Pragmatiques, ils se convertissent au bio en groupe

C’est bien le pragmatisme qui a conduit dès 2017 cinq adhérents de la cuma gersoise La Belmontaise à investir massivement dans des matériels pour accompagner la conversion au bio de ces adhérents: potentiel agronomique, résistances des adventices, rentabilité les y ont naturellement menés.

La cuma la Belmontaise inclut aujourd’hui 8 adhérents en bio. De gauche à droite : Bertrand Labourdere, vice-président ;  Stéphane Minguet ; Jean-Pierre Doat, président ; Jean-Marie Claverie, secrétaire ;  Patrick Antoniolli, administrateur.

Aujourd’hui, la cuma La Belmontaise a intégré, outre les 5 adhérents ‘historiques’, trois nouveaux en bio. Deux utilisent des matériels en appoint de leurs propres équipements, le troisième utilise les 3/4 de la ‘chaîne bio’ que propose la cuma.

En 2018, les investissements  avaient atteint 150 000 € pour cette cuma qui regroupait une vingtaine d’adhérents, environ le double de son chiffre d’affaires des années précédentes.

Cet article est tiré de l’édition spécial Occitanie, destinée à informer sur le programme de la Journée régionale « Nouvelles technologies et robotique en grandes cultures » qui se déroulera le 22 septembre 2020 à Saint-Paul-de-Baïse dans le Gers. 

Conforter l’achat d’un second tracteur

Cette première vague d’investissements a permis d’acquérir une houe rotative Hatzenbichler, une herse étrille Treffler et un tracteur New Holland de 155 cv, équipé de roues étroites et du RTK (voir encadré).

La saison 2019-2020 a vu arriver à la cuma 55 000 € d’investissements supplémentaires, répartis entre une bineuse Steketee complétée par une autoguideuse Schmotzer (pour les nombreuses parcelles en pente et en dévers) et une charrue déchaumeuse 8 corps Escudero.

Ces investissements, soutenus à 40 % par la Région Occitanie et le Fonds européen Feader, ont aussi permis de conforter des projets restés « dans les cartons », comme l’achat de ce second tracteur.

Jean-Pierre Doat, président de la cuma et instigateur de ce virage au côté de ses adhérents, explique ces choix avec une grande clarté : « Notre analyse de départ tient toujours. Nous avions déjà diminué au maximum nos charges de mécanisation, nous sommes quasiment une cuma intégrale. Dans notre région de coteaux secs non irrigués, les rendements sont plafonnés, la réflexion sur les coûts de production s’impose. »

Les impasses techniques (liées à des résistances d’adventices comme le ray-grass, le brome), les aléas climatiques croissants et l’examen attentif des marges et des marchés ont achevé d’aiguiller deux adhérents vers le bio.

« Ces contraintes sont fortes, souligne le président. Il fallait changer quelque chose, et la seule solution qui s’imposait et qui s’offrait devant nous, c’était le bio. L’agroécologie, qui a le vent en poupe aujourd’hui, n’offre pas encore de certification ou de valorisation, même si elle peut permettre des économies d’intrants. »

Comment faire ‘tache d’huile’ ?

Comment cette réflexion a-t-elle fait ‘tache d’huile’ auprès des autres adhérents ? « Nous en avons parlé lors d’un conseil d’administration. Nous nous sommes demandés comment gérer les impératifs de nos adhérents en conventionnel et de ceux qui veulent se convertir au bio ? Et comment gérer des matériels qui vont perdre de l’activité ? Au final, une grande partie de ces outils sont utilisés autant par les conventionnels que ceux en conversion ou en bio », note le président.

« Et outre ces deux adhérents, d’autres y songeaient mais n’osaient pas. Et cela en a mené d’autres qui n’y avaient pas pensé. La cuma n’a pas qu’un rôle de réduction des coûts, elle a un impact social et relationnel pour les agriculteurs d’une petite région. C’est beaucoup plus sécurisant de changer complètement son système à plusieurs, de changer de techniques, d’investir dans des matériels nouveaux. »

« Nous sommes partis collectivement, et dans ce projet, nous faisons tout collectivement : au-delà de nos réflexions sur les techniques culturales, nous abordons aujourd’hui les approvisionnements et les marchés. Nous avions anticipé des baisses des volumes produits et pour peser, cela fait complètement sens. Il est logique d’aller au-delà du matériel »,  résume ainsi Jean-Pierre Doat.

Tarifs appliqués par la cuma le Belmontoise

Houe rotative Hatzenbichler 6,40 m (Ets Sodis): 22 000 €, tarif : 12,70 €/ha/an

Herse étrille Treffler 12,80 m, option dents témoins (Ets Stecomat) : 27 500 €, tarif : 15,70 €/ha/an quel que soit le nombre de passages.

Tracteur New Holland T6 175 (Ets Occitanie Agri), 155 cv, roues étroites jumelées, tracteur nu + jumelage 85 000 € + 13 000 € pour la partie RTK : facturé 20 € hors carburant et chauffeur.

Autoguideuse Schmotzer+bineuse 7 rangs Steketee (Ets Stecomat), 37 000 €, facturée 29 €/ha

Charrue déchaumeuse Escudero 8 corps (Ets Vivès): 18 000 €, facturée 11 €/ha.

(1) Le CA de la cuma a décidé, suivant une nouvelle possibilité ouverte aux cuma  en 2018, d’amortir 50% de ces subventions,  ce qui a fait baisser ces tarifs de 2 à 3€/ha  en moyenne pour les adhérents. 

A lire également sur www.entraid.com : [Gestion de collectif] Comment intégrer un groupe bio? Réponses «made in Gers», épisode 1, épisode 2 et épisode 3

 

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