Retour sur la taille mécanisée de la vigne

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Retour sur la taille mécanisée de la vigne

La mécanisation de la taille est une solution pour réaliser des économies mais aussi pallier le manque de main-d’œuvre.

Le 16 mars dernier, la fédération des cuma du Gers a organisé une démonstration sur la taille mécanisée de la vigne. Cette demi-journée a rencontré un franc succès avec pas moins d’une soixantaine de viticulteurs et viticultrices qui se sont déplacés pour voir les différents matériels au travail.

Le constat qui est fait concernant la conduite d’un vignoble et qui est unanime est le temps alloué à la taille de la vigne. En taille manuelle, il ne faut pas moins de 40 à 50 heures par hectare, sans compter la partie « relevage », contre 2 à 4 heures en taille mécanisée. Cela correspond à 30-40 % du temps passé dans les vignes pour cette seule opération. En plus d’avoir beaucoup de difficulté à recruter du personnel, cela coûte cher.

Pallier les problèmes

La mécanisation de la taille est donc une solution qui peut pallier le problème, qu’il soit économique et/ou de main-d’œuvre. Lors de cette journée, quatre matériels étaient présentés avec les marques Chabas, Pellenc, Provitis et Ero. Certains équipés de scies, d’autres comportant des sections, avec ou sans suivi de cordon et avec escamotage mécanique ou hydraulique.

Les prix de ces matériels oscillent surtout en fonction des options présentes, des montages (mât pour tracteur ou montage sur enjambeur) et d’un éventuel couplage avec une prétailleuse. Ainsi, on observe aujourd’hui sur le marché des tarifs qui vont de 14 000 € à plus de 30 000 €. Malgré les surcoûts engendrés par certains automatismes, il est évident que la technologie de suivi de cordon ainsi que l’ouverture automatique au passage des piquets permet d’augmenter le débit de chantier tout en diminuant la fatigue des opérateurs. Encore faut-il pouvoir amortir cette charge sur la surface concernée…

Journée de démonstration sur la taille mécanisée en .vigne

La parcelle sur laquelle s’est déroulée la démonstration.

La mutualisation, une solution pour l’activité de la taille mécanisée de la vigne

En ce sens, la mutualisation en cuma pourrait grandement faciliter cette contrainte. Car parmi les pratiquants de la TRP (taille rase de précision), un certain nombre est équipé et adhère déjà à des cuma. Il faudra donc regarder au cas par cas si certains groupes ne pourraient  pas accueillir cette nouvelle activité. Cela, bien sûr, en accord avec la production de vin en IGP même si certaines coopératives restent réticentes à cette évolution. Cela reste interdit dans le cahier des charges AOC.

La mécanisation de la taille revêt de nombreux avantages

Outre la nécessité de renforcer le palissage, les ancrages et la fumure du vignoble, la TRP permet :

  • Un meilleur étalement des grappes en limitant les risques sanitaires (ceps plus aérés).
  • De limiter les maladies du bois comme l’esca (plaies de taille moins grosses et plus loin des branches maîtresses du cep, circulation de la sève moins entravée).
  • D’accroître dans certains cas les rendements jusqu’à plus d’un tiers en augmentant la charge en bourgeons (on passe de 8 à 12 bourgeons en taille manuelle jusqu’à 50 avec une TRP à 2 yeux).
  • De limiter le temps de travail, notamment car il n’y plus d’opération de tombage des bois ni de pliage.

Un gain économique global qui peut aller du simple au double. Tout dépend du temps de reprise manuelle derrière la TRP. La chambre d’agriculture des Pyrénées-Orientales (66) a calculé une économie de 450 €/ha et 38 h de main-d’œuvre en faveur de la TRP face à la taille en cordon de royat et de 850 €/ha. La taille en guyot, quant à elle, nécessite 60 h de main-d’œuvre (simple ou double). Attention néanmoins au risque « Black-rot », qui peut être difficile à gérer car avec ce type de taille. Il reste en effet parfois des grappes momifiées qui peuvent entretenir l’inoculum. La taille mécanisée en vigne est, certes, exigeante sur la solidité des palissages, l’adaptation de la fumure. elle comprte aussi un risque « Black-rot » plus élevé sur cépages sensibles. Mais elle permet de réduire substantiellement les coûts et le temps de main-d’œuvre. C’est là tout ce qu’on lui demande.

Dans l’Hérault, on se met aussi à la taille mécanisée de la vigne

Cela fait près de 6 ans que la cuma la Tour montadynoise, à Montady (34), a opté pour une taille mécanisée des vignes avec système adaptable sur tracteur. « La TRP, c’est l’avenir pour nos vignobles », explique Laure Berthomieu, viticultrice de la cuma. Cette technique permet d’optimiser le temps de travail et de réduire les coûts de main-d’œuvre. La taille est le poste qui coûte le cher pour un domaine viticole. De plus, c’est compliqué aujourd’hui de trouver des personnes qualifiées.

Le retour d’expérience est positif. La technique est simple et la prise en main rapide, « pas besoin de 15 jours de formation, après quelques essais, certes un peu laborieux, il a suffi d’une matinée pour se familiariser à la machine. Il faut néanmoins y aller tranquillement », précise la viticultrice. La vitesse de travail est très lente 2 à 3 km/h. En plus de ces avantages, la qualité du vin est probante, ajoute-t-elle.

Un matériel facile à utiliser

Les adhérents de la cuma les Deux Piochs, à Puilacher, ont quant à eux opté pour un équipement sur porteur. Le président, Benoit Fulcrand pratique la TRP depuis près de 12 ans et il était le premier à sa cuma. Au moment du renouvellement de la machine à vendanger il y a 5 ans, les adhérents ont finalement franchi le pas. Ce choix d’équipement permet d’optimiser l’utilisation de la machine à vendanger. Elle est également utilisée pour le prétaillage.

« Il faut seulement 20 minutes pour atteler et dételer les équipements. Chacun garde son tracteur et la consommation de carburant n’est guère plus importante que celle du tracteur (8,5 l/ha). On apporte également plus de stabilité. La puissance hydraulique est supérieure et on avance plus vite qu’avec un tracteur (2 h 30 à 2 h 45/ha) », explique Benoit. Il s’agit d’un matériel facile d’utilisation. Car le guidage radar qui lit la souche et le paramétrage sont assez simples. Néanmoins, « si on veut faire de belles choses, il faut adapter le vignoble et cela nécessite beaucoup de temps au départ », précise-t-il.

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