Matériels délaissés ici et réutilisés là-bas

L’agriculture Mauritanienne amorce une mécanisation mutualisée. Carnet de voyage de la délégation Limousine qui s’est rendue sur place en décembre.

En fin d’année dernière, une délégation limousine s’est rendue au Sud de la Mauritanie pour aider à la mise en route de matériels d’occasion, acheminés par container.

L’association Rivages N’Diawane œuvre en faveur de la coopération avec la région sud de Mauritanie. Elle a sollicité les cuma, pour l’aider à relever les défis qui se posent là-bas en matière de développement agricole. On se représente volontiers cette ex-colonie française indépendante depuis 1960, comme une vaste étendue de sable. C’est oublier quelques zones plus fertiles. Comme celle qui borde le fleuve Sénégal au sud du pays, dont le potentiel agronomique demeure cependant sous-exploité.

Association Rivages N’Diawane : faciliter la mise à disposition de matériels agricoles

Là-bas, la coopération entreprise avec la population villageoise basée autour de la ville de Tekane, ne vise pas à dupliquer notre système agraire. L’ambition des bénévoles de l’association est d’abord de faciliter la mise à disposition de matériels agricoles. Ces derniers permettront de soulager un peu, le dur labeur essentiellement manuel, effectué par les familles paysannes. Ces matériels faciliteront du même coup, la mise en culture des terres qui longent le fleuve.

En début d’année dernière, les agriculteurs limousins avaient eu l’opportunité de céder quelques-uns de leurs matériels qui ne sont plus utilisés (voir notre article sur ce sujet). Plusieurs cuma avaient répondu positivement à cette initiative. Citons les cuma : la Béraude, la Fursacoise, la Tardoire, St Paul. Elles ont donné à l’association des anciens outils de travail du sol (cover-crop, vibroculteur, cultivateur, etc).

Il s’agit de matériels d’un certain âge qui n’ont plus la cote en France. Ils avaient donc été démontés pour être acheminés sur le continent africain dans un container. Mais celui-ci est resté bloqué de longs mois en raison de la fermeture des frontières décidée après le déclenchement de l’épidémie.

association Rivages N’Diawane

Dans un souci d’efficacité et d’organisation, ce sont des salariés qui vont conduire les trois tracteurs Massey remis d’aplomb.

Outils mutualisés

Ainsi, une délégation française de cinq personnes constituée de : Pascal Vincent agriculteur et Président de la Fdcuma de Haute-Vienne, Guy Monteil ancien mécanicien agricole en Haute-Vienne et son épouse, Claude Garrigue, ancien agriculteur et responsable de cuma de Dordogne et Michel Petit, ancien animateur départemental et régional des cuma, est partie du 23 novembre au 15 décembre. A leur arrivée, de très nombreux volontaires ont prêté main forte pour remonter les matériels enfin réceptionnés. Leur utilisation se fera en Mauritanie dans une logique de mutualisation au bénéfice d’une centaine de familles.

En outre, trois tracteurs Massey-Ferguson d’occasion de 110 ch expédiés également de France, ont été remis en route. Dans un souci d’efficacité et d’organisation des chantiers, ce sont des salariés qui assureront la conduite. De plus, pour compléter le parc, trois remorques ont été assemblées sur place. Michel Petit et ses collègues, ont également échangé avec tous les représentants impliqués dans les coopératives locales sur les aspects de gouvernance et d’engagements des uns et des autres dans l’utilisation de ces matériels.

association Rivages N’Diawane

La remise en ordre de marche de matériels pour la culture et le transport facilitera la mise en culture des terres proches du fleuve. Et ce, tout en soulageant le dur labeur des Mauritaniens, essentiellement manuel.

2 ha de riz par famille

Une partie des terres est irriguée selon une méthode traditionnelle de « pré-irrigation », à partir de fossés d’écoulement de l’eau du fleuve lors des périodes de crue. Ce qui permet aux habitants de cultiver du riz, souvent en monoculture. « Il faut compter environ 2 ha par famille, pour vivre correctement » observe Michel Petit. L’enjeu est d’améliorer les rendements de la céréale, tout en développant des activités de maraîchage pour l’alimentation locale. Mais on ne pas miser beaucoup sur l’appui des pouvoirs publics pour vulgariser des techniques agronomiques plus opérantes. Contrairement à la France, il n’existe pas de chambre d’agriculture avec des services techniques de conseils.

Association Rivages N’Diawane : prochaine étape, l’atelier

Enfin, la prochaine étape, serait d’« assurer les arrières » en garantissant que tous ces matériels puissent être correctement entretenus et réparés si besoin. Actuellement, aucune infrastructure de proximité n’est disponible pour cela. Lors de leur voyage, la délégation française avait prévu le coup en amenant dans ses valises, tout l’outillage de première main. Jusqu’au poste à souder et au compresseur. Ce qui a permis d’effectuer toutes les réparations mécaniques essentielles. Sans oublier le sens de la débrouille qui est indispensable ici à défaut d’avoir facilement accès à toutes les pièces de rechange !

Avec un atelier équipé et des mécanos formés,  l’ensemble de ces matériels correctement entretenus pourraient continuer à rendre pendant longtemps, tous les services que l’on attend d’eux.

 

association Rivages N’Diawane

Pour pérenniser le parc de matériels d’occasion, la création d’un atelier local d’entretien-réparation serait de bon augure.

 

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