Des prêts bancaires plus conséquents mais moins nombreux : David Boutillier, Directeur de l’Agriculture au sein de Crédit Agricole SA, revient pour Entraid sur les tendances du marché bancaire aux agriculteurs et aux cuma sur les dernières années. Il fait aussi état des taux des prêts Agilor.
Quels sont vos taux actuels pour les prêts bancaires ?
David Boutillier : « En juillet 2026, nos taux d’intérêt Agilor s’établissent à 3,75 % sur 5 ans et à 3,95 % sur les durées courantes de 6 à 7 ans. Le financement du machinisme par Agilor est ultra-majoritaire sur le terrain comme au niveau de notre production globale de crédit. En effet, le réseau d’agences continue d’intervenir, mais c’est généralement pour des projets globaux d’installation ou de restructuration d’exploitation, plutôt que pour une simple acquisition de matériel. »

David Boutillier, Directeur de l’Agriculture chez Crédit Agricole SA. (©Crédit Agricole)
Comment les cuma ont-elles emprunté au Crédit Agricole ces dernières années ?
David Boutillier : « Sur la période 2023-2025, après une relative stagnation des prêts classiques accordés aux cuma entre 2023 et 2024, l’année 2025 enregistre un repli d’un peu plus de 8 % du nombre de machines financées. Cependant, les montants totaux restent orientés à la hausse. Le montant moyen des dossiers financés par Agilor pour les cuma est passé de 30 000 € en 2024 à environ 36 000 € sur l’année 2025, soit une progression de plus de 15 %.
Notre moyenne de 30 000 à 35 000 € englobe à la fois des matériels de récolte très lourds et coûteux (comme les ensileuses ou moissonneuses-batteuses) comme de plus petits outils de fenaison ou de travail du sol.
Cette augmentation du coût moyen s’explique essentiellement par trois facteurs. Lors du renouvellement de leurs parcs, les cuma optent fréquemment pour des matériels plus performants, donc plus onéreux. De plus, la hausse du prix des matières premières, notamment de l’acier, pèse sur les tarifs des constructeurs. Enfin, l’intégration généralisée de technologies embarquées tire également les prix vers le haut.
D’un autre côté, la baisse des volumes des emprunts réalisés ces dernières années par les cuma, reflète la situation économique des différentes filières, comme c’est le cas en grandes cultures et en viticulture notamment. »
Y a-t-il une augmentation des refus de dossiers, pour les cuma et les exploitations ?
David Boutillier : « Face aux difficultés conjoncturelles de 2026, l’accès au financement pour les exploitations et les cuma reste solide, avec un taux d’acceptation de 95 % pour nos dossiers.
Les agriculteurs, en tant qu’exploitants et responsables de cuma, agissent en véritables chefs d’entreprise. Ils évaluent leur capacité de remboursement avant d’engager des projets, ce qui limite le taux de refus à 5 %. »
A quel futur vous préparez-vous ?
David Boutillier : « Nous vivons une accélération sans précédent du changement climatique. Depuis 2020, les années hors norme se succèdent.
Pour mesurer l’impact de ce choc, le Crédit Agricole a mené une grande étude sur la résilience à l’horizon 2050 au sein d’un consortium associant Unigrains, Sofiprotéol et InVivo. Nous avons modélisé onze archétypes d’exploitations représentant plus de 50 % de la surface agricole utile française pour mesurer le « coût de l’inaction ». Mais également les besoins en matières d’investissement pour assurer la résilience de la ferme France. Sans adaptation d’ici 2050, la Ferme France s’expose à une perte de valeur, en moyenne de 4 à 7 milliards d’euros par an. Alors certes, s’adapter va demander un montant d’investissement très fort. Mais si on le fait, on sera en mensure de préserver, voire dans certains cas d’augmenter les EBE des exploitations.
Il est à souligner que l’on n’invente rien. Les leviers identifiés sont connus : diversification culturale, allongement des rotations, réduction du travail du sol et agriculture de précision. En tant que banquiers-assureurs, il s’agit pour le Crédit Agricole de sensibiliser et d’accompagner nos clients agriculteurs face aux trnasitions à mener en leur proposant notamment des offres adaptées.
Pour le moment, la majorité des agriculteurs tente de protéger leurs cultures et leurs animaux, ce qui est un réflexe logique. Le premier pas vers une transition est l’adaptation. J’ajouterais que le renouvellement des générations est peut-être une opportunité en permettant d’accélérer le mouvement. Car les nouveaux arrivants intègrent dans leurs projets les contraintes climatiques observées au cours de ces dernières années. L’agriculture est un secteur qui fonctionne habituellement sur le temps long. Mais le changement climatique inscrit les changements nécessaires dans un pas de temps désormais plus court. »
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