Impayés: en parler, mais surtout… agir!

La question des impayés: un sujet sensible, qui anesthésie parfois les responsables de cuma, et surtout les projets des groupes. Un sujet à mettre sur la table plutôt en Conseil d’administration, et des pratiques à mettre en place… fermement.

Pascale Caldéran, directrice de fédération des cuma Tarn, est intervenue pour évoquer des techniques de lutte contre les impayés, sous l’œil d'un public attentif.

Après une solide étude sur les charges de mécanisation, l’équipe de la fédération des cuma de Lozère avait décidé lors de sa dernière assemblée générale de mettre en lumière une problématique qui “pourrit” parfois la vie des responsables de cuma, et empêche les groupes de se concentrer sur ses propres projets: les impayés.

Voici quelques solides principes rappelés par Pascale Caldéran*, directrice de la fédération des cuma du Tarn, lors de cette séquence, lorsque les impayés sont déjà présents dans la cuma.

Des trésoriers les yeux ouverts

Il est important, précise Pascale Calderan, de ne pas fermer les yeux pour ne pas laisser “glisser” des situations. Concrètement?  Travailler -en Conseil d’administration- à poser des échéances “limites” et suivre de près, ensemble, ceux qui les franchissent.

Car si on laisse faire, un impayé n’est pendant un long moment qu’un “retard de paiement” dont on espère qu’il va se résorber.

Le trésorier se rend souvent compte à la fin de l’année que telle facture n’a pas été réglée. Sans suivi, sans relance, sans échéancier, cet impayé voyage tranquillement d’année en année si personne ne décide de prendre le taureau par les cornes.

Des situations dangereuses à tous points de vue: comptablement, financièrement mais aussi humainement. Car si les bons payeurs réalisent que les mauvais payeurs ne sont pas sanctionnés ou suivis, le risque de contagion est grand, a rappelé Stéphanie Laure, coordinatrice de la fdcuma de Lozère.

Un Conseil d’administration “dans le coup”

“Sur ce dossier, il faut impérativement que le trésorier soit épaulé, que les impayés et retards de paiement soient traités au sein du conseil d’administration,” précise Pascale Caldéran.

Cela permet, selon elle, de pouvoir mieux faire la part des choses entre ceux qui rencontrent de réelles difficultés et ceux qui mettent de la mauvaise volonté à honorer leurs factures (lire encadré ci-dessous).

De la délicatesse dans le dialogue

Quant à aller directement rendre visite à la personne quand il y a un réel problème, “mieux vaut ne pas y aller seul, mais plutôt à deux”, indique-t-elle.

Cela peut être le président accompagné du trésorier, mais pas nécessairement: “il peut aussi s’agit de personnes tierces de confiance, de voisins inclus dans le CA, qui seraient les mieux placés pour échanger avec l’adhérent”, note-t-elle également. “Y aller à plusieurs et de bien réfléchir à qui est le mieux placé au sein de la Cuma pour le faire, c’est un vrai sujet.”

Diffuser les chiffres, pas les noms

“Ce qui fait bouger les lignes, explique la directrice de la fdcuma81, c’est que les adhérents comprennent que l’information est partagée”.

Aujourd’hui, lorsque les cuma du Tarn présentent leur bilan, elles présentent les chiffres des impayés et les provisions effectuées pour gérer ce risque.

“Lors de la présentation on prend soin de ne pas nommer les personnes, mais on donne juste un chiffre. Et depuis que nous le faisons, explique Pascale Caldéran, les chèques arrivent souvent la veille de la présentation, pour éviter à la cuma de faire ces provisions. ”


Ne pas confondre solidarité et soutien abusif

Les cuma sont des structures de solidarité entre agriculteurs, et elles sont justement perçues par leurs responsables comme telles. Ils se montrent donc souvent compréhensifs vis à vis des retards de paiement avec les adhérents (et parfois avec eux-mêmes!).

Attention toutefois: “les autres adhérents, qui peuvent un jour être amenés à compenser pour ces mauvais payeurs, peuvent reprocher aux responsables ce défaut de gestion.”

Autre difficulté: confondre cette solidarité naturelle avec du soutien à une entreprise en difficulté. “Ce soutien, à un certain stade, ne fait qu’enfoncer l’agriculteur dans une situation insoluble”, analyse Pascale Calderan.

D’autre part, il est parfois très difficile de distinguer de réelles difficultés de la mauvaise volonté. “On peut avoir de grosses surprises, précise-t-elle: j’ai en tête des cas concrets au cours desquels les responsables pensaient qu’un adhérent était en difficulté financière parce qu’il rencontrait des difficultés multiples d’autres ordres -familiales, etc-. En fait ces adhérents ont pu honorer de grosses charges d’un coup, une fois mis au pied du mur.”


*La fédération des cuma du Tarn a mis en place un accompagnement spécifique autour des impayés: le suivi des relances est effectué par la secrétaire de la fédération, les animateurs peuvent accompagner les administrateurs dans leur dialogue avec l’adhérent, les retards de paiement des administrateurs font l’objet de provisions pour risque (1 an=25% du montant, 2 ans: 50%; 3 ans: 75% et 4 ans:100%) et empêchent la cuma de pouvoir prétendre à des subventions, et la fédération travaille avec un organisme de recouvrement l’OPJ (Albi) pour les cas pour lesquels le dialogue est rompu.

 

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