L(ég)umineuses vertus

Les légumineuses sont une piste de prédilection pour développer une agriculture durable et autonome. Néanmoins, leur développement est freiné par des facteurs techniques et socio-économiques.

Les légumineuses : solution durable ?

Les légumineuses n’ont pas la cote. « Elles sont en régression en France depuis 50 ans pour les fourragères », a rappelé Françoise Vertès, chercheuse à l’Inra, lors d’un colloque organisé par l’AFPF(1). Seule exception : les prairies d’association graminées-trèfle blanc, dont l’importance se renforce. La régression des légumineuses à graines est plus récente, après un essor entre 1985 et 1995(2). Pourtant, en culture pure ou en association, les légumineuses ont été identifiées par l’Inra comme l’un des dix leviers d’actions prioritaires pour diminuer les émissions agricoles de gaz à effet de serre. L’implantation d’un hectare de légumineuse en grandes cultures conduit à une atténuation de 636 kg CO2e/an des émissions directes et indirectes liées à l’exploitation agricole, et de 947 kg CO2e/an des émissions induites en amont(3).

 

Des sols plus fertiles

Les légumineuses sont les seules plantes capables de convertir l’azote de l’air en azote minéral. A ce jeu là, toutes ne se valent pas ! Françoise Vertès a identifié un meilleur coefficient de passage de l’azote aérien à l’azote fixé chez les plantes pérennes fourragères que chez les légumineuses à graines. Le trèfle blanc est ainsi champion dans sa catégorie. Le taux de fixation varie en fonction de l’azote minéral du sol. Il sera plus faible dans un sol riche en azote et plus fort dans un sol appauvri. « Ce taux peut diminuer très rapidement, en quelques jours, par exemple pour le trèfle blanc recevant un pissat au pâturage. » D’autres facteurs entrent en jeu. Une température inférieure à 6°C limite la fixation symbiotique ; l’engorgement en eau ou le dessèchement du sol freinent aussi le processus. D’où l’importance de bien choisir les espèces. Penser aussi au mode d’exploitation : le trèfle violet ou la luzerne sont préconisés pour une prairie fauchée, tandis que le trèfle blanc est à privilégier pour une pâture(4).

A qui profite l’azote ?

Il alimente la légumineuse et les plantes suivantes. Les non légumineuses associées bénéficient surtout de l’exclusivité de l’accès à l’azote du sol. « La spécificité des résidus de légumineuses est une minéralisation rapide comparée à celle des graminées, qui s’explique par un rapport C/N plus faible, 15-18 vs 20-28 pour les graminées », note Françoise Vertès. Les économies sont réelles : « L’insertion d’une culture de pois ou d’un mélange céréales-légumineuses à graines dans des rotations céréalières permet de réduire la fertilisation azotée de la culture suivante de l’ordre de 20 à 60 kg d’azote par hectare », cite-t-elle. Néanmoins, attention aux fuites de nitrate. Elles peuvent être gérées en choisissant des successions culturales appropriées et grâce à des couverts pendant l’interculture. A l’échelle de l’exploitation, les légumineuses sont une piste pour renforcer l’autonomie protéique des systèmes alimentaires. Elles pourraient remplacer une partie des importations de tourteaux de soja dont la France est très dépendante.

 

 

(1) Journées AFPF - Association française pour la production fourragère - 8 et 9 avril 2015

(2) Unip - Interprofession de protéagineux - www.unip.fr

(3) Méthode Citepa. Pellerin, Bamière, Pardon, 2015. Agriculture et gaz à effet de serre. Editions Quae, 200p.

(4) Arvalis-infos, 20 nov. 2014

5) Schneider, Huyghe, 2015. Les légumineuses pour des systèmes agricoles et alimentaires durables. Éditions Quae, 514 p.

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