Bois: un paillage alternatif

Et si la litière avec de la paille de céréales n’était que la survivance d’une époque où la production locale suffisait ? Les troupeaux ont grandi mais pas la surface en céréales. Obtenir des plaquettes à partir de ses haies permet de pailler ses animaux. Une solution économique.

Olivier Avignon : « Faire sécher son tas à l’abri est préférable. »

Quand le prix de la paille passe de 50 à plus de 120 € par tonne, Guillaume Deuss n’a pas voulu « aller à la banque pour faire un tas de fumier ». Une ressource locale existe dans bien des fermes : exploiter les haies et ripisylves (bois de bord de rivière). Après tout, les anciens n’ont pas toujours fait des litières avec de la paille de céréales. Il fait alors intervenir La cuma bourbonnaise de drainage avec un grappin coupeur (un gros sécateur monté sur grue qui place les arbres en tas prêts à être broyés). Il exploite ainsi 1,5 km de haies.

La récolte de bois s’apparente d’ailleurs davantage à un prélèvement qu’à une coupe complète. Cela lui procure 350 m3 de plaquettes. « Le chauffeur de la pelleteuse avait l’œil pour pratiquer l’ébranchage et choisir les perches. » Ce mode de prélèvement a aussi été retenu par Olivier Avignon à Villefranche-d’Allier.

Le séchage des plaquettes est obtenu par un échauffement naturel qui dessèche sans atteindre la température d’auto-combustion. Ça fume ! Pour autant, il est préférable que le tas soit à l’abri sinon une couche humide se forme et diminue le pouvoir absorbant de l’ensemble.

Apport initial de 10 cm

Au moment de pailler, les préconisations portent sur un apport initial de 8 à 10 cm d’épaisseur qui garde les vaches au propre pendant un mois. A défaut, cela révèle un problème d’absorption : plaquettes pas assez sèches ? Essence de bois mal appropriée ? Stade physiologique particulier de l’arbre ? Taux de matière sèche de l’alimentation (ex. ensilage à 22% de MS) ? 

Des recherches sont à mener. « Faut se faire la main », indique Guillaume Deuss tandis qu’Olivier Avignon remarque qu’en deux expériences en moins de 10 ans, pratiquement dans les mêmes conditions, l’une fut satisfaisante et pas l’autre. « On ne sait pas bien à chaque fois pourquoi ça marche ! »

Les interrogations portent sur le temps de saturation du premier apport avant qu’il ne devienne noir. Passé ce stade, chacun a sa manière de faire. Si l’apport initial était supérieur à 10 centimètres, un passage du motoculteur est à prévoir pour forcer le mélange de la couche sèche en profondeur avec celle saturée en surface. Au contraire, si l’apport était limité à 10 centimètres, trois options se présentent : remettre de la paille de céréales (cela fera tout de même un mois de paille gagné) ; apporter de nouvelles plaquettes ou bien curer et remettre de nouveau 10 centimètres de plaquettes sèches et propres.

sechage tas plein air couche humide

Le séchage du tas en plein air provoque l’apparition d’une couche très humide.

Les vaches préfèrent !

Quant à la qualité de couchage, Olivier Avignon est convaincu : « Les vaches préfèrent les plaquettes ! » Il a essayé sur une case pour partie recouverte de plaquettes et l’autre de paille : « Y’a pas photo ! »

En revanche, Guillaume Deuss évite les plaquettes dans les cases à vêlage. « Ça colle au veau, sa mère ne le lèche pas… » Il cure d’ailleurs assez fréquemment les cases à veau. Faut-il prévoir une surcouche de paille ?

Une fois curé, le « fumier » est écarté sur prairie.

La plaquette de bois se dégrade au sol très rapidement. Enterrée par labour, elle peinera à disparaître car les champignons capables d’attaquer le bois s’y développe mal, probablement en raison d’un manque d’oxygène. L’apport sur prairie ou sur culture en semis direct est donc préférable.

Au terme de sa première expérience, Guillaume Deuss sait qu’il n’a pas encore trouvé la substitution idéale : « Il faut essayer et s’adapter. » Rechercher et observer. Cette technique, outre son avantage économique, le séduit aussi par son côté agro-sylvo-pastoraliste reliant ainsi les bois, les cultures et l’élevage. Une solution globale et locale ? Une dépendance de moins, c’est déjà ça!

ebranchage matiere bois allier

Un ébranchage à 5 mètres fournit de la matière.

Alternative économique pour olivier Avignon

La cuma Bourbonnaise de drainage intervient avec un grappin coupeur à 125 € par heure et une déchiqueteuse à 350 € par heure et obtient environ 70 m³ de plaquettes par heure. Le prix de revient varie de 10 à 15 € par mètre cube.

Pour cet exemple, pour une case de 25 x 12 m, 30 m³ sont nécessaires pour 10 cm d’épaisseur, soit un coût de 300 à 450 €.

Avec de la paille de céréales, 6 t seront nécessaires pour la même case dans le même laps de temps (1 mois), soit 300 € avec de la paille achetée 50 €/t, 720 € si le prix est de 120 €/t… La litière en plaquette apparaît donc intéressante économiquement.

Attention toutefois à prendre en compte le coût de la ressource en bois. Le plus souvent, elle est gratuite, mais si le paillage vient réduire des ventes (pour le chauffage par exemple), il conviendrait de l’intégrer à ce calcul de prix de revient.

De même, il est important que le prélèvement sur le stock de bois sur pied soit raisonné de manière à mettre en place un système durable dans le temps et ne pas se retrouver au bout de quelques années avec une réserve épuisée.

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