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Désherbage mécanique du lin: est-ce que ça marche?

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Désherbage mécanique du lin: est-ce que ça marche?

Sébastien Ouvry et Laurent Cazenave observent que le désherbage mécanique ouvre des perspectives intéressantes pour la culture du lin.

Dans une dynamique de groupe, la coopérative Terre de lin accompagne le progrès des pratiques de production aussi au niveau des champs. Des adhérents s’impliquent dans le désherbage mécanique. La technique propose quelques promesses intéressantes.

Sur le plan technique, le désherbage mécanique a fait ses preuves. «Ça fonctionne.» Voilà donc une possibilité supplémentaire pour un itinéraire cultural du lin réussi. Certains essayent sur un hectare. D’autres l’envisagent déjà pour l’ensemble de leur sole. «Il y a des résultats, et c’est pour cela que le nombre d’hectares de lin désherbé mécaniquement progresse», développe Sébastien Ouvry, agriculteur et adhérent de la coopérative Terre de lin, dont il est aussi technicien. À ce titre, il anime des expérimentations sur le thème du désherbage mécanique du lin. Jusqu’ici, l’expert observe que les cultures travaillées grâce à la herse ou la bineuse «n’ont rien à envier» à celles menées en conduite conventionnelle.

Cohérence globale

La recette du liniculteur dépend du rendement et de la note de qualité de sa parcelle. «Sur une terre à bon potentiel, cela peut être du simple au double», explique l’adhérent expérimentateur. Et de détailler toute la sensibilité de la culture qui oblige à l’excellence, sur le long terme: «On retrouve tout sur la fibre de lin. Bien sûr, les trois quarts des soucis sont liés aux aléas du climat. Mais si par exemple il y a eu un tassement de sol il y a deux ou trois ans, on en constatera les conséquences.» Pourtant, aussi bien en termes de rendement que de qualité, il n’observe pas d’impact flagrant dans les essais. Selon le climat, des légères différences peuvent apparaître, «en faveur de l’une ou l’autre des modalités. Généralement elles seraient plutôt en faveur du désherbage mécanique.»

La coopérative spécialisée revendique environ 15% de la production nationale et elle entend activement «renforcer l’image vertueuse» d’une culture «déjà écoresponsable.» Par exemple, «le lin nécessite peu d’intrants. Il n’a pas besoin d’irrigation…», argumente Laurent Cazenave, en charge de la communication de Terre de lin. Sébastien Ouvry complète: «Sur mon exploitation, je suis passé en certification HVE3. C’est certain que sans cette culture, j’aurais eu du mal à le faire.» Outre les orientations données à la sélection génétique («avec le lin Bolchoï, nous avons obtenu la première variété tolérante à l’oïdium, la fusariose et la brûlure», affirme Laurent Cazenave) ou l’innovation sur le traitement des semences, la coopérative normande s’intéresse aussi à l’évolution des techniques de production sur les exploitations.

30 adhérents testent sur le désherbage mécanique du lin

Sébastien Ouvry suit ainsi depuis sept ans le groupe d’agriculteurs intéressés par l’expérimentation pour le compte de la coopérative. «Au départ, il réunissait peut-être entre 10 et 15 adhérents.» Ils ont planché sur les couverts, les engrais, le travail du sol, etc. Depuis quatre ans, ils se penchent sur le cas du désherbage mécanique. «Nous avons démarré cette pratique avec 21adhérents sur 20ha», se souvient Sébastien. Puis l’effectif a atteint la quarantaine de participants. «Aujourd’hui, nous sommes une trentaine d’agriculteurs qui applique un itinéraire mécanique sur leur culture, pour une surface totale de l’ordre de 150ha.» S’il y a toujours des nouveaux entrants, d’autres sont sortis du groupe où ils ont appréhendé cette technique qu’ils mettent désormais pleinement en œuvre, investissements à la clé.

