Emmanuel Savariau : distiller l’esprit cuma

En région
Emmanuel Savariau viticulteur Rencontre Cognac

Emmanuel Savariau, viticulteur, a fondé la cuma Ugni Blanc dans le vignoble du Cognac.

16/08/2016 - 10:40

Mutualiser son matériel en cuma ? Dans le vignoble du Cognac, cette organisation est quasi absente sur certaines zones. En 2008, Emmanuel Savariau, jeune viticulteur, a corrigé cette situation en fondant avec quelques voisins la cuma Ugni Blanc qui, depuis, fait ses preuves.

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Cognac : c’est à la fois le nom d’un spiritueux renommé et d’un pays attrayant avec ses vignes taillées au cordeau et ses habitations de caractère et autres demeures bourgeoises. De nombreuses entreprises locales bénéficient de la réputation du Cognac : maison de négoce mondialement connues comme Hennessy ou Martel, et constructeurs de matériels et autres fournisseurs. Après une sévère crise dans les années 80-90, la production a rebondi. Les exploitations viticoles à l’origine du fameux élixir se portent plutôt bien dans l’ensemble. Justement ! « C’est peut-être moins facile de penser à partager le matériel en période hors-crise ? » s’interroge Emmanuel Savariau, jeune viticulteur dynamique et entreprenant, installé à St Brice, commune périphérique de la ville de Cognac. Le cœur de son exploitation s’étend sur 31 ha de vigne, plus quelques hectares de céréales aux rendements moyens. La dimension de l’exploitation est habituelle dans la région. Ce qui est moins ordinaire ici, c’est la mise en commun d’une bonne partie du matériel avec d’autres exploitations. Soit en copropriété (machines à vendanger), soit en cuma. Dans le domaine de la mécanisation agricole (comme dans bien d’autres !), changer le cours de choses pour évoluer vers davantage d’équipements collectifs est possible, pour peu qu’on en ait l’audace…

Emmanuel Savariau: cumiste et vigneron.

Emmanuel Savariau : cumiste et vigneron.

Changer le cours des choses

« La première cuma, la Frenade, est distante d’une quinzaine de kilomètres d’ici, à Merpins exactement, observe Emmanuel. J’ai d’ailleurs eu l’occasion de conduire leur machine à vendanger » se remémore-t-il. Cette expérience a constitué une opportunité pour lui de découvrir une formule avantageuse, sur le plan économique comme humain. Au terme de ses études professionnelles (production et commercialisation en viticulture), trois années comme salarié à la cuma Bonne Mise lui ont apporté une expérience fondatrice en matière de connaissance du métier et d’organisation de groupes. Il a tiré également profit de son vécu de salarié dans d’autres entreprises comme les Ets Grégoire (constructeur de machines à vendanger) où il fut magasinier. Pour finaliser en 2006 son parcours à l’installation, il a aussi effectué un stage de six mois dans une exploitation distante d’une cinquantaine de kilomètres. Cap chez Jean-Luc Marraud, installé à Chantillac en polyculture-élevage et viticulture, dont la ferme est fortement impliquée aussi dans la cuma locale.

Ce cursus l’a convaincu d’une chose : travailler avec les autres est un levier efficace pour progresser. Une conviction qui l’amène fort logiquement, dès son installation sur l’exploitation familiale en 2007, à suivre les réunions « bout de vigne » organisées tous les mercredis par la Chambre d’agriculture pour approfondir, entre viticulteurs, les connaissances en matière de lutte raisonnée.

Dans le prolongement de ces réunions germe très vite l’idée, entre quelques voisins, de partager certains matériels dont l’utilisation épisodique autorise sans difficulté la mise en commun. Ainsi est fondée, en 2008, la cuma Ugni Blanc, du nom d’un cépage local. « Dans notre cuma qui rassemblait six exploitations au départ (neuf aujourd’hui), nous avons acheté progressivement différents matériels spécifiques souvent sous-exploités : sous-soleuse, tarière, déchaumeuse de vigne, épandeur à engrais, prétailleuse, puis enfonce-pieux avec tracteur, Gps pour l’arpentage puis, plus récemment, outil de désherbage mécanique inter-ceps et broyeur de pierres », explique Emmanuel.

De la patience pour fédérer

Avec ses collègues, Emmanuel a organisé, quelques temps après la création de la cuma, une journée d’informations à l’intention de tous les agriculteurs du coin. Le succès n’a pas été tout de suite au rendez-vous. Un parcours collectif comme celui-ci impose en effet de la patience pour fédérer plus largement les agriculteurs autour d’un projet de groupe. Autre exigence : de la pédagogie et de la rigueur pour faire comprendre la différence entre utilisateur client et adhérent, le devoir d’entretien pour éviter les casses, le partage des responsabilités… « La cuma fondée par Emmanuel et quelques voisins fait ses preuves. Cela montre qu’une création comme celle-ci est envisageable partout, pour peu qu’il ait des hommes qui ont véritablement envie de travailler ensemble », appuie Véronique Causse, de la fédération des cuma des Charentes. L’itinéraire de la cuma Ugni Blanc le prouve.

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