Associer des espèces (méteils, blé-légumineuses, colza-plantes compagnes) est un levier agronomique puissant. Mais concrètement, la question du matériel freine encore de nombreux agriculteurs pour faire les semis des cultures associées. Faut-il investir dans un semoir muni de multiples trémies ? Comment gérer des graines de tailles différentes ?
Semis en cultures associées : trois stratégies clés
Esther Fouillet (Inrae/AgroParisTech), Laurent Bedoussac (Ensfea) et Chloé Salembier (Inrae/AgroParisTech) ont mené une étude dédiée auprès de 13 agriculteurs pratiquant les semis d’associations d’espèces, dans le cadre du projet Intercrop Value. Ce travail a permis de démontrer qu’il est possible de se lancer avec des équipements très divers, du « système D » à la haute technologie.
Voici trois stratégies, issues de cette étude de terrain, pour adapter les pratiques de semis à chaque situation.
1. Semer des cultures associées: faire avec l’existant
C’est la stratégie de l’économie. Si la priorité est de limiter les charges, il s’agit dans ce cas d’adapter le mélange au semoir en place.
La clé : choisir des espèces qui tolèrent la même profondeur de semis.
• Repéré sur le terrain : pour le mélange des graines avant le semis, sans trémie compartimentée, une bétonnière ( jusqu’à 300 L) ou l’usage d’une vis sans fin au sol sont des solutions éprouvées pour homogénéiser les lots avant de remplir le semoir. Attention toutefois à choisir des graines de tailles proches pour éviter le « démélange » dans la trémie avec les vibrations.
2. Adapter l’outil à la culture
Il s’agit d’une stratégie qui priorise l’agronomie, pour respecter la physiologie de chaque plante.
La clé : Ne pas hésiter à modifier les outils. Certains agriculteurs ajoutent une cloison amovible dans la trémie de leur semoir et modifient les descentes : les disques avant sèment l’espèce profonde, les disques arrière l’espèce superficielle.
• Repéré sur le terrain : Pour un mélange colza-féverole, un agriculteur a combiné un strip-till (modifié pour semer la féverole en profondeur) avec un semoir monograine pour le colza en surface. Résultat : un semis de haute précision en un seul passage.
3. Pour semer des cultures associées, s’appuyer sur le territoire
Dans ce cas, c’est la stratégie de la flexibilité pour tester des mélanges complexes (rangs alternés, tri post-récolte exigeant) sans investir ni bricoler.
La clé : s’ouvrir aux matériels disponibles localement. Cuma et ETA disposent souvent de matériels de pointe (semoirs double trémie, moissonneuses avec réglages spécifiques et chaînes de tri).
Au sujet de l’étude
Les 13 agriculteurs pionniers ont été repérés grâce à l’expertise des animateurs et animatrices du réseau cuma. « Il ne s’agissait pas d’agriculteurs qui font uniquement des couverts végétaux, mais qui sèment des mélanges et récoltent au moins une espèce, avec un usage innovant en termes d’agroéquipement. Nous n’avons pas retenu ceux qui investissent dans un semoir multi trémie. L’idée étant d’étudier ceux qui font avec l’existant, » précise Esther Fouillet.
La plus grande difficulté a été de trouver des dénominateurs communs aux pratiques. « Parmi ces 13 agriculteurs, la grande majorité produit des grandes cultures, et sont en bio. Certains pratiques les mélanges d’espèces depuis les années 1980, d’autres depuis très récemment. »
« Au niveau des mélanges d’espèces, nous avons relevé 21 mélanges, dont le mélange blé/féverole était le plus fréquent, » relève Esther Fouillet.
L’agencement spatial des semis a également révélé une large palette de possibilités.
Article basé sur les travaux de thèse et post-doctorat d’Esther Fouillet (INRAE/AgroParisTech).
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