Moissonneuse batteuse : conventionnelle ou hors conventionnelle, même combat

Machinisme Agricole
Moissonneuse batteuse Massey Ferguson 9380 DELTA

"Il faut battre fort au début du batteur pour libérer de la pression sur la fin pour éviter de casser la paille" conseille Bruno Vilette, chef produit moiss-batt chez Massey Ferguson.

03/08/2017 - 06:45

Le choix d’une machine ne se résume pas à la puissance du moteur ou à la technologie de battage à rotor ou à secoueurs. Il faut savoir utiliser tous les réglages des différents systèmes et options de la moissonneuse batteuse afin d’optimiser les performances de chantier ainsi que la qualité de la paille.

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Les machines sont de plus en plus automatisées, mais sans un chauffeur formé et des chantiers bien organisés, les superficies et la qualité du travail ne seront pas au niveau des attentes des agriculteurs.

Les agriculteurs n’ont pas tous les mêmes priorités en termes de qualité et de performance de chantier. Il faut préserver la paille afin de faciliter son pressage, la manutention des ballots et le paillage dans les bâtiments pour les éleveurs. A l’inverse, les céréaliers recherchent la préservation du PS et des protéines, combinée à des performances de chantiers élevées.

Mais cela n’est pas aussi cartésien, car les céréaliers vendent de la paille à des éleveurs. Et ces derniers veulent aussi rentabiliser leurs cultures avec des rendements grains au maximum. Les machines d’aujourd’hui doivent récolter des superficies plus importantes qu’autrefois dans un temps plus court. Se pose alors la question du choix: conventionnelle ou non conventionnelle. La réponse n’est pas simple. Les constructeurs ont travaillé pour améliorer les défauts de chaque système. S’ajoute les machines hybrides ou mixtes.

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François-Xavier Gibet, responsable moissonneuse-batteuse chez Claas.

« La puissance de la machine n’est primordiale que pour les non conventionnelles », commence François-Xavier Gibet, responsable produit moissonneuse-batteuse chez Claas.

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Gilles Dufossé, directeur des ventes récolte chez Same Deutz Fahr.

« Pour les conventionnelles, il faut bien dimensionner le batteur et les secoueurs », abonde Gilles Dufossé, directeur des ventes récolte chez Same Deutz Fahr.

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Bruno Villette, chef produit moissonneuse-batteuse chez Massey Fergusson.

Et pour Bruno Villette, de Massey Ferguson, « les réglages des batteurs et contre batteurs sont très importants pour chaque type de machine.»  Les machines non conventionnelles ont bien évolué depuis les premières machines américaines des années 70, destinées exclusivement à la récolte du maïs.

En Europe, elles doivent récolter aussi bien des petites graines, comme le colza, que des grosses, comme le maïs. Par conséquent, les constructeurs conçoivent des machines à rotor moins violentes sur la paille. La paille est presque aussi bien conservée qu’avec les conventionnelles, si le chauffeur adapte les réglages dans cet objectif.

Que devient la paille?

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« Sur nos Lexion 700, nous avons optimisé la sortie de la paille pour rendre les andains plus respectueux de la qualité de la paille », précise François-Xavier Gibet.

Partant de ce constat, le choix entre une machine conventionnelle et non conventionnelle ne doit pas être fait sur ce seul critère de qualité de la paille. La performance réelle de chantier dépend de la vitesse d’avancement, de la largeur de coupe et des superficies de battages. Pour conserver la paille en bon état, il est très important d’éviter de la maltraiter. Bruno Villette, responsable récolte chez Massey Ferguson, précise : « nous avons cherché à avoir le flux de la paille le plus rectiligne possible, de la coupe au secoueurs. »

Les presses et leurs pick-up d’aujourd’hui ont fait d’énormes progrès dans le ramassage, même en paille courte. D’autre part, le paillage mécanisé des bâtiments brise la paille. La décomposition du fumier dans le sol est ainsi plus rapide. Mais un andain volumineux favorise le pressage et donne plus de ballots. Les non-conventionnelles améliorent ce point avec des dispositifs supplémentaires pour être au niveau des conventionnelles.

