[Stratégie d’investissement] Un John Deere à 145 000 € ou un Kubota à 71 000 € ?

Entre tarif et service, c’est à chaque cuma de faire son propre choix. Au moment d’investir, les responsables doivent faire face à une diversité des besoins des adhérents. Alors que certains veulent des performances, de la puissance ou bien de la technologie, d’autres souhaitent placer le curseur uniquement sur le coût. Voici le témoignage de deux cuma ayant adopté une stratégie différente lors du choix d’un tracteur.

La cuma Blanche neige a fait le choix d'un John Deere, une machine équipée des dernières technologies. Pour la cuma du Genest avec son Kubota, l'objectif est un tarif minimisé.

Un tarif minimisé pour la cuma du Genest

La cuma du Genest a une forte expérience puisque le groupe tracteur existe depuis 1982. Elle était même l’une des premières cuma en Mayenne à se lancer dans l’achat d’un tracteur. Plus récemment, elle a fait un choix pour viser un tarif minimisé. Pour trouver un remplaçant à un New Holland T6030, Guillaume Letessier, le président de la cuma résume : « Ce qui nous a séduits, c’est le prix et les 5 ans de garantie pièces et main-d’œuvre. » Pour 71.000 € (amortis sur 5 ans), la cuma a acquis un Kubota M7131 neuf de 130 ch. La cuma possède aussi un Deutz (120 ch) et un New Holland (100 ch). « Nous n’avons pas encore assez de recul, mais vu l’attractivité des prix, il n’est pas impossible de les renouveler avec d’autres tracteurs de cette même marque. »

Pour Pierre Messager, le responsable du matériel, « la conduite avec la boite de vitesses powershift est agréable et il a un très bon braquage. C’est un tracteur polyvalent qui va réaliser du travail du sol, des semis mais également du lisier ». Le tarif pratiqué pour les 10 adhérents de l’activité est de 20 €/h, hors fioul.

La cuma, avec ses trois tracteurs, réalise 1300 h/an. L’estimation est de 500 h/an pour le Kubota. « S’il y a un outil intéressant en cuma, c’est bien le tracteur ! Avec cette nouvelle machine polyvalente en complément des deux autres, nous avons un tracteur à disposition en permanence et c’est un luxe », se félicite Pierre Messager. « Le chauffeur a même l’occasion de le conduire de temps en temps. » Grâce aux 36 ans d’expérience de la cuma, au renouvellement régulier de chacun des tracteurs et aux choix réalisés, les 10 adhérents de cette activité de la cuma du Genest ont de beaux jours devant eux. Peut-être que les tracteurs ne sont pas équipés des toute dernières nouveautés technologiques mais les adhérents ont accès à un matériel récent donc limitant les frais d’entretien et peuvent, par conséquent, bénéficier de tarifs compétitifs.

La cuma de Blanche neige et son tracteur toutes options

La cuma Blanche neige est une cuma où le tracteur est un matériel central. Créée il y a 30 ans, elle vient de renouveler son 6e tracteur avec l’achat d’un John Deere 6154R neuf de 145 ch. Ce dernier est équipé d’une boite CVT, d’une prise Isobus, d’un GPS avec signal Egnos, mais aussi de l’autoguidage sur l’hydraulique. Le coût de ce modèle est de 145.000 €, amorti sur 7 ans, garanti 3 ans, avec un forfait d’entretien d’une année. Il sera utilisé pour de nombreux travaux tels que le travail du sol, des semis, un peu de transport et aussi prochainement pour du binage.

Cet investissement satisfait parfaitement Damien Baron, le président de la cuma. « Le conduire est très confortable. Nous avons un super visuel depuis la cabine et la prise en main s’est faite très facilement par l’ensemble des adhérents. » Le tarif pratiqué est de 23 €/h, hors fioul. Les besoins des adhérents sont variés. Tous ne l’utilisent donc pas aux mêmes moments. Ainsi, le tracteur s’arrête peu. Il réalise 700 h/an. « Lors des grosses périodes, notamment lors de semis ou pour le travail du sol, le groupe des 6 adhérents se réunit une fois chaque semaine afin de réaliser le planning de la suivante. Même si celui-ci est bien chargé, la porte reste ouverte pour l’adhésion de nouvelles personnes et plus particulièrement pour les jeunes installés. »

Avec le choix de ce tracteur John Deere, les adhérents bénéficient d’une machine équipée des dernières technologies offrant un confort et une qualité de travail. Cependant, le tarif exercé est plus élevé. La cuma pense déjà au futur renouvellement : « Nous avons la volonté d’investir dans un Fendt. Nous changeons régulièrement de marque puisqu’avant le John Deere, nous avions un Massey et avant déjà un Fendt. Nous ne fermons donc pas la porte à Kubota, mais nous manquons encore d’un peu de référence en ce qui concerne les tracteurs forte puissance et les différents équipements associés. C’est tout de même à surveiller puisqu’en investissant dans cette marque, nous pourrions baisser le prix de facturation à 18 €/h. »




Stratégie d’achat de tracteur : on n’en n’oublie pas l’essentiel

Ces deux exemples nous montrent bien que les stratégies d’achat de matériels, notamment de tracteurs, peuvent être différentes et peuvent avoir des répercussions non négligeables sur le coût, le confort de travail, le niveau de service. C’est aussi l’attractivité de la cuma que le choix impacte. Des équipements, comme l’autoguidage par GPS, sont très intéressants.

Attention cependant à bien réfléchir aux réelles demandes des adhérents avant de s’équiper d’engins dotés de ce type de technologies. En attendant le bilan exact qui pourra être fait dans 6 ans, aux prochains renouvellements, ces deux exemples concrets confirment qu’il n’y a pas une stratégie universelle qui serait meilleure qu’une autre. Avant d’investir, le tout est de bien identifier les besoins des adhérents pour prendre la décision collectivement, avec tous les éléments.

Pour autant, le point clé pour ces cuma est bien la mutualisation des tracteurs et l’organisation commune des chantiers. Là est bien la première économie et ce fondement essentiel est commun à toutes les cuma. Ensuite, la rentabilité se joue aussi sur un autre point non négligeable : le volume de travail réalisé par le tracteur. Pour un investissement de 100. 000 €, une différence de 100 h par an de son activité génère une variation de +/- 5 € par heure de son coût horaire. Low cost ou all inclusive, la rentabilité d’un équipement passe par une utilisation optimisée du matériel. Par Benoit Bruchet.


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