il comporte trop d’incertitudes. Comment faire des investissements à 10 ou 15 ans et ne pas savoir si le lait va nous être payé. Il n’y a aucun instrument permettant d’amortir une installation et l’élevage familial disparait », explique Thierry Roquefeuil, éleveur et président de l’interprofession laitière.

Au bout du rouleau

Delphine Freyssinier, éleveuse de vaches à viande Salers dans les monts du Cantal ne sait même pas comment elle va payer le foin qu’elle devra acheter pour ses animaux cet hiver. « Soit un emprunt à court terme, soit je vends des vaches » dit-elle. Dans le syndicat Confédération paysanne, la sécheresse qui a fait des départements du Puy-de-Dôme et de l’Allier son épicentre cette année, semble avoir plombé tout espoir. « Quand on est au bout du rouleau, on est résigné » lâche Philippe Falvard, porte-parole du syndicat dans le Puy-de-Dôme, à l’AFP. Paraphrasant Jacques Chirac, adepte des salons de l’agriculture, la présidente du syndicat majoritaire FNSEA, Christiane Lambert s’écrie « notre agriculture brûle et nous regardons ailleurs », en se désolant de la tendance lourde à l’importation de produits alimentaires, y compris d’autres pays européens, en France.

Faire pression

« Nous souffrons de distorsions de concurrence, car les surtranspositions sanitaires et environnementales des directives européennes alourdissent nos charges, et nous ne pouvons pas investir. Or, nous avons identifié des leviers pour relancer la compétitivité que nous allons présenter au président de la République », explique Mme Lambert qui « refuse de rester dans la spirale du déclin ». Pour faire pression sur les pouvoirs publics, la FNSEA a présenté au salon un agenda d’actions culminant mi novembre avec un grand rassemblement à Strasbourg, et comportant notamment des blocages et des opérations escargot lundi 8 octobre sur les routes dans toute la France.

Veut-on encore des paysans?

« La formule que l’on entend le plus dans ce salon est ‘est-ce qu’on veut encore des paysans?' », dit Mme Lambert. « Nous sommes sans cesse diabolisés, on nous refuse l’irrigation, nous subissons des intrusions de bâtiments agricoles, et nous avons désormais en face de nous 63 millions de conseillers agricoles qui se croient capables de nous dire comment travailler en critiquant notre utilisation de produits phytosanitaires, une irrationalité complète s’est installée, on ne peut plus travailler à cause d’une société urbaine qui ne connaît pas le vivant », a-t-elle lancé. « On a besoin de produire l’alimentation, si nous ne le faisons pas, elle viendra d’ailleurs ».

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