Cinq idées reçues sur la gestion de l’eau en agriculture et l’irrigation

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Cinq idées reçues sur la gestion de l’eau en agriculture et l’irrigation

L'irrigation est questionnée en France, mais elle reste indispensable à la production de nombreuses cultures à forte valeur ajoutée et rend une multitude de services. Crédit: Briggs

Face à la pression climatique, l'usage de l'eau en agriculture cristallise les tensions. Assèche-t-elle les rivières ? Les "bassines" sont-elles la solution ? A l'Inrae, les chercheurs spécialistes de ces questions ont dégainé les réponses.. et démonté les idées reçues.

Lors d’un webinaire de l’Inrae, la chercheuse en sciences politiques Gabrielle Bouleau et l’agronome hydrologue Sami Bouarfa ont décrypté les réalités complexes de l’irrigation agricole en France.

Non, l’agriculture n’accapare pas toute l’eau disponible

Dans le débat public, les cultures agricoles sont régulièrement pointées du doigt. Pourtant, l’agriculture capte moins de 15 % de l’eau prélevée en France. Très loin derrière le refroidissement des centrales nucléaires (plus de 70 %).

Cependant, Sami Bouarfa souligne une différence de taille. « L’eau qui est consommée par l’agriculture repart vers l’atmosphère. Donc, elle sort du bassin versant. » De fait, si l’on regarde l’eau dite « consommée » (non restituée au milieu), l’agriculture pèse pour 60 %. Soit environ 5 milliards de mètres cubes.

La tension est surtout saisonnière. Les besoins culminent en été, une vulnérabilité que des projets comme Explore 2 et LIFE Eau & Climat étudient de près pour aider les territoires à s’adapter face à des débits estivaux appelés à baisser fortement.

Stockage et efficacité : le sol et la technique prioritaire

Le stockage en surface par des retenues dites « de substitution » monopolise l’attention.

Or, a rappelé Sami Bouarfa, « à l’Inrae, nous avons montré que qu’il existe des marges de progrès, de l’ordre de 30%, en s’appuyant sur les améliorations techniques et le pilotage de l’irrigation agricole en France, c’est-à-dire, les capteurs, les outils d’aide à la décision, etc. Mais l’enjeu ne se limite pas à la technique. »

Car « le premier réservoir qui stocke de l’eau, c’est le sol », a rappelé le chercheur. Les programmes de recherche Bag’ages et Bagheera, menés sur le bassin Adour-Garonne, mesurent comment l’agroécologie (couverture végétale, agroforesterie) permet de maximiser l’infiltration de l’eau de pluie.

Concernant les « retenues de substitution », l’Inrae a piloté une expertise scientifique sur leur impact cumulé sur les milieux aquatiques. Les ouvrages de stockage en surface, qui nécessitent un lourd génie civil en plaine, ne sont envisagés que lorsque les aquifères ne le permettent pas. Leur efficacité et leur légitimité sont à évaluer à l’une de trois critères :

  • l’impact environnemental ;
  • l’équité sociale (qui bénéficie de cette eau ?) ;
  • la pertinence économique, selon un ratio calculé en ramenant le volume d’eau stocké aux coûts d’ingénierie, au vu des fonds publics mobilisés.

L’irrigation, pas seulement pour les rendements en agriculture

Il est réducteur d’associer l’irrigation à une simple course au volume. C’est ce que met en lumière le projet TAI-OC (Transition agroécologique et irrigation en Occitanie) qui explore le concept « d’irrigation multi-service ».

L’objectif est de repenser l’apport en eau non plus seulement pour produire, mais comme un levier garantissant la transition agroécologique des exploitations.

Sécuriser un apport d’eau permet en effet de réussir l’implantation de haies. Mais aussi de diversifier les rotations culturales. Ou encore de préserver la vie microbienne des sols lors de sécheresses extrêmes.

On parle du tarif de l’eau pour les agriculteurs

Le prix de l’eau agricole suscite l’incompréhension. Il est facturé en moyenne 15 centimes le mètre cube contre 3 euros au robinet des particuliers. Mais les prestations ne sont pas comparables. L’eau agricole « ne nécessite ni potabilisation, ni assainissement après utilisation », explique Gabrielle Bouleau.

Son coût réel dépend surtout des infrastructures de transport. Pour dépassionner le débat sur les deniers publics alloués à ces réseaux, l’INRAE a d’ailleurs publié un guide d’analyse économique et financière des Projets de Territoire pour la Gestion de l’Eau (PTGE). L’objectif : évaluer de façon transparente qui finance ces infrastructures et à qui elles profitent.

Irrigation agricole en France et urbanisation, quels liens ?

Certains opposants redoutent que le déploiement de l’irrigation attire de nouveaux aménagements urbains. Les études tordent le cou à cette crainte. « Ce n’est pas l’eau qui attire l’urbain, c’est plutôt que l’urbain gagne des terres, qu’elles soient irriguées ou pas », tranche Gabrielle Bouleau.

Au contraire, l’étalement urbain devient un fardeau pour les irrigants. Car il oblige à segmenter à grands frais les réseaux pour chaque nouvelle parcelle, menaçant l’équilibre financier des syndicats agricoles. En réalité, le projet de l’Agence nationale de la recherche BlueState indique que le vrai défi des territoires n’est pas tant les infrastructures officielles, mais plutôt le manque de moyens alloués par l’État pour contrôler et sanctionner les forages et captages sauvages.

À noter : L’Inrae déploie en ce moment des programmes de recherche conséquents sur le sujet des usages agricoles de l’eau (Explore2, Bagheraa, Tai-Oc…).

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