Gel des vignes, bien savoir à quoi on a affaire

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Gel des vignes, bien savoir à quoi on a affaire

Pour lutter contre le gel, les viticulteurs disposent de moyens de lutte qu'il faut choisir selon la parcelle et le climat.

Le gel est un accident météorologique bien redouté des vignerons. Sans protection, leur récolte peut être perdue. Mais avant de s'équiper, il faut bien diagnostiquer le phénomène

Redouté de tous les vignerons, le gel des vignes, surtout tardif, peut faire de gros dégâts dans la production de raisin. Certains secteurs, plus à risque, s’équipent de matériels, mais avant cela, une étude sur les risques de gels doit être réalisée.

Gel des vignes : il y a gel et gel

Tout d’abord, il faut savoir qu’il y a deux types de gel, mais seul l’un peut être contré. Il faut distinguer principalement deux catégories de gelées :

  • les gelées radiatives ;
  • les gelées advectives.

Les gelées radiatives surviennent « lorsque le sol perd le stock de chaleur accumulé durant la journée par rayonnement solaire, explique Marie Spetebroot, chargée de mission adaptation au changement climatique. Ce phénomène est caractérisé par une inversion thermique. » Ce type de gel est le plus couramment combattu à l’aide des différents leviers disponibles.

Le vent, la bête noire

Il apparaît souvent au printemps lorsque le ciel est dégagé et qu’une présence de rosée est généralement observée. Cette catégorie se divise en deux sous-types :

  • la gelée radiative blanche, où la température du point de rosée est supérieure à 2,2°C ;
  • la gelée radiative noire, qui est plus difficile à combattre en raison d’un taux d’humidité relativement faible.

Par opposition, les gelées advectives sont caractérisées par la présence de vent. « Dans ce cas, il n’existe aucune inversion de température en altitude possible, précise la chargée de mission. Car le vent mélange déjà les couches d’air. »

Cette absence d’inversion, combinée à une grande masse d’air froid dont la température est inférieure à 0°C, limite fortement l’efficacité de certains moyens de lutte, comme les tours antigel.

Réaliser un diagnostic parcellaire

Pour garantir l’efficacité des moyens de lutte, il est fondamental de réaliser un diagnostic parcellaire avant tout investissement. Il a pour but d’étudier trois paramètres. Le premier concerne le matériel végétal et le microclimat de la parcelle. Cela inclut l’élaboration de cartographies visuelles des zones sensibles, en se basant notamment sur les dates de débourrement et l’historique des parcelles gélives.

Il faut également prendre en compte des facteurs environnementaux majeurs :

  • L’orientation ;
  • La topographie ;
  • L’influence des infrastructures agroécologiques, telles que les haies.

En effet, leur densité, leur hauteur et leur perméabilité peuvent atténuer ou, au contraire, aggraver le risque.

De plus, l’identification des couloirs de froid est cruciale.

Humidité du sol, la clé ?

La nature du sol joue aussi un rôle dans le gel des vignes. « Par exemple, les sols très drainés sont plus sensibles au gel, explique Marie Spetebroot. Tandis que les sols humides (non détrempés) sont de meilleurs conducteurs de chaleur et contribuent à limiter les baisses de température. »

Le deuxième paramètre consiste à anticiper les risques de gel. Cela passe par l’acquisition d’outils d’aide à la décision et de sondes ou capteurs météo notamment.

Enfin, il est nécessaire de maîtriser les seuils de déclenchement et de sensibilité de la vigne. La plante reste très sensible dès le débourrement, surtout à l’apparition de la première jeune feuille riche en eau. La sensibilité varie selon les conditions rencontrées.

Quatre moyens de lutter contre le gel de la vigne

Ces solutions, qui ne sont pas universelles, exigent une analyse pointue des besoins techniques, économiques et environnementaux spécifiques à l’exploitation. Le brassage d’air est l’une des techniques. Elle vise à déplacer l’air chaud des couches supérieures vers la vigne. Les tours antigel fixes offrent une protection pouvant aller jusqu’à -4°C sur environ 4 hectares, avec un allumage recommandé dès +2°C ou +3°C. Toutefois, elles restent très sensibles au vent.

« Les tours mobiles sont moins efficaces, estime Marie Spetebroot. Les tours sont plus performantes lorsqu’on y ajoute des points de chauffe autour d’elles. » C’est une méthode très propice aux moyens de lutte collectifs. L’utilisation d’un hélicoptère est une autre méthode. Cependant, elle est moins fiable, très coûteuse et limitée par l’absence d’inversion thermique ou la présence de vent.

Le chauffage, la base ?

Les systèmes de chauffe sont variés et peuvent être utilisés individuellement ou en combinaison avec d’autres méthodes. Les fils chauffants ou câbles infrarouges, placés près des bourgeons, offrent une bonne protection, augmentant la température jusqu’à 8°C, avec un impact environnemental plutôt satisfaisant. Cependant, ils nécessitent une maintenance et un retrait annuel en raison de leur faible résistance aux UV et aux produits phytosanitaires.

Les chaufferettes sont souvent combinées avec les tours antigel pour maximiser leur efficacité. Ou utilisées dans les rangs avec une protection similaire aux bougies. Ces dernières, « bien que pénibles à installer, car elles demandent beaucoup de main-d’œuvre, restent une solution pour sauver des parcelles inaccessibles à d’autres dispositifs », reconnaît la chargée de mission. Des systèmes émetteurs d’air chaud associés à un ventilateur sont en développement pour de plus petites surfaces et sont moins coûteux que les tours.

L’aspersion, plus efficace ?

L’aspersion est considérée comme la technique la plus efficace, offrant une protection jusqu’à -7°C. Son principe repose sur la libération d’énergie lors du passage de l’eau (déposée sur le végétal) de l’état liquide à l’état solide, ce qui maintient les bourgeons à 0°C.

Malgré son efficacité, la méthode est très contraignante. Elle exige une maîtrise parfaite de la technique (quantités d’eau, moment d’allumage). « Le vent est un inconvénient majeur, ajoute Marie Spetebroot. Car si la vitesse de séchage devient supérieure à la vitesse de congélation, l’efficacité est compromise. » L’accès à des réserves d’eau collinaires est souvent nécessaire, et les volumes d’eau requis sont importants.

Gel des vignes : une couverture contre le froid

Les systèmes de couverture, tels que les voiles d’hivernage (tissés ou non tissés), peuvent offrir une protection jusqu’à -4°C environ. Toutefois, la grêle ou le vent peuvent les abimer. Un inconvénient notable, observé lors d’essais, est l’accélération possible de la reprise de végétation.

D’autres techniques, comme la thermonébulisation avec la création d’un brouillard, existent et peuvent être utilisées collectivement.

Enfin, l’efficacité des stimulateurs foliaires est très variable et ils sont plutôt utilisés en complément d’autres méthodes.

À lire aussi le témoignage des cuma de Maligny qui se sont équipées de tours anti-gel

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