Quand l’écoute et la communication préservent la cohésion des collectifs agricoles

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Quand l’écoute et la communication préservent la cohésion des collectifs agricoles

En Dordogne, la cuma la Chanmpagnacoise a créé une caisse de solidarité qui renforce la solidité du collectif. (©Entraid)

La divergence des points de vue est nécessaire au collectif. Parfois il conduit néanmoins à des conflits insolubles sans aide extérieure. Le groupe qui cultive la communication et l’écoute se donne les moyens de l’éviter. Entretien avec Frédéric Duval, ancien médiateur à l’Union des cuma des Pays de la Loire.

Frédéric Duval, ancien médiateur de l’Union des cuma des Pays de la Loire, explique à quel point l’écoute et la communication peuvent venir au secours du collectif. Il revient sur la médiation en cuma.

Quel est l’objet de ce service « médiation » que votre fédération a développé ?

Les organismes d’accompagnement comme le nôtre pratiquent la médiation depuis toujours. Mais ce que nous avons fait, c’est de pouvoir intervenir sur le facteur humain, en complément des domaines juridique ou économique. J’ai pour cela suivi une formation spécifique.

La méthode repose sur la liberté de la parole et s’adresse à des groupes bloqués dans une situation de crise. On remet de la communication pour avancer vers une sortie de l’impasse.

L'UCPDL propose un service de médiation avec lequel des collectifs peuvent débloquer une situation dans l'impasse.

Frédéric Duval (Union des cuma des Pays de la Loire) s’est formé à la médiation. Il a accompagné pendant des années les groupes où une communication doit se reconstruire. (©Entraid)

Pourquoi maintenant ? qu’est ce qui a changé ?

Nous constations que de plus en plus de conflits ne trouvaient pas leur solution. Ce qui a changé, c’est la société finalement. Il y a vingt ou trente ans, on trouvait le moyen d’avancer en se parlant.

Aujourd’hui, les gens restent beaucoup plus durement campés sur leur position. Comme tout le monde a accès à toutes les informations, avec internet etc., chacun vient avec son savoir et la certitude d’avoir raison. On déballe nos arguments, mais sans écouter ce que l’autre nous dit. On passe à côté de la relation humaine.

La crise du collectif est donc devenue inévitable ?

Si bien sûr ! Ce qui est inévitable en revanche, c’est d’avoir des avis divergeant dans un groupe. De plus, c’est quelque chose nécessaire car pour moi, ce sont les personnes qui ont un avis contraire qui vont le plus faire avancer le projet. Avec cette vision plus large, le collectif enrichit son projet de petites modifications très bénéfiques. C’est pour cela qu’il faut aller au-delà de l’idée que celui qui est contre serait simplement l’enquiquineur de service, en cherchant à comprendre le pourquoi de sa réaction.

Valoriser ainsi la diversité des idées, c’est tout l’art du dirigeant de groupe. La cuma consiste à collectivement prendre une décision qui conviendra à tout le monde, donc l’avis de tous est important. Or, dans un groupe, il y a ceux qui donnent facilement leur avis et ceux qui laissent faire, qu’il faut aller chercher. L’exercice n’est pas simple, mais pas impossible non plus. Cela repose sur la communication et l’écoute.

Quels signes peuvent indiquer que la communication dans le groupe bat de l’aile ?

Déjà quand plus de choses se disent en dehors que pendant la réunion, c’est que nous avons loupé un truc. Le risque derrière, c’est que le groupe ne réponde plus à l’ensemble des activités que l’on propose.

L’absence de réunions régulières du conseil ou de l’assemblée est un autre indicateur à ne pas ignorer. Dans cette situation, les membres du groupe en viennent à se dire : « On ne fait plus rien ensemble. On ne se voit pas même aux AG… ». Pendant ce temps, les responsables prennent les décisions dans leur coin, le trésorier fait les tarifs tout seul. La dérive s’aggrave. Et ça finit par exploser.

Enfin, notamment si la coopérative a des salariés, un signal d’alerte c’est quand les adhérents, par crainte des représailles, rapportent systématiquement les matériels aux heures où ils sont certains de ne croiser personne, ou qu’ils évitent de passer à l’atelier dire « bonjour ».

Quel conseil donneriez-vous pour éviter la médiation ?

Si on gère le problème au fur et à mesure, que les personnes s’écoutent, il n’y aura pas un besoin de médiation. Donc le conseil c’est ça, faire en sorte que tout le monde puisse s’exprimer, se comprendre et de façon sereine. C’est un peu de la médiation préventive.

Il faut savoir que lorsqu’un adhérent, un salarié ou un responsable appelle notre service, on peut simplement donner un conseil ou proposer une action et convenir de se rappeler pour un bilan. La plupart du temps, ça ne va pas plus loin. Dans tous les cas, il y a un premier entretien approfondi avant d’éventuellement s’engager dans un processus de médiation lourd et chronophage.

Je ne réalise annuellement qu’entre cinq et huit médiations ‘complètes’ depuis que nous proposons ce service. Il y a un facteur commun à toutes les situations : c’est que le point de départ du problème remonte à plus de cinq ans et la cuma a laissé pourrir la situation. La morale est donc de ne pas attendre le dernier moment pour solliciter de l’aide.

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