« L’objectif était d’avoir une vie privée » : s’installer à quatre pour ne plus travailler seul

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« L’objectif était d’avoir une vie privée » : s’installer à quatre pour ne plus travailler seul

Les familles Ducros et Mazières ont créé un collectif de travail redoutable pour maîtriser leur temps de travail. (©Entraid)

En deux ans, Bernard Ducros a installé à ses côtés ses deux fils et leur cousin. Chacun a son propre projet, mais le groupe partage une vision commune : être éleveur et travailler dur, oui, mais pour une rémunération correcte, en se dégageant des week-ends et des vacances. Sans oublier du temps pour les responsabilités.

Peut-on être éleveur et avoir cinq semaines de vacances ? Réponse avec le Gaec tarnais de la Bouysse. L’exploitation est passée d’un à quatre agriculteurs, sans même doubler sa surface, passant de 150 à 280 ha. « Je me suis installé initialement en 2000 avec mes parents dans un cadre familial, en passant de 60 à 100 mères », précise le patriarche, Bernard Ducros. »J’ai aussi créé à ce moment-là un atelier de canettes à rôtir, avec des bandes de 800 à 1 000. C’était une production à rotation rapide, tous les trois mois. J’ai travaillé avec mon père jusqu’à sa retraite en 2014, puis avec ma mère jusqu’en 2018. Ensuite, je suis resté seul en EARL jusqu’à l’arrivée des jeunes. Aujourd’hui, nous sommes quatre : moi-même, mon fils Julien installé en décembre 2023, mon neveu Quentin installé en 2024, et mon fils Clément, également installé en novembre 2024. » Retour sur l’organisation du travail en élevage.

Six ans tout seul

Bernard Ducros a donc travaillé seul sur son exploitation pendant six ans. Vraiment seul ? Pas tout à fait puisqu’il a pu s’appuyer sur un groupement d’employeurs communal, la cuma de Monestiés et le service de remplacement. Mais surtout, l’agriculteur tarnais s’engage dans des structures collectives. « Je ne me voyais pas travailler seul. Travailler en collectif et voir autre chose permet d’apprendre et de faire avancer l’agriculture. Ces organismes sont des outils indispensables autour de l’exploitation. Si les agriculteurs ne les font pas tourner, ça ne marche pas. C’est ce réseau et cette ouverture qui nous ont permis d’installer trois jeunes aujourd’hui. »

Autre credo de Bernard Ducros, et suivi de près par « sa bande de jeunes ». « Pour moi, un agriculteur doit savoir vendre. Pour les veaux, comme pour les porcs, nous négocions en direct, sans intermédiaire. Aujourd’hui, nous traitons directement avec les directeurs de grandes surfaces et les abatteurs. Nous déterminons notre prix basé sur notre coût de revient – que nous connaissons précisément – et nous négocions des marges équitables. »

Organisation du travail en élevage : objectif vie privée de l’éleveur… et vacances

Si Clément et Quentin ont toujours eu envie de s’installer, ce n’était pas le cas de l’aîné de la famille Ducros. Mais Julien Ducros finit par se laisser convaincre, parce qu’il a une appétence d’éleveur. Il choisit donc de développer un élevage de porcs sur paille. Il se décide aussi parce qu’il a été le premier témoin de la possibilité de conjuguer vie familiale et vie d’éleveur. Comme le résume son cousin, Quentin Mazières, « l’objectif de l’installation à plusieurs était d’avoir une vie privée ».

Quelle est la recette pour construire des vies d’éleveurs enviables ? Clément Ducros souligne le contexte favorable : « Il y a beaucoup d’entraide dans le coin. Cela passe aussi par les échanges de parcelles, pour rationaliser les trajets, ça change la vie. » Son père approuve vigoureusement : « Ce n’est pas tant le potentiel agronomique qui pèse. Par contre, l’organisation du travail, ça change la vie ! »

« Ensuite, argumente-t-il, la clé, c’est d’investir dans l’outil du quotidien, c’est-à-dire le bâtiment, plutôt que dans des tracteurs qui ne servent que 300 heures par an. Nous avons conçu des bâtiments fonctionnels, avec des couloirs larges, une alimentation à volonté, pour minimiser le temps d’astreinte. Grâce à cela, on alimente les bovins une fois par semaine, avec une désileuse cube, et le foin est à volonté. Cela libère du temps pour la surveillance des animaux, ce qui évite des pertes. »

Ses vacances, l'éleveur y tien.

Clément et Julien Ducros (en haut), leur cousin Quentin Mazières (en bas à gauche) et Bernard Ducros ont créé un collectif de travail pour contenir leur temps de travail et pouvoir s’accorder des vacances. (©Entraid)

« Un planning établi un an à l’avance »

« En termes d’organisation, décrit Bernard Ducros, chacun a des responsabilités liées à sa production. Mais chacun d’entre nous est capable de réaliser le travail des autres. Chacun décide pour sa production, mais on en parle aux autres pour avoir leur point de vue, quels sont les impacts sur les assolements, etc. »

Quentin Mazières évoque « un planning établi un an à l’avance, du 1er mai au 1er septembre. En saison creuse, ajoute-t-il, on essaie de ne faire que les astreintes le week-end, lesquelles sont réduites grâce à un système d’alimentation très simple ».

« Enfin, souligne Bernard Ducros, nous prenons minimum trois semaines de vacances, et l’objectif est de monter à cinq pour s’aligner sur les congés de nos épouses qui travaillent à l’extérieur. Nous utilisons aussi le service de remplacement, un avantage acquis par la profession qu’il faut absolument utiliser. Cela coûte peu cher grâce au crédit d’impôt et permet de partir l’esprit tranquille ».

Enfin, même s’ils n’y sont pas encore, l’objectif des quatre éleveurs est de parvenir à un revenu de 1 500 € net par personne.

Organisation du travail en élevage : responsabilités partagées

Chaque membre du quatuor Ducros a pris au moins une responsabilité dans des structures collectives agricoles :

  • Quentin Mazières est impliqué dans le groupement de défense sanitaire ;
  • Clément Ducros, lui, est engagé aux Jeunes agriculteur, à la cuma de Monestiés et administrateur au sein de la fdcuma81 ;
  • Julien Ducros, il fait partie de la maternité collective pour les porcs ;
  • Bernard Ducros, enfin, est à la fois président de la cuma de Monestiés, au Bureau du groupement d’employeurs communal et responsable au niveau de la filière veaux.

Des outils pour contenir le temps de travail

Un vrai collectif de travail, sur l’exploitation mais aussi en dehors. Un parcellaire rationalisé des bâtiments et une alimentation pensés pour diminuer les astreintes et maximiser le temps d’observation des bêtes. Des responsabilités claires mais des tâches qui peuvent se transmettre. Un calendrier partagé à l’année, avec les rendez-vous privés et pro. Un café le matin, un repas du midi partagé, un groupe WhatsApp… Des responsabilités professionnelles partagées, un recours au salariat en appoint et des chiffres de production maîtrisés.

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