« Pour l’instant, après une quarantaine d’hectares de tournesol battue, c’est du moins 30 % par rapport à une année normale ». Au volant de la Trion 660 Montana de la Cuma de Galapian, Joël Soulage constate les dégâts d’une campagne à la météo compliquée. Il moissonne chez Thierry Turc, qui confirme les données affichées par le moniteur de la moissonneuse : « les rendements sont décevants, avec un rendement d’environ 18 q/ha, contre 25 à 30 en année normale. Les 100 mm d’apport d’eau n’ont pas produit les effets escomptés. » Les grains sont petits, comme en témoignent les 40 kg/hl de poids spécifique. Le point sur le rendement tournesol et la canicule dans le Lot-et-Garonne.
Rendement tournesol et canicule : explications en vidéo dans le Lot-et-Garonne
Manque d’eau et chaleur excessive
« Malgré l’irrigation positionnée autour de la floraison, la culture a trop souffert de la chaleur, analyse Thierry. Le tournesol a subi des plusieurs vagues de chaleur atteignant 42 °C. Ces chaleurs trop extrêmes ont affecté la fécondation. Par conséquent, les capitules ont formé moins de grains. Peut-être que les variétés semées ne sont pas adaptées à ces conditions climatiques. »
Rendement tournesol et canicule : la marge en question
Le seul espoir réside dans les cours de la graine de l’oléagineuse. « À 500 €/t, la marge risque d’être négative », estime Thierry.
Dans la cabine de la Trion, Joël tente de positiver : « les cours semblent vouloir augmenter. S’ils atteignent 550 voire 600 €/t, un tournesol à 18 q/ha pourrait générer une petite marge. » Et Joël Soulage, par ailleurs président de la fpcuma de Gironde et du Lot-et-Garonne, d’affirmer l’intérêt de la mutualisation du matériel : « Dans une année comme celle-ci, les économies de charges de mécanisation sont d’autant plus cruciales ! »

Les premiers résultats affichent 18 q/ha avec 40 kg/hl de poids spécifique, en irrigué. (©Entraid)
Grains secs et pieds verts
Pour ne rien arranger, le chantier du 4 septembre 2026 est difficile. Les grains affichent des taux d’humidité très faibles (entre 3,5 % et 8,5 % au lieu de 20 %), tandis que les cannes sont encore quasi vertes.
Fraichement coupées, elles diffusent l’odeur de la sève dans le champ. « Des bouts de tiges vertes se mélangent au grain, témoigne Joël. Le taux d’impureté atteint 4 %, contre 2 % habituellement. »
Réglages à l’ancienne
La Trion possède un logiciel d’aide aux réglages de la machine. Or, bien qu’il fonctionne pour de nombreuses cultures, il est inopérant avec le tournesol.
Grâce à son expérience et aux retours des capteurs de la moissonneuse, Joël Soulage limite la casse et la perte de grain au champ par une combinaison de réglages : « Je fais à l’ancienne ! Dans ces conditions, je ferme davantage les grilles, réduis les vents à cause des graines légères. J’ouvre énormément le contre batteur pour briser le moins possible. Avec la chaleur, les grains se dépiquent facilement. Enfin, je fais tourner le batteur au régime minimal », explique-t-il.

L’immaturité des cannes de tournesol conjuguée à des grains très secs nécessite des réglages spécifiques. (©Entraid)
Cultures et vergers, même combat
Reste à savoir ce que donneront les champs non irrigués et les parcelles en côteaux (85 % du parcellaire). Au bord du champ, Thierry Turc revient sur cette année difficile, toutes productions confondues. « En blé, nous avons récolté 40 à 45 q/ha, contre 70 à 85 q/ha en année normale. En zone de plaine, les inondations de l’hiver n’ont pas aidé. Heureusement que la teneur en protéine a été correcte. »
Même les pruniers (prunes d’ente ou de table), courants dans le département, ont souffert. « Les vergers ont moins produit, et les fruits présentaient de petits calibres », explique-t-il. Il se rappelle aussi des conditions de récolte marquées par la chaleur : « c’était d’autant plus difficile de trouver de la main d’œuvre motivée. Nous avons adapté les horaires, en commençant très tôt le matin et interrompant les chantiers à 13 h. »

La cuma de Galapian possède deux moissonneuses. Les adhérents s’entraident pour la logistique. (©Entraid)
Entre pistes de réflexions et morosité
Envisager des solutions pour adapter les productions est compliqué. Thierry a déjà entamé des changements de pratiques : « nous avons eu plusieurs campagnes compliquées. L’une des raisons est la baisse du taux de matière organique. C’est pourquoi j’ai arrêté le labour et réduit les passages d’outils pour essayer de la garder dans les premiers centimètres du sol. »
Joël rebondit : « la fréquence d’années compliquées augmente. Le moral des agriculteurs du département baisse, on parle d’un exploitant sur deux qui pourrait arrêter. »

En ce 4 septembre, la cuma de Galapian récoltait les premiers hectares de soja précoces. (©Entraid Médias)
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