Faire le tri entre de vraies solutions et des sirènes dangereuses

Elevages

Les conditions de travail du matériel de désilage ne sont pas toujours tendres. Avec le prix du matériel qui augmente, il est tentant pour les groupes de remettre en cause la politique de renouvellement rapide (©Arnaud Jeanne).

18/11/2016 - 15:23

Leur travail est usant. Aussi, le turn-over rapide des automotrices de désilage en cuma est une constante commune à beaucoup de groupes. Devant les tarifs de ces machines haut de gamme qu’ils jugent en forte augmentation, ils sont de plus en plus en recherche d’alternatives.

Partagez cet article: Faire le tri entre de vraies solutions et des sirènes dangereuses

Y aurait-il un seuil fatidique autour des 3000 heures pour la désileuse de cuma? Seuil fatidique, le terme est sans doute exagéré. Repère est certainement plus adapté. À cet âge, beaucoup de frais seront à engager dans un futur proche, pour remplacer les pièces d’usure essentielles les plus sollicitées, la fraise en tête. L’âge augmentant, le poste «entretien et réparation» gonfle significativement. Les statistiques le montrent. Aussi la question du renouvellement devient une évidence. Mais le coût fait peur, sans parler du fait que le moment économique n’est pas idéal. Christophe Nicault, conseiller de la fédération des cuma Ille-Armor, le constate : «les groupes, dont les adhérents restent attachés au service ont le souci de ne pas augmenter les tarifs de la mélangeuse dans l’année qui vient.»

L’innovation, un moteur

Le coup du renouvellement fait d’autant plus peur que l’augmentation du prix des machines ressort largement des observations échangées par les utilisateurs. Les fabricants mettent en avant de nouveaux moteurs, de nouveaux équipements, plus de technologie, un confort amélioré… En somme, rien qui n’aille vraiment dans le sens d’une réduction des montants affichés en pied de devis. Surtout que ces équipements, mis sur le marché et bien enrobés, sont, a minima, tentants, surtout pour un usage aussi intensif que peut l’être celui d’une cuma.

Lueur d’espoir, qui dit «renouvellement», dit «reprise à vendre». Et là encore, le montant des reprises laisse souvent perplexe les éleveurs. En raccourci: l’offre constatée (ou évaluée) pour une machine qui affiche 3000 heures équivaut au prix du neuf, divisé par deux. Dès lors, la question de la maintenir dans ses fonctions peut devenir une option sérieuse.

Qu'en pense Nathalie Pignerol ?

Nathalie Pignerol est conseillère dans la Manche. Elle suit particulièrement 18 groupes sur son secteur:
«Nous avons tendance à dire qu'il vaut mieux payer des charges fixes (annuités), que d’avoir à faire face à des frais d'entretien, surtout pour ce type de machines qui doit démarrer tous les matins, impérNathalie Pignerol est conseillère dans la Manche. Elle suit particulièrement 18 groupes sur son secteur:ativement. D'une manière générale il vaut donc mieux renouveler pour être certain que le service soit continu. Des groupes de cinq ou six adhérents, comme la cuma de la Motte, dans l’Orne, avec une tournée courte, peuvent envisager prolonger. Sous certaines autres conditions. La façon dans la machine est entretenue et menée, son état de santé… Le salarié à la un rôle essentiel.
C'est toujours au groupe de mener la réflexion d'étudier sa situation et de décider. Mais s’il l’on dresse le portrait-robot d'une nouvelle machine d’une cuma : C'est une désileuse neuve, homologué à 40km/h.
L'occasion: je ne suis pas convaincue. C'est un risque trop important, en général. Et se passer d'options comme l’homologation à 40km/h, est également rarement pertinent : Sur mes 18 groupes, seulement trois sont équipés d'une machine à 25km/h. Leur tournée n’excède pas la dizaine de kilomètres. Le carburant et le chauffeur, c'est plus de 40 % du coût total du service… Si la tournée ne se fait pas vite, c’est difficilement valable. Enfin, pour le salarié, le confort, c'est important. Il est dans la cabine six jours sur sept, à raison de deux heures à cinq heures par jour.
L'essor des groupes de désilage est encore récent. Le service s’améliore. Sur la région nous avons maintenant six marques différentes bien implantées. L’offre est correcte en diversité. Cela permet aux groupes d'aller voir différentes machines pour choisir. Le service en aval de l’achat a aussi son importance. Certaines cuma se voient proposer des contrats d'entretien et certaines ont accepté. Sur le papier, le principe est séduisant. Il peut être intéressant surtout si l'on se met dans l'idée de faire vieillir la nouvelle acquisition au-delà des premiers remplacements de fraise ou de convoyeurs. Est-ce que ce sera une alternative pertinente au renouvellement précoce des engins ? Ce sera à confirmer sur le terrain.
»
Publicité
Simple Share Buttons