Une année à dérobées

2021 s’est lancée avec un climat défavorable à l’abondance des récoltes fourragères printanières. Les cultures dérobées doivent être une ressource essentielle très attendue. Semae(1) propose quelques pistes.

Le gel qui a très lourdement impacté les filières de cultures pérennes a aussi porté préjudice aux systèmes fourragers des élevages. Ces derniers devront d’autant plus miser sur les implantations dérobées pour sécuriser les stocks (©Semae).

Déjà le réveil de la végétation avait été tardif, de 10 à 20 jours par rapport aux références, selon les régions. Les gelées ont ensuite glacé les croissances. Et les cultures fourragères ne sont pas à l’abri des déficit hydrique récurrents. Ainsi les fauches d’ensilage des prairies et méteils ont été réalisées sur de petits volumes au printemps. D’une part ce fait impacte les coûts de récolte (par tonne de matière sèche). D’autre part, il ne remplit par les stocks autant qu’escompté. Dans ce contexte herbager difficile, il est d’autant plus pertinent de jouer la carte des cultures dérobées selon Semae qui propose quelques idées et un premier conseil.

«La période des semis est souvent une période intense de travail. Il faut néanmoins se donner les moyens de soigner l’implantation. Ameublir les cinq à dix premiers centimètres. Aplanir, bien gérer la profondeur du semis en fonction de la taille de la graine: de 1cm pour les petites, 3cm pour les moyennes à 5cm pour les grosses graines. Puis rouler pour optimiser le contact terre/graines.»

Cultures dérobées, tous les choix sont permis

En matière de plantes, les possibilités sont nombreuses. Et pour arrêter ses choix, «il est indispensable de bien connaître les huit questions clés et pouvoir y répondre», poursuit Bertrand Osson, technicien développement de l’interprofession.

Les huit questions clefs pour choisir ses espèces de dérobée fourragère

À quelle date se libère la parcelle?

Où se situe la parcelle?

Pour quel usage?

Pour quels autres objectifs?

Pour quel mode destruction de la dérobée?

Quelle sera la culture suivante?

Pour quels scénarios climatiques?

Quand récolter? (mécaniquement ou en pâturage)

En affirmant que «la diversité des espèces disponibles est un outil pour répondre aux attentes en matière de ressources fourragères, d’amélioration agronomique et environnementale», le communiqué propose déjà une liste d’une vingtaine de plantes dont voici quelques exemples et qui sont aussi à retrouver dans la réglette d’aide à la décision construite par l’interprofession.

Pour des terres disponibles dès juin / juillet, les sorghos, «une espèce qui aime la chaleur», ont des propriétés antinématodes. Et ils offrent eux-mêmes différentes options. Le caractère BMR de certaines variétés pousse la valeur alimentaire jusqu’à 1UFL tandis que le choix entre multicoupe ou monocoupe dépendra du mode d’exploitation. Pour les premiers, attention avec le pâturage des repousses: elles sont toxiques jusqu’à ce qu’ils atteignent 60cm.

Du sorgho aux légumineuses

À semer de juillet à septembre, le chou fourrager présente une excellente appétence et de bonnes valeurs alimentaires en énergie et protéines. Sa valeur «reste stable longtemps.» C’est un atout pour son usage en pâturage au fil (ou affouragement en vert). En revanche, il ne convient pas au animaux de moins de six mois, «en raison de substance anti thyroïdiennes.»

Le pois protéagineux peut être d’hiver ou de printemps, contrairement à son homologue fourrager qui se sème en octobre pour un ensilage au printemps. Ainsi, le pois protéagineux de printemps peut être semé en été et doit être exploité avant l’hiver. Il offrira moins de volume qu’un pois fourrager, «mais il a un ratio graine/feuilles supérieur.»

cultures dérobées

Le trèfle d’Alexandrie vaut une belle coupe de luzerne à l’arrière saison (©Semae).

Un semis en été, une récolte impérativement avant l’hiver… La règle vaut aussi pour l’avoine classique de printemps. Elle se récolte en fauche ou en pâturage et elle a «un excellent pouvoir d’inhibition des adventices.»

Restent les légumineuses (vesces et trèfles), et leur intérêt qu’elles restituent «un reliquat d’azote non négligeable après leur destruction. On peut néanmoins les aider lors de l’implantation avec une trentaine d’unités afin de couvrir rapidement le sol», conseille le technicien. Ainsi, les trèfles d’Alexandrie ou incarnat pourront accueillir les troupeaux ou les faucheuses. Ils contribueront ainsi à détendre les systèmes fourragers, en y apportant des valeurs alimentaires intéressantes.

(1) Interprofession des semences

Retrouvez la réglette Cultures dérobées de Semae.

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