Et si c’était le moment de se faire du blé grâce aux marchés des céréales ? En maïs, les cours n’ont jamais été aussi élevés depuis trois ans, et en blé ça fait deux ans. Même si les rendements en grains sont moindres, c’est peut-être le moment de vendre pour s’assurer davantage de marge ? Le point sur quand vendre sa récolte de céréales en 2026.
Bien vendre sa récolte de céréales en 2026
Comme tenus en haleine, les cours des matières premières agricoles fluctuent selon les annonces géopolitiques. “On annonce de futurs pourparlers, les cours diminuent, on annonce de nouvelles frappes, ils progressent, relate Clarisse Bonhomme, économiste aux Chambres d’agriculture France. Les marchés sont très volatils depuis quelques semaines. Les cours peuvent soit flamber, soit chuter.”
Cependant, ils restent à des niveaux élevés en ce moment. Que ce soit pour le maïs, le colza ou encore le blé. En cause, la mauvaise récolte européenne certes, mais aussi le blocage des ports en Ukraine et en Russie. Ne pouvant plus être exportées par ces moyens, les céréales s’engrangent dans ces pays. “Les prix intérieurs de ces deux pays baissent, poursuit l’économiste. Et les opérateurs sont prêts à brader leur marchandise dès que les exportations reprendront.” Entre-temps, les acheteurs sont attentistes, espérant des prix plus abordables.
Inquiétudes sur les marchés
Mais, encore combien de temps ? Les marchés, en tout cas, n’envisagent pas une reprise des échanges en Mer Noire. “Les cours, sur le marché à terme, qui représentent les prix sur le long terme, sont identiques à ceux d’aujourd’hui. Le blé en décembre 2027 vaut 240 €/t, comme pour celui de décembre 2026”, illustre-t-elle. Pas de repli en vue, donc.
D’autant que les signaux ne sont pas aux verts en France et en Europe. Outre les mauvais rendements et une production en repli, plus marquée en France, les opérateurs ont de grosses inquiétudes sur les semis à venir. Et ce, sur tout le continent, même en Ukraine. À cela s’ajoute la hausse des prix des engrais et du carburant que tout le monde subit et qui interroge les agriculteurs à les utiliser ou non. “En France, malgré ce contexte inflationniste, nous avons des cours en hausse, relativise Clarisse Bonhomme. Les agriculteurs profitent également d’un coût des engrais réduits par le dispositif d’aides pour les achats d’engrais azotés, que d’autres pays ne proposent pas.”
Vendez !
Une situation que les agriculteurs doivent saisir. “C’est le moment de sécuriser une partie de ses charges en vendant des grains à un prix correct, lance l’économiste. Voire même d’engager une partie de la récolte 2027, même si elle n’est pas encore semée.” Une stratégie qui rebute certains agriculteurs, plus prudents. “C’est normal, mais cela peut se faire par étape et en petites quantités, relativise Clarisse Bonhomme. Des organismes stockeurs proposent aussi des contrats liés aux marchés à terme. Une manière de sécuriser un prix plancher. Si c’est trop dangereux, il reste les marchés à terme.”
Les marchés à terme n’engagent pas de production physique, mais pour y accéder, une formation d’un ou deux jours est nécessaire. “Avec les bonnes connaissances, l’agriculteur ne prend pas de risques, estime Clarisse Bonhomme. Ce sont les spéculateurs qui s’y adonnent et c’est leur métier. Lorsque l’avenir est incertain et que le marché physique fluctue, comme en ce moment, le marché à terme peut permettre de mieux vendre sa production.”
Connaître le juste prix
Au-delà des mécanismes du marché à terme et des options comme les put et les call, suivre les cotations du marché à terme peut déjà être un premier pas. “Ça permet d’apprendre à lire les cotations, résume l’économiste. À savoir si le prix de vente qu’on vous propose est un bon prix.”
Mais aussi de se fixer des prix cibles déterminés par les coûts de production. On peut les calculer une fois et faire varier quelques paramètres plus ou moins précisément tous les ans. “Sans objectif, c’est difficile de savoir quand est le moment opportun pour vendre, fait-elle remarquer. De même qu’il est aussi très difficile de négocier.”
Ainsi, avec quelques notions, les rapports de force dans la commercialisation des grains peuvent changer.
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