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Rencontre avec un éleveur sans bâtiments ni matériels!

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Rencontre avec un éleveur sans bâtiments ni matériels!

Pour Frank Baechler, l’agriculture de conservation a pour objectif de stocker et dynamiser le flux de carbone à l’échelle parcellaire.

L’itinéraire de Franck Baechler installé en Sologne (Loir et Cher) est singulier. Cet éleveur individuel tire profit au maximum des avantages agronomiques que procure l’agriculture de conservation dans une démarche aboutie d’autonomie alimentaire

«Jongleur»: tel pourrait être le titre de l’activité déployée par Franck Baechler depuis 2018 où il s’est installé sur 70 ha en location sur une ancienne exploitation en grandes cultures avec prairie, dont la paille et le foin étaient exportés à 100%. Ses terres ont de faibles potentiels: sols sablo-limoneux ou sableux sur argile avec un pH de 5,5 à 6, un taux de MO de 0,5 à 1,5%. Mais cet ancien conseiller agricole de la chambre d’agriculture, parvient pourtant à jongler agilement entre les choix de cultures adaptées aux conditions pédoclimatiques de son exploitation et les besoins alimentaires de son cheptel. En effet, Franck Baechler a réintroduit l’élevage. Sur sa ferme se côtoient des bovins Angus, des ovins et même quelques poulets de chair élevés en plein air.

Objectif de Franck Baechler: retrouver la fertilité naturelle

Réintroduire l’élevage est cohérent avec l’objectif de l’exploitation qui est de restaurer la fertilité des sols et ses trois dimensions:
  • physique (stabilité, porosité, résistance à la compaction);
  • chimique (réserve d’éléments nutritifs) et optimisation de la CEC (capacité d’échange cationique);
  • biologique (biomasse microbienne dont l’activité sert de carburant la matière organique).
La teneur en matière organique des sols est en effet un critère déterminant à ses yeux. « Plus de 2% de MO en plus, c’est 65t d’humus, soit 39m3, soit 40 mm ».

2% de MO en plus = 40mm en plus

Dans les leviers susceptibles de redonner de la vitalité au sol, Franck Baechler mise sur la réduction du travail du sol et une couverture maximale. Il table aussi sur la rotation des cultures et les associations d’espèces. Plutôt que de travailler du sol, il le laisse en paix. Il a principalement recours au semoir de semis direct pour implanter les cultures différentes cultures. Citons le sorgho résistant au sec, mais aussi des couverts de printemps, des cultures fourragères d’été, des méteils… Ces productions s’intercalent de manière à produire de la nourriture pour les animaux, une bonne partie de l’année. Ces ressources disponibles sont consommées directement ou stockées sur pied ou en bottes rondes.

0,4 UGB/ha

La conduite y très extensive à 0,4 UGB/ha. Mais très intensive à l’instant «T» dans la mesure où il déploie le pâturage dynamique sur plusieurs paddocks. Très souvent, tous les jours à certaines périodes, il déplace les clôtures qui servent au pâturage. La combinaison des moutons et bovins sur ses terres, optimise le pâturage. Tandis que les poulets génèrent un reliquat intéressant sur la fertilisation des sols. Ce pâturage «adaptatif» et très mobile, s’effectue sur des micro-parcelles modulables en fonction du cheptel et des saisons. «C’est une gestion opportuniste de l’offre de biomasse» explique l’intéressé, attentif à la biomasse laissée au sol et la répartition des déjections animales.

100 % plein air

La logique de l’exploitation se concentre sur l’autonomie. «Le plus performant des systèmes d’élevage est celui où 100% des besoins des animaux sont couverts par la production photosynthétique et consommée directement par les animaux» est convaincu Franck Baechler. La conduite est intégralement en plein air. Un bois en proximité des parcelles sert en quelques sorte de refuge lorsque les températures montent à l’extrême. Dans son système, l’éleveur parvint à diminuer les coûts de MS produites.

Dans le système, l’animal est un outil tout comme le tracteur …

Son organisation évite donc les charges de bâtiment, y compris pour le stockage des fourrages. Question matériel, l’exploitation a très peu de besoins. Il dépense en carburant seulement 30l/ha. Il mutualise quelques outils avec deux exploitations voisines, elles aussi en agriculture de conservation. Dont celle de Frédéric Thomas, bien connu dans le monde des TCS. Cette quasi absence de charges doublée d’une bonne valorisation des productions animales en circuits courts, génère la rentabilité de son exploitation. Il vend en effet ses bœufs à l’herbe entre 26 à 28 mois, à 350 à 380kg de carcasse à 8€/kg. Par contre, l’exploitant a choisi de réinvestir sur la fertilité des sols avec notamment l’apport de matière exogène à raison de 30t de compost/3 ans. Une pratique favorable pour stimuler l’activité lombricienne en faveur de laquelle plaide l’agriculteur Solognot: «Les vers de terre, ce sont les ingénieurs du sol»

Franck Baechler est parti d’une feuille blanche

«Je suis parti d’une feuille blanche pour échafauder mon projet» explique Franck Baechler. Il s’exprimait devant un parterre d’étudiants et d’agriculteurs réunis le 22 septembre dernier au lycée agricole de St Yrieix la Perche (Haute-Vienne) pour une journée de réflexion consacrée aux nouvelles pratiques agronomiques. Sa stratégie repose sur l’agriculture de conservation. Dans ce domaine, il s’est forgé une longue expérience et de nombreuses références agronomiques. Il les partage au titre de son activité complémentaire de conseiller indépendant. Il est convaincant car il expérimente lui-même cette approche du sol sur ses terres où l’usage de la charrue n’a jamais fait de miracle. Ses propos ont stimulé la réflexion des auditeurs présents le 22 septembre. Ils aideront certainement celles et ceux qui veulent faire évoluer leur système d’exploitation. Même si toute expérience n’est pas reproductible telle quelle! A lire aussi sur l’agriculture de conservation: Agriculture de conservation: les éleveurs ont de gros atouts. Quand le sans labour gagne du terrain. Agriculture de conservation: de la cuma au GIEE.