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Coupures d’électricité: comment les agriculteurs vont s’organiser

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Coupures d’électricité: comment les agriculteurs vont s’organiser

Page d'accueil du site EcoWatt.fr, le 1er décembre 2022.

Le gouvernement a confirmé lors d'une conférence de presse mercredi 30 novembre au soir des risques de coupures de courant. Les agriculteurs ne seront pas épargnés, et semblent diversement préparés. Les échos du terrain, où l'on sort les groupes électrogènes…

Oui, la France devrait bien subir des coupures d’électricité cet hiver. Le gouvernement l’a confirmé le mercredi 30 novembre lors d’une conférence de presse. Ces coupures, concrètement, auront lieu lors des pics de consommation, soit entre 8 et 13h et entre 18 et 20h. Sur le terrain, les Préfets préparent depuis plusieurs semaines des listes d’infrastructures qui ne subiront pas ces coupures. Ces exceptions ne concernent a priori pas le secteur agricole, mais plutôt la défense nationale, la sécurité, les hôpitaux, certaines entreprises. Ces listes sont confidentielles pour des raisons de sécurité. 

Comment se préparer aux coupures d’électricité?

Comment faire pour anticiper et se préparer aux coupures d’électricité? Se rendre sur le site MonEcoWatt.fr. Selon un code couleur tricolore (vert, orange, rouge pour les coupures), les interruptions seront annoncées trois jours à l’avance. 

Les modalités des coupures d’électricité seront précisées la veille de la date prévue, à 17h. Application mobile et alerte SMS sont également disponibles sur MonEcoWatt.fr

On compte sur les génératrices d’électricité

La majorité des éleveurs laitiers disposent d’équipements de secours. A l’exemple d’Eric Bejaud, associé du GAEC “Grains gars lait” dans la Vienne, dont l’exploitation est équipée de deux robots de traite pour un effectif de 140 vaches. Les deux robots sont saturés et une coupure d’électricité de plusieurs heures, serait dommageable. L’exploitation dispose donc d’une génératrice qui fonctionne sur la prise de force du tracteur. 

Pour Jérôme Pelletier, éleveur laitier associé au Gaec “Dairy Genes” à Charnizay dans l’Indre et Loire, disposer d’un équipement de secours est quasi incontournable dans une exploitation laitière avec robot de traite. Son collège de la cuma, Franck Mallet est installé sur la même commune, mais en élevage caprin. Il a la possibilité d’utiliser le groupe électrogène mobile de la cuma Arc en Ciel. 

Lire aussi : « Autofinancé avec l’électricité » à la cuma Arc en Ciel.

Décaler les heures de traite pour éviter les coupures d’électricité?

Si d’autres éleveurs veulent disposer en même temps que lui de cet équipement, alors il sera nécessaire de décaler les heures de traite. Mais les coupures interviennent parfois sur les lignes électriques différentes. Et tous les adhérents ne sont donc pas forcément touchés au même moment.  

Les éleveurs de volailles ont également des besoins impérieux d’électricité. C’est le cas de Joseph Guérineau, pour ses poulaillers en label. Cet éleveur est installé à Terves dans le Nord des Deux-Sèvres. 

En production de volailles, chaleur et aération en question

Dans ses bâtiments, l’aération est mécanique contrairement aux poulaillers de grande taille, où les systèmes d’aération sont toujours automatisés. Une coupure d’électricité est donc moins problématique pour ce type d’élevage. Idem pour les chaînes d’alimentation et la lumière. 

En élevage standard, une coupure momentanée d’électricité sera plus impactante. Cela peut créer du stress pour les bandes de volailles. 

En poulets labels, un arrêt momentané de quelques heures de la chaîne d’alimentation sera moins préjudiciable. Pour ce qui est du chauffage, l’ensemble des poulaillers sont alimentés au gaz. 

Par contre, les dispositifs de régulation de la chaleur, pour ajuster la puissance des radians par exemple, sont électriques. Enfin, l’acheminement de l’eau dans les abreuvoirs fonctionne généralement avec des pompes, qui elles aussi sont reliées à l’électricité…      

Porcin et hors-sol

En élevage porcin et plus globalement pour les élevages hors-sol, la conditionnalité d’accès aux contrats d’assurance passe par l’équipement de groupes électrogènes. 

