Le climat ouvre la porte aux dérobées

Partager sur
Abonnés

Le climat ouvre la porte aux dérobées

Associée à un seigle ou à l'avoine, la vesce a l'avantage de laisser un sol frais au maïs (©Entraid).

L’association d’une graminée et d’une légumineuse produit une biomasse très rapidement disponible à la fin de l’hiver. Sous réserve d’une récolte assez précoce, cette interculture pénalise peu la culture printanière suivante. Arvalis et Idele présentaient des résultats d’essais au dernier Space.

En matière de cultures fourragères capables de valoriser la saison froide, le ray grass d’Italie s’est bâti une certaine notoriété. À sa propension à fournir un rendement s’opposent néanmoins quelques inconvénients. Des essais se penchent sur des alternatives et présentent des résultats intéressants. Le point sur la culture dérobée fourragère d’hiver.

Seigle forestier, avoine ou seigle fourrager

Sur quatre fermes expérimentales aux printemps 2025 et 2026, et sans fertilisation azotée, « les différentes modalités ont produit entre 2,2 et 5 t MS/ha. La plupart du temps, nous avons retrouvé un bon équilibre entre la graminée et la légumineuse », résume Mickaël Venot – ingénieur Arvalis spécialisé sur les cultures fourragères.

Ainsi ce type de cultures fourragères intermédiaires bénéficie de l’argument des bonnes valeurs alimentaires.

Vesces ou trèfles

L’évaluation concernait trois graminées :

  • le seigle forestier ;
  • le seigle fourrager ;
  • l’avoine d’hiver.

En faible densité (120 grain/m²) pour ne pas trop peser sur les valeurs alimentaires, celles-ci ont la double fonction de « générer de la biomasse et servir de tuteur à la légumineuse », présente Mickaël Venot.

« Nous les avons travaillées avec une vesce commune, des vesces velues, ainsi que de trèfles de Micheli et incarnat », chaque modalité associant deux espèces, une de chaque famille.

Une plage d’implantation relativement large

Patrice Pierre, ingénieur agronome Idele, complète : « Il y a finalement pas mal de possibilités d’espèces pour que ces dérobées vous permettent de créer une ressource fourragère. » Peu gourmandes en azote, ces associations offrent aussi un avantage de souplesse.

« Entre des semis de mi-septembre ou jusqu’au 10 octobre, nous constatons peu de de différences de productivité. L’important est de profiter de conditions favorables à la levée et l’accès aux parcelles », soulignent les agronomes lors d’une conférence au Space 2026. Une aubaine particulièrement après les récoltes d’herbe et de maïs lourdement impactées par la canicule 2026.

Jusqu’à 5 t MS/ha avec du trèfle

« En revanche, il y a une réflexion à mener », indique Patrice Pierre. « Le choix des variétés doit prendre en compte l’objectif que l’on donne à ces couverts. » Au niveau de la production fourragère, « notamment pour les vesces velues ou le trèfle incarnat, le conseil c’est de privilégier des variétés précoces », ajoute Mickaël Venot. « Elles favorisent en effet à la fois les valeurs alimentaires et le rendement. »

À condition de réussir l’implantation, les trèfles ont généré des rendements supérieurs aux vesces dans les essais. Ces dernières ont à l’inverse laissé une humidité du premier horizon de sol encore plus propice au démarrage du maïs.

Choisir son association dérobée au regard des objectifs

Quant au choix de la graminée, là encore tout dépendra de l’objectif : le choix du seigle fourrager priorisera le rendement du méteil. Même idée avec l’avoine d’hiver, qui a de plus l’avantage de bonifier la valeur énergétique du fourrage.

En revanche les mélanges basés sur le seigle forestier maintiennent une valeur UFL correcte, mais avec une productivité inférieure. « Le seigle forestier laisse plus de place à la légumineuse », reformule l’agronome Arvalis. « On retrouve donc une valeur PDI très intéressante dans ces mélanges. »

Points de vigilence

Outre l’implantation et l’humidité hivernale excessive qui peut freiner le développement de certaines de ces espèces, Patrice Pierre liste enfin les points de vigilance vis-à-vis de ces intercultures. « Le coût des semences et leur disponibilité sont une donnée à ne pas négliger. Les semenciers constatent une forte croissance de la demande sur ces espèces fourragères. » il alerte surtout vis-à-vis des conditions de récolte.

Si les coupes précoces permettent notamment de limiter l’impact de la dérobée sur la culture principale, « ce n’est pas toujours possible d’entrer dans les parcelles. Le dernier printemps en est l’exemple. »

Pour plus d’information, retrouvez aussi ces articles sur www.entraid.com :

Dossier exclusif

En savoir plus
Sélectionner deux matériels de la même famille pour les comparer