La précocité de la moisson 2026 a surpris de nombreux agriculteurs, quel que soit le bassin de production. Mais les résultats sont tout aussi surprenants que ce soit pour les rendements que pour la qualité des grains. Pourtant, la campagne avait bien débuté. Explication de cette année atypique.
Bilan de la moisson 2026
« Quelque chose a bloqué le développement du grain », lance Morgane Vidale, ingénieure chez Arvalis. Les rendements de céréales de cette année en sont la preuve. « Les orges d’hiver sont satisfaisants, ils sont passés à travers la météo capricieuse, précise l’ingénieure. Les rendements sont de 5 à 8 % en dessous voire très proches de la moyenne cinq ans. » Il manque 5 à 10 q/ha sur les secteurs Berry, nord Allier où la montaison a été la plus sèche. Le PS est bon ,voire très bon avec un calibrage correct sur les variétés brassicoles. Le taux de protéine reste dans la norme et peut être légèrement supérieur dans les situations à faibles rendements.
En blé, ce n’est pas non plus la catastrophe même si les rendements ne sont pas satisfaisants. Même dans les bonnes terres, on observe une réduction de 5 à 10 %. En zones intermédiaires, les chiffres approchent la moyenne. On observe un décrochement dans les sols superficiels. »
La protéine bien présente
Des rendements très hétérogènes donc avec une baisse de 5 à 20 q/ha sur la partie Berry et jusqu’à 15 q/ha pour le secteur Auvergne. Toutefois la qualité reste correcte avec un PS autour de 80. Le taux de protéines est entre 12 à 13 % sauf dans des situations où le dernier apport n’a pas été réalisé. En revanche, en orge de printemps, c’est la déconvenue avec des rendements oscillants entre 20 et 80 q/ha. Ils plafonnent même dans les bonnes terres.
Toutefois les ingénieurs le rappellent, les grains ont été récoltés dans des conditions très sèches. « À 15 % d’humidité et à un rendement à 74,9 q/ha correspond à 70,8 q/ha. Nous avons relativisé nos chiffres à 15 % d’humidité. » Des rendements en baisse expliqués par une météo capricieuse avec notamment une hétérogénéité de pluie à la montaison. Pourtant, tout avait bien débuté. L’indice grain sur paille était de 0,6, le signe d’une bonne année.
Une campagne pourtant bien commencée
Le début de la campagne 2025/2026 se caractérise par des dates de semis normales pour les céréales à paille orge d’hiver et blé tendre. Il est remarqué une bonne qualité d’implantation dans des sols bien structurés mais avec déjà des cumuls de températures importantes. Les passages de désherbage s’effectuent dans de bonnes conditions. Pas de pression de la part des ravageurs. Une période qui peut être qualifiée de normale jusqu’à la fin du mois de janvier. C’est en février, que ça commence à déraper.
Là, c’est la pluie qui vient jouer les troubles fête. Sur le secteur Auvergne – Sud et Centre, le mois de février 2026 était particulièrement pluvieux avec un relevé excédentaire de 60 mm par rapport à la moyenne. Cela s’est traduit par une réduction du tallage notamment en sols argileux. Dans la zone du Centre – Nord-Est, la pluviométrie importante n’a pas été préjudiciable pour les céréales, les sols étaient capables d’absorber les abas d’eau.
Des apports plus ou moins valorisés
En revanche, les pluies ont retardé les apports d’azote. Le premier apport d’azote effectué début février a été bien valorisé contrairement à un passage fin de mois. L’apport de début mars 2026 a aussi pu être bien valorisé grâce aux pluies du milieu du mois. « Les agriculteurs qui ont suivi le cycle de la plante ont plutôt mieux valorisé leurs apports en comparaison à ceux qui se sont basés sur leur calendrier », résume Aurélie Augis, ingénieure chez Arvalis. Finalement, à la sortie de l’hiver, les céréales avaient de deux à trois semaines d’avance.
En avril 2026, le temps sec et les températures douces pèsent sur les céréales et les apports azotés : difficile de trouver le bon créneau. Mais ce sont les bilans hydriques qui décrochent. À partir du stade montaison, le déficit hydrique s’est accentué. De plus, les sommes de températures étaient supérieures de 60 à 80 degrés pour la période entre mi-mars et fin avril dans le secteur Auvergne-Sud-Centre. Des ETP journalières qualifiées d’exceptionnelles ont été relevées sur la station de Lurcy-Levis. À la montaison, les céréales subissent une dizaine de jours autour de 4 mm/jour alors que la moyenne sur 10 ans est de 2,5 mm/jour.
ETP exceptionnelles
Durant le stade remplissage, deux périodes s’enchainent avec des ETP pouvant atteindre les 8 mm/jour. « Ces jours-là, on remarque l’importance du type de sol, ajoute l’ingénieure. Dans un sol le limon argileux, on note 15 jours en moins de stress hydriques en comparaison à un sol argilo-calcaire. »
Toutefois, les ingénieurs d’Arvalis constatent une bonne fertilité et une bonne fécondation des épis. « La plante a pour le moment bien encaissé les aléas climatiques, précise Aurélie Augis. D’où l’importance du bon enracinement. Les pluies de début juin viennent assurer le remplissage. »
Si dans le sud, la fin de cycle sous les fortes chaleurs et dans le sec a pénalisé le nombre d’épis au m², c’est moins le cas dans le Nord de la France. « C’est au moment du remplissage que les céréales ont décroché, on obtient des PMG très disparates selon les ondées et les températures cumulées en juin et juillet », fait remarquer Morgane Vidal.
D’autre raions
D’autres facteurs sont entrés dans la baisse des rendements. Mais avec un impact moindre. On peut citer notamment, les effets de précocité et donc d’esquives de certaines variétés, la présence de rouille jaune dans certains secteurs, de la phytotoxicité lors des désherbages d’automne, la pression des graminées, etc. « On a aussi remarqué que l’irrigation avait permis dans de nombreux cas, de conserver le potentiel de la culture », conclue Aurélie Augis.
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