Agrivoltaïsme et aléas climatiques, comment ça fonctionne ?

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Agrivoltaïsme et aléas climatiques, comment ça fonctionne ?

Dégâts sur un parc agrivoltaïque suite à la tempête Nils en février 2026. (©Confédération paysanne des PO)

Le début de l'année 2026 a été marqué par des aléas climatiques intenses, avec les tempêtes Nils et Goretti. Ponctuellement, certains parcs agrivoltaïques ont subi des dégâts. Que s'est-il passé ? Quelles assurances et conséquences pour les agriculteurs ? Et comment éviter ces situations ?

Dans le cadre des projets d’agrivoltaïsme, « ce sont le développeur et le structuriste qui dimensionnent l’installation, explique Jean-Luc Bochu, du bureau d’études spécialisé dans les énergies renouvelables Solagro. Ils intègrent différentes contraintes, comme le vent, dans la déclinaison concrète de la structure du bâti. » On fait le point sur l’assurance agrivoltaïsme lors des dégâts climatiques.

Agrivoltaïsme : des contraintes climatiques

« Souvent, décrit Jean-Luc Bochu, ce sont les agriculteurs qui ont tendance à vouloir alléger ce bâti, pour par exemple faciliter le passage des machines. Ce à quoi les développeurs répondent avec des normes et des études géotechniques, l’analyse d’une série de contraintes prévisibles. Et de toute façon, c’est le développeur qui prend le risque financier dans la plupart des cas. Il peut arriver que l’agriculteur soit co-investisseur, mais ce n’est pas la majorité des cas. »

Constat complété par Cécile Magherini, directrice de Sun’R. L’entreprise a développé jusqu’à présent une quarantaine de parcs agrivoltaïques en France. Une poignée d’entre eux a subi des dégâts en lien avec les tempêtes du début d’année 2026, dans les Pyrénées-Orientales, notamment.

Dégâts climatiques en agrivoltaïsme : qui est responsable de quoi ?

Concrètement, les deux activités, agricoles et solaires, sont séparées d’un point de vue assurance et gestion foncière.

Au niveau du foncier, l’entreprise agrivoltaïque Sun’R réalise une division de la parcelle en volume, avec un géomètre pour prendre à bail le volume situé au-dessus du champ.

« L’agriculteur conserve son bail rural et l’usage de sa parcelle. Il met aussi à disposition l’espace à 5 mètres au-dessus, en signant un bail emphytéotique sur le volume haut », détaille Cécile Magherini. Ce bail s’assortit d’un loyer, en moyenne 1 500 € par an et par hectare. Et d’une convention agrivoltaïque contenant des objectifs tels que la protection contre la canicule, le gel, l’amélioration du rendement ou de la qualité.

Agrivoltaïsme et assurance : pour éviter de faire flamber les primes, « chacun assure son propre risque »

En termes de couverture, « chacun assure son propre risque », résume Cécile Magherini. L’infrastructure agrivoltaïque revient à 1 million d’euros par hectare, estime-t-elle et, très au-dessus de la valeur du matériel agricole, composé du palissage, de l’irrigation et des plants.

« Pour éviter de faire flamber les primes d’assurance des agriculteurs, nous avons donc recours à un principe de non-recours réciproque. »

En clair, si l’infrastructure photovoltaïque est endommagée, c’est l’assurance du développeur qui examine le dossier, sans se retourner contre l’agriculteur. Et en cas de dégâts sur la culture, c’est la multirisque agricole de l’exploitant qui sera sollicitée, sans pouvoir se retourner contre celle de développeur agrivoltaïque.

Des dégâts pas pris en charge, mais limités

Et c’est bien ce principe que l’on a appliqué aux parcelles (de vignes) endommagées cet hiver. « Là où notre assurance l’a validé, nous avons réparé les infrastructures. L’assurance ne prendra pas les dégâts sur les cultures mais, au cas par cas, nous voyons comment aider nos clients », explique la directrice de Sun’R.

« Sur cette tempête Nils, pas de perte de production mais des surcoûts liés par exemple à la remise en place du palissage », tempère-t-elle également.

Erreur de dimensionnement ou vent exceptionnel ?

Toutefois, au moins l’un des sites est en cours d’expertise judiciaire pour un hectare. « Nous ne pouvons pas le réparer tant que c’est en cours, explique Cécile Magherini. Si l’expertise judiciaire conclut qu’il y a eu une erreur du côté du constructeur, qui a dimensionné l’installation, alors les pertes d’exploitations du viticulteur pourraient finalement être intégrées au dédommagement. »

Elle ajoute : « Si l’expertise conclut qu’il n’y a pas eu d’erreur de dimensionnement mais un épisode de vent exceptionnel, l’assurance ne prendra pas en charge les pertes de l’agriculteur. »

Agrivoltaïsme et changement climatique : les normes en question

« Car ce n’est pas nous, en tant que développeurs, qui dimensionnons le parc, soulève Cécile Magherini. Nous fournissons un cahier des charges pour la hauteur des panneaux et l’espacement entre poteaux. Nous décrivons aussi le site. Des éléments qu’un constructeur (aussi appelé structuriste) traduit en dimensionnement de structures. C’est-à-dire la taille des boulons, l’épaisseur d’acier, des câbles de renfort, selon les normes en vigueur. »

« Aujourd’hui, c’est toute la question, résume Cécile Megherini, faut-il dimensionner au-dessus de la norme ? Une question qui se pose à la fois pour nos futurs chantiers et pour l’éventuel renforcement des parcs actuels. »

Car les développeurs ont au moins une certitude : avec le changement climatique, les événements « exceptionnels » devraient se multiplier.

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