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Le marché des engrais azotés en équilibre précaire

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Le marché des engrais azotés en équilibre précaire

Le marché de l'engrais azoté suit celui du gaz. Il tend à se stabiliser ces derniers mois.

Depuis plus d’un an, le marché des engrais subit de grosses volatilités. Mené par celui du gaz qui a subi de fortes hausses avant l’hiver, il tend à se stabiliser. Pour autant, les experts le répète, des variations de prix sont toujours à prévoir. Analyse.

Les courbes le montrent, les marchés des engrais se sont bien apaisés depuis quelques mois. Il faut dire que les prix, quel que soient leurs formulations, avaient crevé les plafonds après le début du conflit en Ukraine, fin février 2022. « À cette époque-là, les prix des engrais ont battu tous les records, se souvient Alexandre Willekens, analyste du marché engrais chez Agritel. La cotation de la solution azotée atteignait les 875 €/t aux ports français. L’urée était à plus de 1 000 €/t, quant à l’ammonitrate, elle flirtait avec des 1 200 €/t. »

Légère baisse des prix des engrais

À ce jour, le prix de la solution azotée, formulation très demandée en France, est établie à 580 €/t « rendu Rouen » avec une baisse notable depuis quelques mois. Pour rappel, il fallait compter 160 €/t pour avoir cette même marchandise il y a deux ans. Pour l’ammonitrate, tendance identique avec un prix qui se fixe autour des 700 €/t, mais avec peu d’échanges en ce moment. Quant à l’urée, elle reste encore très volatile, mais évolue autour des 550 €/t.

Le conflit en Ukraine a certes, déstabilisé le marché, mais il faut se souvenir qu’avant même son début, les cours des engrais étaient déjà à la hausse. « Les cours de l’engrais azoté sont menés par ceux du gaz, poursuit l’analyste. Les tensions géopolitiques entre la Russie et l’Union européenne impactaient déjà l’approvisionnement de nos pays en gaz russe. Fin 2021, le prix du gaz atteignait les 100 €/MWh alors qu’il ne coûtait que 20 € historiquement. »

La suite, on la connaît, sanctions et coupures ont rendu le gaz très rare et très demandé. Les pays européens ont tenté de remplir leurs réserves au maximum. Résultat, le prix du gaz a flambé jusqu’à 340 €/MWh. Forcément, cela a impacté le marché des engrais azotés. Ceux-ci étant fabriqués à base de gaz. « Avec de tels prix, certaines usines ont décidé d’arrêter leur production d’engrais durant l’été, faute de pouvoir répercuter la hausse des prix des matières premières, explique Alexandre Willekens. La production a chuté de 50 % à ce moment-là. »

La marché des engrais rassuré

Habituellement, l’été est aussi la période où les agriculteurs achètent leurs engrais pour la saison suivante. Il y a donc eu de fortes tensions sur le marché même si l’approvisionnement s’est lissé entre les différentes formes d’engrais azotés.

Depuis, les pays européens ont réussi à constituer leurs réserves de gaz pour l’hiver. À coup d’économies d’énergie mais aussi grâce au gaz américain. « L’Europe a profité que la Chine n’était pas aux achats, faute d’activités dans ce pays paralysé par la politique du zéro Covid, pour se procurer du gaz à des tarifs corrects et en quantité suffisante pour assurer les réserves, explique Alexandre Willekens. À cela s’ajoutent des températures douces, pour le moment, qui laisse présager une faible consommation de gaz cet hiver. »

Équilibre précaire ?

Rassurés, les acteurs du marché du gaz ont réduit leur demande entrainant une baisse des prix de cette denrée et des engrais par la même occasion. S’ils restent encore élevés, les prix de l’engrais azoté semblent s’être stabilisés. « Le marché est beaucoup moins tendu actuellement, les usines ont repris leur production, il y a davantage de disponibilité, annonce Alexandre Willekens. Toutefois, il reste imprévisible. Les décisions de la Russie peuvent évoluer du jour au lendemain, la Chine revient petit à petit aux affaires et des vagues de froid peuvent encore arriver. » Tant d’éléments qui pourraient venir bousculer le marché.

En engrais de fond, potasse et phosphore, la tendance reste la même qu’en azote. Toutefois, ces engrais profitent d’un ralentissement de la demande suite à une envolée des prix. De nombreux agriculteurs ont décidé de faire de s’en passer. Si le marché ne dépend pas du cours du gaz, il est dans le sillage des prix des matières premières. Ainsi, le phosphore s’établit à 790 €/t contre 1 170 €/t en avril 2022. En potasse, il faut compter 795 €/t contre 900 €/t en juillet. Sur ces éléments là, les prix ont tout de même globalement doublé deux ans.

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