Des équipements et options à régler

La récolte commence à la barre de coupe. Celle-ci comporte des éléments à régler : hauteur de vis, position des doigts, rabatteur et peignes. Ces réglages permettent une alimentation régulière du convoyeur sur toute sa largeur, pour une couche d’une épaisseur égale et homogène facile à battre. Le réglage de la vitesse du batteur et de l’écartement du contre batteur ne suffisent pas. L’écartement entre fils est important. « Chez Deutz-Fahr, l’écartement va de 11 mm à l’avant à 22 mm à l’arrière », détaille Gilles Dufossé. Lors de l’achat, il faut s’y pencher pour le bon compromis. Il est aussi proposé un pré-batteur (l’APS chez Claas) ou un post batteur (Turbo-séparateur pour Deutz-Fahr ou Multicrop Separator de chez MF). Ces systèmes se règlent en régime et écartement.

Les constructeurs proposent des crêtes de coq de différentes hauteurs sur les secoueurs. Ils peuvent être couplés à des rouleaux positionnés sur les secoueurs. Ces deux systèmes foisonnent la paille et favorisent ainsi la chute des grains bloqués dans le flux de paille. Pour les systèmes à rotors, il est très important de bien régler le contre batteur pour les grains et l’écartement des grilles pour la paille.

En mode assistance ou automatique

Les constructeurs proposent des assistances à la conduite. Les réglages d’usine facilitent la tâche des chauffeurs. Il est important que ceux-ci confirment les réglages et les affinent en fonction du travail obtenu. Par conséquent, il est important que le chauffeur descende de la machine pour observer, notamment trois points clé. Premièrement : les grains par terre, sous la coupe et dans l’andain. Deuxièmement : la qualité des menues-pailles. Enfin : la propreté du grain dans la trémie.

« Claas propose le système Cemos Automatic, qui automatise complètement la machine », complète François-Xavier. Gibet. En fonction des attentes et des objectifs fixés par le chauffeur, la machine cherche continuellement à les atteindre. Mais à quoi sert le chauffeur dans ce cas ? Il est là pour valider les stratégies de fonctionnement du système, en fonction de la réalité du travail obtenu dans la trémie et des pertes au sol. Il n’est pas un simple exécutant. Il doit surveiller le travail de la machine.

Les machines sont équipées de capteurs et d’un système de surveillance, calibrés en usine. Tous les systèmes de mesures doivent être ajustés en fonction des conditions de travail et des exigences. Le détecteur de pertes est par exemple un système qui mesure des impacts. Si le calibrage des grains n’est pas bien étalonné (masses, humidité, etc), un même taux de pertes indiqué sur le moniteur ne donnera pas le même résultat de grains au sol.

Tout se passe entre le volant et le siège

Le principe de base des moissonneuses-batteuses ne change pas, mais les technologies et les adaptations sont continuelles. Les méthodes de réglages d’un contre batteur ou des vents ne sont pas toujours similaires d’une machine à l’autre, à boutons identiques. Par conséquent, lors de l’achat d’une nouvelle machine, tous les constructeurs proposent des journées de formation hors saison, pour bien appréhender le fonctionnement, les réglages et l’entretien.

Les explications par les spécialistes du constructeur, les échanges d’expériences et de pratiques permettent à tous les participants, même expérimentés, d’apprendre de nouvelles choses. De plus, les services techniques se déplacent en cours de campagne et à la demande pour répondre à toutes les interrogations des chauffeurs et des agriculteurs.

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« Chez Deutz-Fahr, avec l’Extra Feeding, le flux de paille venant de la coupe est homogène sur toute la largeur du convoyeur », précise Gilles Dufossé.

Utiliser les conditions climatiques et les plantes

Durant la journée, les conditions d’humidité modifient le comportement des récoltes dans le cœur des machines. Si l’agriculteur recherche des performances de chantier et que la paille a moins d’importance, il faut travailler au maximum en plein après-midi. Pour conserver la paille en volume et non brisée, il faut au contraire favoriser le travail en matinée ou soirée. En fonction des variétés, les réglages donnent des résultats différents.

Dans le cadre d’une cuma, il ne suffit pas de connaître les parcelles à récolter. Dans la planification des chantiers en amont, il est intéressant de savoir si l’agriculteur souhaite conserver ou pas sa paille, ainsi que sa variété. Mais ces points doivent aussi être travaillés au moment des semis pour optimiser les déplacements.

 

A lire aussi, une cuma qui vient de s’équiper en non conventionnelle: L’activité de la cuma prend un nouveau tournant

Par Jean-Luc Pérès.
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