« La mécanisation doit être pilotée par la rentabilité, gagner plus pour investir. Et non l’inverse », partage Julien Martin, animateur auprès des cuma d’Ariège et de Haute-Garonne. Preuve à l’appui de ce plaidoyer pour un renversement culturel, avec une étude inédite présentée sur le salon Innov-Agri en septembre 2026. « En 2024, le rapport entre les charges de mécanisation et les revenus des cultures atteint en moyenne 45 % ! », rapporte Muriel Clarac, conseillère d’entreprise agricole au CER Gascogne Occitanie. « Comme en 2020 », concède-t-elle. En conférence le 10 septembre 2026, les conclusions des deux experts ont fait mouche devant une salle comble. Leurs chiffres, tirés d’une analyse auprès des comptabilités de 1013 céréaliers du sud-ouest, montrent à quel point une transformation doit s’opérer dans les stratégies de mécanisation.
Les charges de mécanisation ont continuellement augmenté, passant de 487 €/ha en 2019 à 568 €/ha en 2024
Ces dernières années, on observe une progression du poids des charges de mécanisation rapportés à la surface en céréales oléagineux et protéagineux (Scop). « Le poids de la mécanisation dans le produit s’accentue depuis 3 ans, détaille Muriel Clarac. De 35 % en 2022, puis 42% en 2019 et 45% en 2024. Car les charges de mécanisation à l’hectare ont fortement augmenté à partir de 2021. À cause de la hausse des coûts d’achat et du renouvellement. Et, elles n’ont pas tellement diminué malgré la baisse des produits depuis 2023 ».
Problème. Lorsque la valeur du produit à l’hectare chute, le poids des charges de mécanisation rapporté aux produits des cultures explose. D’où ces 45 %. En fait, « les produits sont instables ces 6 dernières campagnes », résument les experts, « alors que les charges de mécanisation ont régulièrement augmenté : + 23 % sur 5 ans entre 2020 et 2024 ».

L’analyse conjointe FD Cuma 31 09 et CER France sur les charges de mécanisation présentée à Innov-Agri 2026 souligne une augmentation régulière des charges de mécanisation à l’ha sur 5 ans (2022-2024). (© FDcuma 31-09 et Cer France Gascogne Occitanie)
La productivité du travail s’effondre entre 2021 et 2024
Il s’avère que la mécanisation par UTH (unité de travail humain) a augmenté de façon continue de 29% environ sur 15 ans. Cela, alors que la surface par UTH n’a augmenté que de 8 %. « La mécanisation n’est donc pas adaptée à l’augmentation de surface », concluent logiquement les experts. En effet, « il y a une faible dilution des coûts fixes par les volumes, c’est-à-dire les charges fixes rapportées à la productivité », aux rendements.
Par ailleurs, la productivité, c’est-à-dire la valeur ajoutée par UTH, connaît de grandes fluctuations au cours du temps. « Cette productivité s’effondre complètement en 2024. Car elle varie en fonction des prix des céréales et des rendements ». Or pendant 3 ans, ceux-là ont plongé tour à tour.

La mécanisation des fermes en GC du Sud-Ouest a augmenté de façon continue de 29% environ alors que la surface n’a augmenté que de 8%. En parallèle, la productivité connaît de grandes fluctuations. (© FDcuma 31 09 & Cer France GO)
Grosse variabilité des charges mais au poids identique dans chaque exploitation
Nos spécialistes du jours concèdent qu’il y a de grandes disparités dans leur échantillon. Les charges de mécanisation varient de plus ou moins 394 €/ha en écart type alors que la moyenne du groupe sur les années 2022 à 2024 est à 594 €/ha de charges. « Mais ce poids des charges reste lourd quelle que soit l’exploitation », précisent ils.
Le poste à étudier en priorité est le tracteur. Il représente à lui seul 40 % des charges dans leur échantillon. Les matériels de récolte, 20 %.

Julien Martin (FD cuma 31 09) et Muriel Clarac (CER France Gascogne Occitanie) présentent à Innov-Agri en septembre 2026 une étude inédite sur les charges de mécanisation des fermes en grandes cultures du Sud-Ouest. Photo Entraid/VG
« Il faut rapporter les charges de mécanisation au produit brut »
Dès lors, quelle stratégie de mécanisation adopter ? Julien Martin et Muriel Clarac apportent un éclairage plutôt contre-intuitif, mais qui s’explique.
En effet, d’après les données travaillées sur les années 2022-2024, les charges les plus élevées à l’hectare sont supportées en stratégie d’équipement mixte, c’est-à-dire avec usage de la cuma : 656 €/ha. Contre 520 €/ha en propriété et 517 €/ha en délégation (ETA).
L’explication est qu’il y a une dilution des charges fixes de mécanisation par les volumes lorsqu’on est en stratégie de mécanisation en propriété. En effet, Julien Martin et Muriel Clarac partagent que les SAU y sont plus importantes (147 ha en moyenne) avec des rendements identiques en blé et tournesol. En délégation c’est l’effet contraire en raison d’une surface limitée (110 ha).
Meilleur résultat exceptionnel en stratégie mixte des charges de mécanisation
Mais tout change lorsqu’on regarde le résultat exceptionnel. Il est le plus haut en stratégie mixte de mécanisation, avec cuma, à 178 €/ha, contre 147 €/ha en propriété et 104 €/ha en délégation. « Les charges de mécanisation des stratégies mixtes avec cuma sont jusqu’à 117€/ha plus élevées mais cela n’impacte pas leur résultat moyen », analysent nos experts.
Ce renversement et l’écart de produit est fort entre la stratégie mixte avec usage de la cuma et la délégation. Ils sont notamment dus « au fait que, pour ceux engagés en délégation, puisqu’ils ne travaillent pas eux-mêmes la terre, ont un assolement plus simple sans cultures à valeur ajoutée », note Muriel Clarac.
De plus, la délégation se caractérise par « une absence de stockage, une stratégie de commercialisation simplifiée ».
20k € de résultat exceptionnel à l’unité de travail annuel
Si l’on ramène maintenant le résultat exceptionnel de l’année à l’UTAF, c’est la stratégie en propriété qui performe le mieux, à 21 k€/UTAF, cela « grâce à l’effet volumes des productions. La stratégie de charges de mécanisation mixte avec la cuma se caractérise, elle, par un résultat de 20 k€/UTAF. Et la délégation en ETA est à 18 k€/UTAF.
Ces résultats présentés dans le cadre du salon Innov-Agri 2026 entrent plus largement dans un travail collectif sur les charges de mécanisation emmené par la FDcuma 31-09, avec plusieurs autres institutions partenaires.
Vivement la suite !
Pour plus d’information, retrouvez aussi ces articles sur www.entraid.com :





