Désherbage localisé: pas seulement sur betteraves

Les derniers travaux de Terres Inovia montrent que le désherbage chimique localisé combiné à un binage peuvent s’avérer efficaces sur colza et tournesol. La méthode fait appel à des rampes particulières déjà employées sur les betteraves.

La rampe Maréchal en action sur du colza (photo Terres Inovia).

On voit depuis quelques années se développer des pratiques de désherbage localisé sur betteraves. Une rampe applique l’herbicide de post levée uniquement sur le rang, grâce à des buses spéciales à jet plat uniforme. L’inter-rang est quant à lui désherbé par binage. Il est alors impératif de bénéficier d’un dispositif de guidage assez précis pour une parfaite complémentarité des deux interventions, chimique et mécanique. Même avec un certains recroisement des deux actions, l’économie d’herbicide s’élève alors à au moins 50%.

Désherbage localisé principe

Le principe: l’herbicide est appliqué sur un bande seulement, grâce à des buses spéciales.

Pour colza et tournesol

Le projet Plevop, conduit par Terres Inovia, vise à valider l’intérêt de cette pratique sur le colza et le tournesol. L’enjeu en matière d’IFT est similaire, avec un objectif de traiter 20 cm sur 45, soit à 44% de la surface. Intérêt supplémentaire: la même rampe de traitement localisé achetée au départ pour les betteraves peut servir aussi pour le colza implanté à grand écartement (au semoir monograine) et le tournesol. L’étude se terminera à la mi-2020, après trois années d’essais, mais Fanny Vuillemin et Jean-Louis Lucas, chargés d’études à Terres Inovia, nous ont confié leurs premières conclusions.

En préalable, ils rappellent que «autant le désherbage en post-levée est pertinent sur le colza, car il existe un choix de produits, autant il sera d’un potentiel plus limité sur tournesol, car il ne concerne que des variétés tolérantes». Ils observent également que le désherbinage, une autre méthode de désherbage mixte consistant à réaliser l’application localisée d’herbicide en même temps que le binage, avec le même outil, représente un compromis difficile. «Il nous semble plus pertinent de séparer les deux opérations, pour bénéficier à chaque fois des meilleures conditions: hygrométrie élevée pour l’herbicide, temps séchant pour le binage.»

Désherbage localisé sur tournesol rampe Maréchal

Application localisée d’herbicide sur un tournesol très jeune (photo Terres Inovia).

Guidage de précision

Les essais sur colza et tournesol ont d’abord montré une limite en matière de guidage des outils. Le sol ne reçoit pas une préparation aussi poussée que pour des betteraves, et le classique guidage par trace dans le sol n’est pas assez précis. Deux solutions plus technologiques se sont montrées efficaces. En première place: l’interface de bineuse avec caméra, qui était en l’occurrence un modèle Garford. Elle est la plus précise dans les terrains accidentés mais demande un matériel de même largeur que le semoir. En second: le guidage par GPS centimétrique à partir de l’enregistrement du semis réalisé avec le même dispositif. Il est alors moins impératif de travailler avec la même largeur que le semoir, les différents passages étant réputés parfaitement parallèles.
En termes de qualité du travail, nos interlocuteurs indiquent que «le traitement localisé complété par du binage est aussi efficace et satisfaisant que le traitement en plein. Une économie de produit de 56% est permise en ne traitant que le rang, sur 20 cm.» Si on rentre dans le détail, quelques nuances apparaissent. Le binage n’obtient pas toujours 100% de l’efficacité d’un herbicide, et peut induire une re-levée d’adventices dans l’inter-rangs. Par contre, il offre une certaine protection du rang grâce au léger buttage créé par la projection de terre. Fanny Vuillemin et Jean-Louis Lucas rappellent que «le binage a fait ses preuves sur colza, à condition de soigner l’intervention et de bénéficier de deux ou trois jours de temps sec derrière.» Ils notent aussi que les agriculteurs qui le pratiquent doivent pouvoir caler ce chantier dans le calendrier avant les semis de blé, qui interviennent généralement dans la foulée.

Un OAD en projet

La seconde étape de ces essais sera de proposer aux agriculteurs un OAD afin de calculer la quantité d’eau et de produit, la hauteur et le type de buse nécessaires pour ce traitement localisé, sachant que certains souhaitent effectuer un traitement en plein sur les bordures car elles sont difficiles à biner. La rampe Maréchal peut d’ailleurs travailler aussi en plein (position haute et buses 110°). Cet OAD chiffrera aussi la réduction d’IFT réalisée. «Il facilitera l’adoption du désherbage localisé par les agriculteurs qui ont déjà la motivation nécessaire».

Temps, coûts et IFT de différents itinéraires de désherbage

Temps, coûts et IFT de différents itinéraires de désherbage.

Dans le choix d’adopter ou pas cette méthode, le coût et le temps passé interviennent naturellement. L’économie d’herbicide est contrebalancée par le surcoût de la rampe de pulvérisation par rapport à un pulvérisateur classique, et le coût du binage. Plus le produit est cher, plus il est rentable de réduire la dose. Selon les calculs de Fanny Vuillemin, la zone d’équilibre se situe pour des produits valant 80-85€/ha. Il faut en plus accepter de passer 3,5 fois plus de temps sur le chantier. Sur un itinéraire incluant le semis (voir le graphique), et avec un herbicide à 100€/ha, la solution désherbage chimique en plein revient à 144,10€/ha, pour 34min/ha de travail. Le désherbage localisé affiche quant à lui 131,70€/ha et 59,9min/ha, avec la rampe grande largeur. Avec une petite rampe, il serait handicapé sur les deux tableaux, coût et temps. L’herbisemis semble plus intéressant: seulement 114€/ha et 53,3min/ha, mais sa réussite est moins assurée.

coût du désherbage localisé vs autres techniques

Hypothèses de coût et de temps passé pour les différentes interventions (données Terres Inovia).

Les travaux du projet PLEVOP sont menés par Terres Inovia avec Agrosup Dijon, la coopérative CAL et le constructeur Maréchal. Ce dernier précise que d’autres cultures se prêtent également au désherbage localisé complété par un binage, et en particulier les légumes de plein champ.

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