Une baisse de la température induite par une coupure d’électricité, même minime, peut en effet impacter durablement l’élevage. 

Un risque que ni les éleveurs ni les assureurs ne veulent prendre. Leur utilisation est cependant très encadrée afin d’avoir un usage uniquement en cas d’urgence et non pas pour produire de l’énergie quand celle-ci est trop onéreuse. Des situations qui risquent, cependant, de se multiplier cet hiver.

Pour rappel, un abaissement de la température même de quelques degrés d’une porcherie entraîne une hausse de l’ingestion des truies. Il y aura donc des arbitrages à réaliser entre un coût de chauffage élevé et un aliment cher également. 

Des circuits courts davantage malmenés par la hausse du prix de l’électricité

Dans cette cuma de transformation (viandes) du sud-ouest, « on n’a rien anticipé du tout. S’ils coupent 2h le matin, ça va poser problème c’est sûr. Si c’est l’après-midi c’est moins problématique. À part pour les chambres froides! En cette période, comme il fait froid dehors, ça devrait aller, mais bon… De toutes façon, ça n’arrivera pas: on a fait assez peur aux gens pour que ça n’arrive pas. »

De manière globale, pour les cuma de transformation, notamment en viande avec l’utilisation de chambres froides, c’est d’abord la préoccupation du coût de l’électricité qui pointe son nez. 

L’objectif est d’abord de terminer l’année en court et de prendre en compte d’autres problèmes. La vente de viande en circuit court est à la baisse. Avec les périodes de confinement, les consommateurs plébiscitaient la vente direct. Certains agriculteurs avaient même embauché pour faire face à une augmentation de la demande. 

Aujourd’hui, beaucoup constatent une baisse de fréquentation de la part des consommateurs. Des consommateurs qui privilégieraient désormais le prix à la qualité pour conserver un pouvoir d’achat malmené par l’inflation. 

Pour les cuma de transformation interrogées, la hausse du prix de l’électricité pèsera dans les coûts de transformation. Même si elle ne représente pas la charge principale. Les éleveurs regardent aussi leurs partenaires artisans bouchers qui vont répercuter la hausse du prix de l’électricité sur le prix de la viande. 

La question qui se pose est de savoir de combien la consommation de viande va baisser et si la production de viande de qualité en circuit court a encore un potentiel de développement.

Les producteurs d’énergie s’organisent face aux coupures d’électricité

Face aux coupures d’électricité, les agriculteurs qui ont déjà pris le virage de la production d’énergie n’ont pour le moment pas tous de solution immédiate. En revanche, certains réfléchissent à basculer vers davantage d’autoconsommation.  

C’est par exemple le cas dans le Gers, où Pierre Pérès, producteur notamment de canards, et président de cuma explique sa stratégie d’exploitation: « Nous avons un méthaniseur et des panneaux photovoltaïques. Jusqu’à présent nous revendions toute l’électricité produite. »

« Vus les tarifs (nous avons un compteur au tarif bleu et trois compteurs au tarif jaunes) et le caractère d’urgence sur les tarifs jaunes, nous allons mettre en place des dispositifs pour autoconsommer. Par contre, nous devons honorer nos contrats de tarifs de rachat garantis. Mais nous étudions la possibilité de débridé la génératrice du méthaniseur par exemple. Cela fait partie des projets à court terme, pour l’année prochaine. Et la chaleur est destinée aux bâtiments d’élevage (canards et bovins), à la conserverie (en cuma) et au gavage. »

Une stratégie qui prend tout son sens. Car les groupes électrogènes, pour utiles qu’ils soient actuellement, ne pourraient pas constituer une solution de recours fréquent, si ce type d’aléa était amené à se répéter. Ce que personne n’espère!

Enfin, à lire aussi : Quelle énergie produire sur mon exploitation? et notre dossier « Agrivoltaïsme : faut-il craquer ?«