Jusqu’ici, les participants aux travaux ont eu entre les mains une bineuse et une herse étrille. «Nous travaillons avec une herse à pression indépendante sur chaque dent.» Vu notamment la valeur d’achat, «27.000€», le technicien analyse que c’est un outil que des agriculteurs pourraient tout à fait se partager en cuma. Il n’y pose pas réellement de condition. La herse de la coopérative se déplie sur 12m. «Lorsqu’elle avance à 7 ou 8km/h, on voit que les interventions sont assez efficaces.» Il glisse même une lapalissade qui joue en faveur du genre d’outils qu’il expérimente: «Il n’y a pas de temps de préparation de bouillie à prévoir.»

Impasses potentielles

Dans le cadre de démonstrations, «nous avons aussi vu à l’œuvre le système de roto-étrille », mais sans que le résultat soit suffisamment concluant pour creuser plus. En revanche, la herse à ressorts présente des moyennes intéressantes: «Un passage détruit 70 à 80% des adventices», expose Sébastien Ouvry, tout en précisant que ce travail en plein qui vise les stades filament et cotylédon induit également «7 à 9% de perte sur la culture». Ensuite, et jusqu’à la couverture des inter-rangs, la bineuse prend la suite. Là, l’intervention ne gère plus le salissement qu’entre les rangs. «Les pertes ne sont plus que de 2%, pour 90% d’efficacité. » Par ailleurs, ces résultats sous-entendent que la mise en œuvre de ces interventions implique d’anticiper, au semis, les pertes en renforçant la densité.

Les experts de la méthode ont coutume d’expliquer que le désherbage mécanique commence bien avant de sortir les outils. Les liniculteurs du groupe se plient à l’adage et intègrent leurs hersages et binages dans une approche globale. «On choisit des parcelles assez propres d’origine. On mise sur des faux semis…», reprend le technicien. Comme en stratégie conventionnelle, l’itinéraire s’ajuste à la parcelle. «Et dans certains cas, on ne passe pas. Les bonnes pratiques en amont suffisent.»

Désherbage mécanique du lin: la bineuse plus exigeante que la herse

Il y a quatre ans, la coopérative avait acheté sa bineuse vidéoguidée pour 80.000€. Les dents de 7,5cm travaillent en écartement de 12,5cm, à une vitesse entre 3 et 9,5km/h, et sur une largeur variable, selon le semoir utilisé en amont. «Nous faisons en sorte qu’un passage de bineuse couvre un aller-retour de semoir», explique Sébastien Ouvry.

«On travaille plutôt avec un tracteur autoguidé, même si c’est possible de faire sans, selon l’aptitude du chauffeur», mais globalement, l’outil s’avère plus exigeant que la herse. «On n’y met pas n’importe quel tracteur, il faut par exemple cinq distributeurs hydrauliques» et l’agriculteur pointe aussi le besoin de la compétence adéquat. Le groupe de la coopérative bine grâce à un chauffeur qui gère aussi le planning. Pour autant, «la bineuse aussi peut être intéressante en cuma, mais pour des groupes plus restreints, car nous en avons tous besoin en même temps», analyse encore le technicien.

Avec son collègue, ils ressentent, philosophes, «qu’il y a encore un besoin de travailler sur le désherbage mécanique du lin.» Ainsi le travail d’expérimentation coopérative va se poursuivre. «De toute façon, on dit qu’un nouveau producteur doit récolter cinq ou six cultures pour se familiariser avec les spécificités du lin. Nous n’y sommes pas encore.»

L’innovation germe à tous les niveaux

La préparation des semences illustre aussi la volonté d’évolution que la coopérative met en avant. Elle innove en effet sur la désinfection des semences. «Nous travaillons avec de la vapeur d’eau. Nous avons été les premiers en France à mettre en œuvre cette technologie, il y a trois ans, après quatre années d’expérimentation. Aujourd’hui, nous désinfections 100% de nos graines avec de la vapeur d’eau», résume Laurent Cazenave, argumentant que le process atteint l’objectif sanitaire, sans rogner sur les résultats de levée.

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