SDHI: une nouvelle étude met en cause les fongicides controversés

Les controversés fongicides SDHI, largement utilisés en agriculture, ont une action sur les abeilles, les vers de terre et les humains, selon une nouvelle étude de scientifiques. Ceux-ci réclament l'arrêt de leur autorisation au nom du principe de précaution.

Les fongicides SDHI bloquent la respiration des champignons. Ils auraient aussi une action sur les abeilles, les vers de terre et l'homme.

Les SDHI (inhibiteurs de la succinate déshydrogénase) sont utilisés pour détruire les moisissures qui se développent sur les céréales ou les fruits. Ils bloquent une étape clé de la respiration des champignons. Ils sont aussi utilisés sur les pelouses de terrains de sport ou de golf.

Dans une étude publiée jeudi dans la revue américaine Plos-One, une équipe de chercheurs français met en évidence que le processus respiratoire de cellules humaines, d’abeilles et de vers de terre est également affecté en culture par ces SDHI.

Ces chercheurs avaient déjà lancé en avril 2018 un appel mettant en garde contre les SDHI. Cette étude « fournit des données chiffrées et démontre que ces produits n’ont aucune spécificité ». Ils affectent des organismes au-delà des seuls champignons visés, a déclaré à l’AFP, Pierre Rustin, directeur de recherche émérite au CNRS et premier auteur de l’étude.

Mise en cause des tests de toxicité

L’étude -qui a porté sur 8 des 11 molécules actuellement vendues en France- met également en cause la fiabilité des tests réglementaires actuels de toxicité. Elle pointe une sur-sensibilité aux effets des SDHI des cellules de patients atteints de maladie neuro-dégénérative (Alzheimer, ataxie de Friedrich).

« Concernant la perte de biodiversité, ce n’est plus un risque mais une réalité. Ce sont des produits parmi les plus impliqués car ils n’ont aucune spécificité », a estimé M. Rustin. Pour l’homme, « le danger est devant nous », a-t-il poursuivi, demandant l’application du principe de précaution face à une « prise de risque monstrueuse ».

De son côté, l’ONG Générations futures, très engagée dans la lutte contre les pesticides, a présenté vendredi les premiers résultats d’une analyse à partir de données de la Répression des fraudes (DGCCRF). Ils montrent que 7,34% des résidus de pesticides retrouvés dans les aliments végétaux en France en 2017 étaient des SDHI.

Résultats des études de l’Anses attendus au premier semestre 2020

Entre ces résultats et l’étude, Générations Futures « demande l’application du principe de précaution et donc le retrait des autorisations de mise sur le marché des produits contenant des substances actives de la famille des SDHI », selon François Veillerette, directeur de l’ONG.

L’Agence de sécurité sanitaire (Anses) avait estimé en janvier qu’aucune alerte sanitaire n’était immédiatement justifiée. Elle a souligné vendredi « poursuivre ses travaux concernant de potentiels effets de ces substances sur la santé en conditions réelles d’exposition ». Elle précise avoir « demandé à l’Inserm de prendre en compte les données de cette publication, ainsi que d’autres publications récentes ».

Elle a estimé dans un communiqué « hasardeux de comparer les valeurs (…) obtenues in vitro dans des conditions de laboratoire avec les concentrations de SDHI qui pourraient résulter des applications des pesticides sur les cultures ». Elle indique travailler également sur « la question des expositions cumulées aux différents fongicides SDHI via l’alimentation ». Pour celle-ci, elle « publiera ses résultats au premier semestre 2020 ».

De son côté, l’UIPP, qui représente les industriels producteurs de produits phytosanitaires, a relevé que l’Anses « a exprimé de façon très claire des avis rassurants sur les SDHI à trois reprises au cours des neuf derniers mois ».

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