Selon l’enquête Emploi de l’Insee publiée en 2022, les agriculteurs travaillent en moyenne plus de 54 h par semaine, soit 20 hde plus que la moyenne nationale (34 h). Les chefs d’entreprise de plus de 10 salariés, pourtant réputés investis, pointent loin derrière avec 48,4 h. En 2019, la durée hebdomadaire atteignait même 55 h en moyenne (INSEE, Portrait des professions en France en 2022, INSEE Focus n°324, avril 2024).Cette durée hors norme s’explique d’abord par la nature de l’activité : astreinte quotidienne en élevage, saisonnalité intense en grandes cultures ou en viticulture, diversification croissante des exploitations… Elle résulte aussi du faible recours au temps partiel : seuls 10,6 % des agriculteurs y ont recours, contre 17 % en moyenne pour l’ensemble des personnes en emploi. Retour sur le temps de travail des agriculteurs.
Temps de travail des agriculteurs : horaires atypiques en routine
Les horaires décalés ne sont pas l’exception mais la règle en agriculture (INSEE, enquête Emploi 2019 et séries longues sur le marché du travail (INSEE Focus n°212)) :
- 88 % des agriculteurs travaillent au moins un samedi par mois ;
- 71 % travaillent au moins un dimanche ;
- 50 % travaillent le soir ;
- 20 % travaillent la nuit (contre 10 % pour l’ensemble des actifs).
Ces horaires atypiques ne sont pas sans conséquence sur la vie personnelle et familiale. 76 % des agriculteurs exploitants ne disposent pas de 48 heures consécutives de repos par semaine, et 32 % déclarent travailler sous pression régulièrement (INSEE / DARES / DREES, enquête Conditions de travail 2019).
En chiffres : le profil de l’agriculteur français en 2023
D’après les chiffres utiles de la MSA (édition 2024) :
- 421 105 chefs d’exploitation en France au 1er janvier 2023
- 52,8 % ont plus de 50 ans
- 71,9 % sont des hommes
- La superficie moyenne d’une exploitation atteint 58,5 ha (contre 54,2 ha en 2014)
- Le nombre d’actifs non-salariés agricoles a été divisé par deux en trente ans
Source : MSA, Chiffres utiles ,édition 2024
Un travail qui se transforme
L’agrandissement des exploitations n’a pourtant pas allégé la charge de travail. Les recherches menées par l’Inrae montrent en effet que si les gains de productivité ont permis à chaque exploitant de gérer davantage de surfaces, les pics de travail demeurent très intenses. Et les périodes de répit restent rares.
L’ouvrage collectif « Nouvelles formes de travail en agriculture » (Hostiou N., Gasselin P., Dedieu B. (coord.), Nouvelles formes de travail en agriculture, Éditions Quae, 2026), fruit de quatre ans de recherches associant 36 auteurs, analyse les profondes mutations du travail agricole. Parmi les sujets abordés : dissociation entre terre, capital et travail, recompositions collectives, nouvelles figures professionnelles… Les chercheurs soulignent que ces transformations restent souvent invisibles dans les statistiques. Et qu’elles sont méconnues des politiques publiques.

Les semis font aussi partie des périodes tendues en termes de temps de travail. Ici à la cuma de Cauneille les Trois sols, dans les Landes. (©Frédéric Maligne)
Temps de travail des agriculteurs : la charge mentale, une réalité sous-estimée
Au-delà du volume horaire, la charge mentale pèse lourd. Aléas climatiques, volatilité des marchés, complexité administrative, injonctions réglementaires croissantes : l’agriculteur est aujourd’hui confronté à une accumulation de décisions et d’incertitudes que les seules heures travaillées ne reflètent pas.
Les chiffres de la MSA (MSA, Chiffres utiles édition 2024 ; Dossier de presse prévention mal-être, septembre 2024) illustrent l’ampleur du phénomène : entre 2023 et 2024, les signalements d’agriculteurs en difficulté via le réseau des sentinelles ont crû de 31 %, et les appels à Agri’Écoute ont bondi de 49 % en un an.
Plus de 6 000 personnes ont eu recours au dispositif d’aide au répit en 2024, soit + 30 % par rapport à 2023.
Mal-être et épuisement : des signaux qui s’intensifient
L’étude conduite par l’observatoire Amarok pour la chambre d’agriculture de Saône-et-Loire conclut qu’environ un tiers des agriculteurs présentaient des signes d’épuisement professionnel. La MSA a depuis mis en place un réseau de plus de 5 000 « sentinelles » sur l’ensemble du territoire pour détecter les situations de détresse. En 2024, la MSA a également expérimenté un « répit administratif » : des assistants administratifs interviennent directement chez les agriculteurs en situation de surcharge pour apurer les dossiers urgents. Près de 400 exploitants en ont bénéficié dès la première année.
Numéro d’écoute : Agri’Écoute — 09 69 39 29 19 (7 j/7, 24h/24)
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