Pour Benoit Adam, c’est un coup d’essai. L’occasion de se remettre aux manettes de son semoir de betteraves. Car aujourd’hui, la météo dans les plaines du Calaisis n’est vraiment pas propice aux semis de betteraves. Pour preuve, le crachin accompagné du vent de la mer du Nord s’est invité pour toute la journée. « Je sème une petite parcelle aujourd’hui, 1,5 ha, histoire de me mettre en jambe, reconnaît l’agriculteur après avoir hésité à sortir de sa ferme. Le terrain est bon, je fais du bon travail malgré l’humidité ambiante. » Au coeur d’un chantier de semis de betteraves en 2026.
Semis de betteraves 2026 en chantier complet
Pour cette heure de travail, Benoît Adam a pour objectif de reprendre en main le tracteur et le semoir de la cuma. « On s’en sert qu’une fois dans l’année, on a vite fait d’oublier comment on le règle et comment on l’utilise », avoue-t-il. D’autant que le matériel est nouveau dans le groupe. Le tracteur a été acheté en 2025 et le semoir en 2024, peu de campagnes à leur actif donc.
Depuis très longtemps, la cuma de Gemps et environs propose un semoir de précision. « C’est une activité historique, précise Benoît Adam qui est aussi son président. Nous renouvelons facilement nos matériels de manière générale. Nous estimons que le devoir de la cuma est de proposer des outils en bon état, bien équipés, qui travaillent bien et disponibles. » Une exigence que la vingtaine d’adhérents accepte. Mais cela a un coût que tout le monde supporte.
Couper la poire en deux
En 2024 donc, le semoir Monosem de 12 rangs de la cuma vieillit. L’occasion de le renouveler et de s’équiper avec un matériel plus moderne. Comme à chaque projet, les adhérents se retrouvent pour remettre à plat cette activité : volumes, entretien, organisation, cahier des charges et l’un d’eux prend en charge les demandes de devis. « On a demandé deux devis et les prix étaient du simple au double, se souvient le président. Alors on a prit le moins cher, un Knerveland 12 rangs Monopill neuf. Que nous avons équipé de systèmes électroniques pour davantage de confort. »
Prix d’achat : 42 700 € pour semer les 100 ha de betteraves, chicorées et colza chaque année des six utilisateurs pour le moment. L’écartement des rangs n’étant pas adapté aux semis de maïs. « Nous sommes passé d’un coût de revient de 10€/ha à 30 €/ha, calcule le président. On va augmenter ce prix à 40 €/ha car notre activité est déficitaire. » D’ici l’année prochaine, deux adhérents devraient se greffer au groupe pour ainsi limiter cette inflation.
Semis de betteraves 2026 : la bineuse suit le semoir
Pour la culture de la betterave, la cuma s’est équipée il y a très longtemps de bineuses. Au début de l’autoguidage. « Nous avons eu longtemps deux bineuses autoguidées sans caméra de la marque Carré, explique Benoît Adam. Mais lors du renouvellement, le groupe de huit agriculteurs s’est orienté vers une unique bineuse de 12 rangs Agronomic, équipée de caméras et d’un suivi de sillon. »
Un changement nécessaire pour cette activité déficitaire faute d’utilisation. Environ 140 ha sont engagés dans cette activité, mais chaque année, pas plus de 100 ha sont binés. Pour éviter de poursuivre dans une mauvaise direction au niveau compta, le groupe a décidé d’instaurer un forfait et un coût à l’utilisation. « Nous payons un forfait de 25€/ha pour les surfaces engagées, compte le président. Pour les surfaces supplémentaires, le coût revient s’élève à 35 €/ha. »
Vers un tracteur en commun
Après une année d’utilisation du semoir et de la bineuse, plusieurs facteurs incitent les agriculteurs à revoir leur organisation. La question du débit de chantier de semis, estimé à 1,5 ha/h vient se poser. En effet, les adhérents constatent une réelle perte de temps entre l’attelage et dételage du semoir et pour les réglages. D’autant que la météo demande à ce que le semoir soit rapidement disponible.
Par ailleurs, l’utilisation de la bineuse serait davantage optimisée si le GPS du tracteur enregistrait les semis. En parallèle, un adhérent annonce qu’il ne veut plus renouveler son tracteur. « Le groupe se réunit alors pour estimer les besoins en heures annuelles de traction, explique le président. Mais aussi pour définir les périodes d’utilisation de chacun. »
Coup de poker
La compte n’y est pas vraiment. L’adhérent principal demande 200 heures, les chantiers de semis représentent environ 75 heures par an et les heures susceptibles d’occuper le tracteur dépendent de la météo puisqu’il serait attelé à la bineuse. Elles sont toutefois envisagées autour des 150 heures annuelles. Additionnées, le groupe décide de se lancer tout de même. « La location d’un tracteur serait trop onéreuse, alors on décide de partir vers l’achat d’un tracteur d’occasion », indique Benoît Adam. Une première pour la cuma.
L’occasion se présente rapidement. Un Massey Ferguson 5712 de 100 chevaux environ équipé d’une hydro fourche, d’un GPS, de fines roues et qui répond au cahier des charges du groupe. Agé de 7 ans, il n’a que 2 000 heures au compteur. Prix d’achat : 55 000 euros. « Il réalise sa première campagne en 2025, explique Benoît Adam. Finalement, le tracteur travaillera 400 heures cette année-là. Avec des besoins qui ont évolué. Certains se sont greffés au groupe quand d’autres l’ont moins utilisé que prévu. On rentre dans nos frais, c’est le principal. » La priorité est donné au semoir de précision et à la bineuse pendant le printemps.
Mauvaise surprise
Malgré cela, le coût d’utilisation du tracteur estimé à son achat à 23 €/h évolue. « Nous avons eu des travaux d’entretien, puis quelques achats onéreux comme le changement de la pompe à eau, annonce le président. Résultat, le prix a progressé à 27 €/h. Ce tarif est prévu pour deux ans puis on devrait revenir au niveau souhaité lors de l’achat. » Pour ce qui est du carburant, il est à la charge de l’adhérent. En revanche, le plein de l’Adblue est réalisé chez un adhérent qui refacture au prorata des heures utilisées. Avec un tarif d’environ 70 €/ha (hors main d’œuvre et carburant), les semis de betteraves restent compétitifs.
Pour le moment, Benoît Adam attend le retour du soleil prévu le lendemain pour retourner dans ses champs. Il a encore du travail, 20 ha l’attendent puis ce sera les semis de lin et enfin les plantations de pommes de terre. « Je ne suis pas en retard, considère t-il. L’année dernière je n’ai pas pu réaliser mes emblavements à temps, les conditions météo étaient trop sèches. »
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