La solidarité, ça donne la patate ! Et la réciproque est vraie : la patate est vectrice de solidarité. C’est ce que prouve un groupe d’agriculteurs du canton de Brantôme, en Dordogne. Des membres de la cuma la Champagnacoise ont créé la Caisse de solidarité et de prêt mutuel Dronne-et-Belle en 2019. « C’est une caisse pour aider les cotisants en cas de coup dur, explique Sébastien Reynier, trésorier de la cuma. Elle est née d’une réflexion avec la fédération des cuma de la Dordogne. » La Caisse de solidarité est distincte de la cuma, même si ce sont des membres de la cuma la Champagnacoise qui en sont à l’initiative. Encadrée par un statut de loi 1901, la Caisse de solidarité agricole regroupe aujourd’hui huit cotisants.
Caisse de solidarité agricole: Et la patate dans tout ça ?
« Pour remplir la Caisse, poursuit Sébastien, nous avons eu l’idée d’une action humanitaire : cultiver des pommes de terre, les arracher, et les vendre à 0,50 €/kg à qui viendrait les ramasser. Nous souhaitions ainsi faire bénéficier de la nourriture à bas prix aux personnes aux revenus modestes, tout en abondant notre caisse. » CQFD ! Laissons les patates pour le moment.
Au sein de l’association, le principe est simple : chaque adhérent doit être agriculteur actif ou retraité, ou salarié agricole. Il doit cotiser entre 15 et 50 € par mois, durant 24 mois. En cas de coup dur, un cotisant peut demander de bénéficier d’une aide financière.
Prêt à taux zéro
« L’adhérent recevra une aide dont le montant dépend de son apport en capital, jusqu’à cinq fois sa contribution, détaille Sébastien Reynier. Elle s’élèvera à 6 000 € maximum. Nous débloquons les fonds pour toutes raisons professionnelles et personnelles. Sauf les divorces, pour ne léser personne du couple qui se sépare. Ensuite, le bureau de l’association vérifie juste que la somme est disponible. »
Le bénéficiaire rembourse l’aide sur deux ans, sans intérêts. Chaque adhérent peut récupérer sa mise de fonds s’il le veut, à tout moment. Jusqu’à aujourd’hui, la Caisse a aidé une personne. Les membres de l’association souhaitent rester entre personnes qui se connaissent bien. C’est la raion pour laquelle ils limitent leur action au canton.

Vieilles mécaniques et solidarité : c’est la recette du collectif. (©Entraid)
Revenons à nos patates. En septembre 2021, à la sortie du Covid, l’association organise son premier évènement « La campagne a la patate ». « Nous avions arraché un rang de pommes de terre. Ensuite, les gens les ramassaient et les pesaient. Enfin, ils les achetaient à un prix modique, relate Sébastien. Nous ne voulions pas seulement récolter de l’argent pour la Caisse. Nous désirions aussi recréer du lien entre les gens, et aider les personnes que la crise sanitaire avait rendues fragiles économiquement. »
Pas de pub, juste une annonce le jour même à la radio locale et sur les réseaux sociaux. Et par-dessus le marché, de la pluie. « Malgré tout, ce fut un succès, se souvient-il. Les participants ramassaient les patates avec plaisir, dans une bonne ambiance. »
Un évènement qui compte à la caisse de solidarité agricole
L’asso renouvelle l’opération en 2022, en s’associant avec la MSA locale dans le cadre de la semaine de l’alimentation solidaire. Cette fois, en plus des modalités habituelles, la MSA a acheté 10 % de la récolte à la Caisse de solidarité agricole, pour les livrer aux Restos du cœur.
Suivent 2023 et 2024, avec des fortunes agronomiques diverses, entre petits rendements et météo caniculaire. Néanmoins, « La campagne a la patate » s’installe et confirme son statut d’évènement local fédérateur. « La fête rassemble 600 visiteurs chaque premier samedi de septembre. Certains ramassent des pommes de terre, d’autres viennent partager un bon moment à l’espace restauration. Des producteurs et des partenaires tiennent des stands, nous exposons du matériel ancien… Une quarantaine de bénévoles est nécessaire pour la bonne tenue de la journée ! », souligne Sébastien.
Pédagogie auprès du grand public
De son aveu, la collecte de fonds due à la vente des tubercules est aujourd’hui symbolique. « L’essentiel des recettes provient désormais de la restauration et de la buvette, admet-il. La cuma a même acheté une friteuse professionnelle pour satisfaire les appétits. » Sans doute la seule cuma avec une friteuse dans son parc matériels ! « Toutefois, reprend Sébastien, nous gardons cette activité de ramassage. Nous tenons toujours à rappeler l’origine de l’alimentation, à expliquer le lien entre agriculture et nourriture. »
Nous nous promenons dans la poignée d’ares où se multiplient dare-dare les plants à arracher en 2025. Entre deux billons, la question : « Mais pourquoi des patates ? Pourquoi pas des pommes, des noix ou des courgettes ? » « Parce que tout le monde aime les patates, répondent les membres de l’asso, et que c’est facile à faire. En plus, on peut tourner facilement. » Chaque année, la parcelle est chez un adhérent différent : « pour garder un temps d’avance sur les doryphores », sourit un cotisant.
Techniquement, c’est facile, voire agréable. Le groupe sort la bonne vieille ferraille. Les adhérents attellent leurs deux planteuses Super-Prefer sur deux tracteurs qui carburent au mazout et à la nostalgie. Tout le groupe s’y met, la plantation est finie en une demi-journée. Suivent un ou deux binages avant l’arrachage, c’est tout.
« Cet évènement nous incite à nous réunir en dehors du simple contexte agricole, apprécie Sébastien Reynier. Cette convivialité renforce l’esprit d’équipe. » Des membres de l’asso ne sont pas adhérents à la cuma à l’origine de la Caisse de solidarité agricole. Cependant ils découvrent l’entraide, certains prennent même leurs premières parts sociales dans des cuma. On en revient à l’agriculture collective. Loin de se disperser dans une démarche évènementielle, le projet des membres de la Champagnacoise garde sa cohérence agricole.
Pourquoi cette histoire ?
Voilà une cuma qui rassemble au-delà de son objet initial. Des membres de la cuma Champagnacoise ont fondé la Caisse de solidarité et de prêt mutuel Dronne-et-Belle, portée par une association loi 1901.
Cette caisse regroupe des cumistes et des agriculteurs non-adhérents à la cuma. Pour augmenter la trésorerie de la Caisse, l’association organise un évènement annuel qui tend à devenir une institution dans son canton.
La journée « La Campagne a la patate » rassemble des publics divers autour d’une initiative humanitaire. Au départ créée pour favoriser le maintien de l’activité agricole dans le canton, la Caisse génère une véritable participation des agriculteurs au dynamisme du territoire.
En plus de ses aspects humanitaires et conviviaux, l’opération est une opportunité pour communiquer sur les thèmes de l’agriculture et de l’alimentation.
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