Pomme de terre, une fin de campagne dans le flou

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Pomme de terre, une fin de campagne dans le flou

Quentin Destombes a choisi de sécuriser la vente de la totalité de ses pommes de terre en signant des contrats avec des industriels en 2025. Un choix gagnant cette année alors que les cours sont au plus bas. (©Entraid)

La campagne 2025-2026 de commercialisation de pommes de terre en a surpris plus d'un. La demande ne semble pas être au rendez-vous et la marchandise produite, cette année, en grande quantité risque de rester sur le carreau.

Le calme règne dans la cour de la cuma de la Croix au Bois dans le Nord qui accueille environ 1 000 tonnes de pommes de terre dans ses bâtiments. Une quiétude qui en dit long sur la morosité de ces producteurs situés à cinq kilomètres d’une des usines de frites du géant belge Clarebout. En effet, la vente de leurs pommes de terre de 2026 est compliquée. Il y a deux ans, cet industriel ainsi que ses concurrents annonçaient des ouvertures de lignes de transformation à tire-larigot laissant entrevoir un avenir radieux pour les agriculteurs des Hauts-de-France. La patate avait la cote !

La vente des pommes de terre 2026 compliquée

Deux ans, plus tard, le soufflet est retombé. « S’il fallait refaire ces investissements actuellement, nous n’aurions sûrement pas fait ces choix là », avoue Quentin Destombes, producteur de pommes de terre et adhérent de la cuma de la Croix au bois. En effet, il y a un an, la cuma a troqué sa vieille arracheuse pour une nouvelle, flambant neuve automotrice et de quatre rangs cette fois-ci. Un investissement tiré par la hausse des surfaces générale. « En cinq ans, au sein de la cuma, les surfaces cultivées ont augmentées de 40 ha environ, précise cet agriculteur. Passant de 70 à plus de 110 ha. Ces hausses ont été suivies par les industriels avec des contrats signés mais pas dans tous les cas. »

C’est la spécificité de la production: chaque agriculteur prend le risque de contractualiser ou non sa récolte de pommes de terre. Quentin Destombes, lui, a fait le choix de la prudence. « Je n’ai pas envie de jouer avec la spéculation, assure t-il. Quand on calcule tout l’argent qu’on avance pour cette production, au bas mot 2 000 €/ha, on n’a pas envie de les brader. C’est pour cela, que la totalité de mes surfaces est contractualisée. Ainsi, je connais mon prix de vente et je m’assure ainsi qu’il couvre le coût de production. Un partie à destination de McCain et une autre pour un industriel local qui transforme les pommes de terre en frites fraiches. »

Sécuriser sa vente de pommes de terre en 2026

Une part de sa production est stockée de manière précaire dans les bâtiments de la cuma jusque décembre. Pour le reste, soit sept hectares de sa production, les tubercules sont conservées jusque juillet dans un bâtiment prévu à cet effet. Les prix d’achat diffèrent selon la durée de stockage. Entre 200 et 300 €/t pour la récolte 2025.

Un choix qu’il assume mais qui ne l’a pas toujours rendu gagnant ces dernières années. En effet, les pommes de terre sur le marché du libre, sans contrat donc, pouvait atteindre les 600 €/t. « Certains m’ont dit que j’étais bête, se souvient cet agriculteur récemment installé. Mais cette année, alors qu’il frôle les 50 €/t, je suis sécurisé. La vente 2025 sera rémunératrice. » Mais ce n’est pas sans une certaine pression.

Avec un marché pourvu et des industriels qui n’arrivent pas à liquider leurs marchandises, ces derniers boudent un peu les pommes de terres des Hauts-de-France. Résultat, ils sont très exigeants sur la qualité des produits. « Certains camions sont refusés, faute de qualité suffisante », explique Quentin Destombes. D’autant que la récolte de cette année s’est déroulée sous une sécheresse rendant l’arrachage plus délicat. Dans certains cas, les tubercules ont reçu davantage de coups, faute de terre autour pour les protéger. Rendant ainsi leur conservation et leur transformation délicate.

Une cuma pour la diversité

« Il faudra être vigilant à la livraison, assure le Nordiste. Mais sur les prix, et l’intransigeance de nos clients, nous ne sommes pas surpris. L’interprofession avait été claire et avait même soulevé la nécessité de ne pas augmenter les emblavements. Chacun doit être raisonnable. » L’année, prochaine, les agriculteurs devront agir. Pour le moment, aucun acteur de la filière ne s’est prononcé sur les futurs contrats de 2026. Mais on sent la pression dans la campagne des Hauts-de-France. « Le messe sera dite d’ici fin février, espère Quentin Destombes. Nous pourrons ajuster notre stratégie. »

Dans tous les cas, les pommes de terres 2026 seront cultivées et stockées grâce à la cuma. En effet, cette cuma d’une cinquantaine d’adhérents propose tous les outils nécessaires à cette production: de la planteuse, jusqu’à l’arracheuse sans oublier le stockage. Avec ses bâtiments, quatre adhérents profitent d’une capacité de stockage longue durée de 1 000 tonnes réparti en quatre cases ventilées.

Pour le reste, les bâtiments sont, au moment de la récolte, réquisitionnés pour stocker précairement une partie de la récolte. « Nous avons du matériel de déterrage et de stockage que nous nous partageons, explique Quentin Destombes. Nous essayons d’investir dans le déterreur, les tapis et autres outils régulièrement afin qu’il y ait toujours un amortissement en cours. » Question d’équité entre les nouveaux et anciens adhérents.

Vers un marché rééquilibré ?

Cet outil et ces équipements sont une chance pour ces agriculteurs de cette zone frontalière et péri urbaine. « Avec mon associée nous avons un élevage laitier et cultivons 75 ha et sept cultures différentes. Sans la cuma, nous ne pourrions pas avoir une telle diversification, faute de temps, de main d’oeuvre et de matériels nécessaire. La culture, ici, ne peut être que collective« , avoue cet agriculteur

Quoi qu’il se passe les prochains mois, Quentin Destombes ne peut se résoudre. « C’est une mauvaise passe, estime-t-il. Le marché va finir par s’équilibrer. Et on ne sait jamais, peut être qu’en juin, il se régulera et nos pommes de terre auront davantage de valeur. » Idéaliste ou optimiste, qu’importe, cet agriculteur croit en sa filière et attend les propositions de contrats d’ici mars.

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