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Sec et chaud, même en Bretagne

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Sec et chaud, même en Bretagne

Jean-Louis Kerdelhue fait preuve d'agilité pour s'adapter à la nouvelle donne climatique en modifiant ses pratiques. (photo: Jean-Louis Kerdelhue)

Changement d’espèces fourragères, nouvelles cultures de vente telle que le tournesol, maîtrise du taux de chargement, aménagement de haies: Jean-Louis Kerdelhue, agriculteur dans le Morbihan, aménage son exploitation bovine de 130ha, pour être climato-compatible.

Comment adapter son exploitation au changement climatique? En 2009, Jean Louis Kerdelhue (client Altéor Environnement, bureau d’études environnement en Bretagne) a repris l’exploitation familiale à Guidel dans le Morbihan. Autrefois en production laitière, il s’est réorienté en bovins viande. Désormais, il élève 35 vaches Blondes d’Aquitaine et leur suite. La surface comprend 85ha d’herbe et 50ha de cultures, dont une partie est autoconsommée, et l’autre vendue.

Même sur les côtes bretonnes, le climat change! La pluviométrie estivale est plus rare et les coups de chauds fréquents en été, compliquent la conduite de l’exploitation. L’éleveur a donc modifié ses pratiques telle que la généralisation des couverts végétaux en interculture. Son pari: être autonome à 100% pour l’alimentation de ses animaux, et pour une bonne partie aussi pour ses besoins en engrais.

Prévoir davantage de stock fourrager

Le prairie se tarit en juillet, août et septembre. L’éleveur apporte donc aux champs la nourriture qui fait défaut en l’absence de pousse d’herbe. Cela oblige Jean-Louis Kerdelhue à miser sur la constitution d’un stock fourrager abondant au printemps. En plus du ray-grass anglais – trèfle blanc très en vue en Bretagne, il a installé d’autres espèces en mélange (ex: mélange suisse) ou en pur (ex: trèfle et luzerne). L’éleveur mise en complément du pâturage, sur différents modes de récolte: affouragement en vert, enrubannage et foin. De mi-novembre à fin février, les animaux rentrent en bâtiment.

  • Avantages: grâce à des modes de récolte appropriés, l’éleveur valorise l’herbe au meilleur stade et évite le gaspillage. Il préserve aussi le potentiel de production de ses prairies en évitant de sortir les animaux l’hiver. Enfin les espèces comme la luzerne, sont plus résistantes au stress hydrique.
  • Limites: l’organisation de l’exploitation génère du travail supplémentaire par rapport à un système où le pâturage serait maximisé.

Sécuriser avec un taux de chargement assez bas

«Aucune année climatique n’est standard» a observé l’éleveur depuis qu’il s’est installé. C’est pourquoi, il joue la sécurité en plafonnant son effectif de bovins à une centaine de bêtes maxi.  Il vend les mâles en broutards. Il engraisse la majorité des génisses sur 3 ans pour les vendre en direct. Idem pour les jeunes vaches allaitantes. Le reste est commercialisé dans les circuits conventionnels.

  • Avantages: l’éleveur ne souhaite pas être pris au dépourvu en ayant un effectif trop élevé par rapport aux ressources fourragères disponibles certaines années.
  • Limites: les années où la production fourragère est abondante comme en 2021, l’éleveur peut se retrouver avec un surplus de fourrage. Il convertit alors une partie de la sole de maïs grain humide stocké en boudins pour l’alimentation du cheptel, en culture de vente.

Adapter son exploitation au changement climatique en modifiant les culture de vente

Le tournesol fait son apparition en Bretagne (photo: Jean-Louis Kerdelhue)

Depuis deux ans, Jean Louis Kerdelhue essaye le tournesol. La première année, c’était 13ha. En 2021, il est passé à 20ha. La culture plus familière au Sud, prend désormais racine en Bretagne. Quelques autres producteurs, dont son voisin, expérimentent aussi le tournesol avec satisfaction. Pour compenser un plus faible cumul des températures par rapport aux régions traditionnelles de production, l’agriculteur opte pour des variétés précoces à très précoce.

  • Avantage: les rendements sont corrects et les prix payés en 2021 sont très favorables (comme les autres céréales). La culture nécessite peu d’intrants. L’apport azote est limité à 50 unités. Un bon point actuellement où les prix flambent! Et surtout en année sèche, le tournesol tire son épingle du jeu.
  • Limite: il a fallu trouver des matériels adaptés pour le semis et surtout la récolte. Son ETA a équipé sa moissonneuse en conséquence. D’autre part, son OS n’était pas jusqu’ici en situation de collecter et stocker le tournesol. Cela oblige l’agriculteur à anticiper la récolte en se coordonnant avec son voisin producteur, de manière à résoudre les contraintes logistiques.

Préserver des zones d’ombre

De nouvelles haies vont créer un « effet » parasol favorable aux animaux (photo: Jean-Louis Kerdelhue)

Enfin, Jean-Louis aménage son exploitation pour faire face aux coups de chaud. Il a planté en lien avec Breizh Bocage, 800m de haies. C’est un bon moyen d’atténuer l’effet du vent et de donner aussi un peu d’ombre l’été. En parallèle, il a rendu accessible aux animaux, un bois situé sur l’exploitation, qui offre une zone de fraîcheur appréciable lors des journées très chaudes. Ce qui arrive, même en Bretagne!

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